La population pourra prendre part à la supervision des émissions du gaz naturel
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La population pourra prendre part à la supervision des émissions du gaz naturel

Alors que les manifestations sur l'emplacement des plate-formes se poursuivent, le ministère approuve la création d'un nouvel organe de surveillance

Le champ de gaz naturel de Tamar, au large d'Ashkelon. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Le champ de gaz naturel de Tamar, au large d'Ashkelon. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Alors que les manifestations contre l’installation d’une plate-forme de gaz à moins de 10 kilomètres du littoral israélien se poursuivent, le gouvernement a accepté de former une équipe comprenant des représentants publics pour garantir que les émissions dans l’air et dans l’eau soient conformes aux maximas légaux.

Les ministères de l’Energie et de la Protection de l’Environnement organiseront également une série de tables rondes, auxquelles des groupes intéressés seront conviés, a indiqué le gouvernement.

Paralèllement, le directeur de la recherche scientifique pour la terre et pour la mer du ministère de l’Energie, docteur Einat Magal, a écrit mardi dans le quotidien économique Globes que les avantages que présente cette plate-forme contrebalancent un « risque minime ».

Le ministère a accepté de créer un forum public après que deux organisations de défense de l’environnement ont demandé davantage de transparence. La Société pour la Protection de la Nature en Israel (SPNI) et Adam Teva V’Din soutiennent l’emplacement de la plate-forme de transformation de gaz naturel.

Des israéliens manifestent devant la Knesset contre l’installation d’une plateforme de Gaz à proximité du littoral israélien, le 12 juin 2018. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Avec EcoOcean, une ONG focalisée sur les littoraux et l’environnement marin, ils sont opposés à une autre organisation, Zalul, qui, avec les autorités locales et des groupes de citoyens, militent pour que le gaz soit transformé sur des unités flottantes à proximité des puits, à 125 kilomètres au large de la côte.

Ils craignent que l’emplacement de telles plate-formes, si près de régions densément peuplées, ne constitue un risque environnemental conséquent et soit un risque pour la santé publique.

Les scientifiques étant divisés sur la question, le professeur Richard Steiner, expert mondialement reconnu sur la conservation marine, qui conseille les gouvernements et les groupes de citoyens sur l’impact du forage et de l’extraction, a déclaré durant une conférence de presse organisée par les militants au début de la semaine, qu’au regard des informations mises à disposition du public, il y a avait lieu de s’inquiéter.

Vendredi, le Times of Israel a rapporté que le contrôleur d’Etat examine les différentes allégations sur le rôle qu’auraient joué les considérations sécuritaires sur la décision du gouvernement d’implanter la plate-forme de transformation du plus grand champ gazier d’Israël découvert à ce jour si près d’une plage, Dor Beach, au nord de Césarée.

A travers le monde, les sociétés transforment le gaz et le pétrole – soit sur terre, sur des plate-formes proches des littoraux, soit sur une unité flottante à proximité des puits de gaz.

Des plaisanciers à Dor Beach, une plage de Haïfa, le 9 semptembre 2017. La plateforme de transformation de gaz Leviathan sera située à moins de 10 kilomètres de la plage. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Après l’extraction, le gaz naturel brut doit être séparé pour séparer le gaz sec utilisé par les centrales pour faire fonctionner leurs turbines des deux autres composants principaux – le condensat et les eaux usées.

Le condensat se forme quand le gaz refroidit, à mesure que la pression diminue et qu’il monte à la surface de la mer. Utilisé dans l’industrie pétrolière, il contient des produits dangereux et cancérigènes tels que le benzène ou l’arsenic.

Les eaux usées qui sortent du puits sont hautement concentrées en métaux lourds, en mercure et en plomb.

Noble Energy, qui a conçu le premier grand champ gazier d’Israël, Tamar, avait initialement prévu d’implanter la plate-forme de transformation du champ gazier Leviathan à proximité des puits, sur une unité flottante de production, de stockage et de déchargement (FPSO).

Pendant que le gaz est acheminé vers le littoral depuis le FPSO, le condensat est chargé sur pétroliers pour être transportés là où il sera utilisé.

Après de longues délibérations par le Conseil national de la Planification et de la Construction, le gouvernement a opté pour une plate-forme de transformation terrestre, au large de Dor Beach, au bord extérieur du plateau continental sous-marin.

Mais en novembre, des craintes ont été soulevées, après que le ministère de la Protection de l’environnement a diffusé un rapport montrant que les émissions potentiellement cancérigènes de la plate-forme Tamar en 2016 était égale à celles de 570 grandes usines d’Israël réunies, y compris des raffineries de pétrole.

View of chimneys from a refinery in Haifa Bay (Photo credit: Shay Levy/Flash90)
Les cheminées d’une raffinerie de la baie de Haïfa, en août 2009. Illustration. (Crédit : Shay Levy/Flash90)

Des projets ont été lancés pour équiper la plate-forme Tamar des mêmes systèmes anti-pollution que l’on trouvera sur la plate-forme Leviathan, et de nouvelles régulations entreront en vigueur en mars.

Mais cette action rétroactive n’a pas rassuré les militants.

« Au regard des inquiétudes des citoyens, le fait que le gaz naturel soit une nouvelle industrie, et au regard de l’expérience de Tamar, il faut davantage de supervision », a déclaré la directrice de l’Economie et des Ressources naturelle de Adam Teva V’Din, l’avocate Leehee Goldenberg au Times of Israel.

L’équipe que le gouvernement va former sera composée de représentants des agences de l’énergie et de la protection de l’environnement, d’autorités locales et d’organisations environnementales, a-t-elle dit.

Elle se réunira relativement fréquemment durant l’installation de la plate-forme, qui devrait être livrée, depuis le Texas avant la fin de cette année, et devrait commencer à fonctionner fin 2019.

Au cours des deux premières années d’activité, l’équipe se réunira trimestriellement, puis bi-annuellement durant les années qui suivront.

Les discussions en table ronde porteront sur les questions liées à l’énergie et se focaliseront initialement sur le gaz naturel et la plate-forme Leviathan, a ajouté Goldenberg.

L’une des questions centrales qui divise les ONG porte sur le statut légal des eaux au large des côtes israéliennes.

Les eaux territoriales israéliennes, jusqu’à 22 kilomètres au large du littoral, sont soumises aux lois qui s’appliquent sur terre, y compris en matière d’environnement. Ce n’est pas le cas de la zone économique exclusive, qui termine à 322 kilomètre de la côte.

La plate-forme Tamar, qui est devenue opérationnelle en 2013 et qui fournit aujourd’hui 60 % des besoins du pays en énergie, est située à 23 kilomètres de la côte, soit un kilomètre au-delà des limites des eaux territoriales.

L’autorité du gouvernement pour y imposer une supervision est limitée, et c’est pourquoi il aura fallu tant de temps au ministère de la Protection de l’Environnement pour réaliser que les émissions étaient si élevées.

Une unité flottante de transformation de gaz naturel de BP, à Rotterdam. (Crédit
: Arno-nl, Wikimedia Commons CC-BY-SA-4.0)

Zalul estime qu’une transformation en mer serait plus sécurisée à plusieurs aspects, et que le gouvernement doit étendre les régulations nécessaires à la zone économique exclusive.

La SPNI, Adam Teva V’Din et EcoOcean contestent cela, étant donné le délai nécessaire pour obtenir les lois nécessaires, et pour que Noble Energy conçoive à nouveau le projet. Ils estiment qu’une transformation près du littoral est préférable, car elle permettra de fermer la centrale électrique au charbon de Hadera, plus polluante. Elle est située à 30 minutes de Dor Beach.

Leur recherche, disent-ils, indique que la plate-forme n’est pas dangereuse et qu’il faudrait se focaliser sur la supervision de la plate-forme et de ses émissions une fois que le Leviathan sera en fonctionnement.

Soulignant que le gaz naturel n’est pas propre, mais toujours plus propre que le charbon ou le pétrole, Leehee Goldenberg a déclaré que le gouvernement n’avait pas encore répondu à la demande de l’ONG de surveillance constante des émissions, et non pas périodique.

L’autorisation d’émission de gaz de Leviathan – et une version plus stricte pour Tamar – seront rendus publics dans les mois à venir, dans le cadre du Clean Air Act.

Dans Globes, Docteur Magal a écrit que le fioul utilisé aux stations d’essence est 10 fois plus concentré en benzène que le condensat.

Si des composant polluants venaient à fuir de la plateforme, ils se dissoudraient avant d’atteindre le littoral, selon les modèles du ministère de la Protection de l’Environnement, ou, dans un cas extrême, s’échoueront sur la côte à un niveau de concentration 100 fois inférieur au maximum autorisé, a-t-elle dit.

A crude oil tanker ship (illustrative photo credit: Shay Levy/Flash90)
Illustration d’un pétrolier. (Crédit : Shay Levy/Flash90)

Près de 5 800 bateaux transportant
4 000 tonnes de fioul accostent chaque année, comparé au 280 tonnes de condensat qui seront à bord de la plate-forme, a-t-elle ajouté.

Elle a souligné qu’Israël importe annuellement 75 millions de barils de pétrole, et chaque pétrolier transporte environ 100 000 tonnes de fioul, soit 350 fois plus que de condensat attendu annuellement sur la plate-forme Leviathan, et que les pétroliers sont encore plus proches des littoraux.

L’éxpérience a montré que la quantité de pétrole qui se déverse chaque année des unités flottantes était « incommensurablement supérieures » à celles des installations marines fixes, a précisé Magal.

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