La pression monte sur le patron de Frontex, après de nouvelles accusations
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La pression monte sur le patron de Frontex, après de nouvelles accusations

Fabrice Leggeri aurait "ignoré" les signalements de l'officier aux droits fondamentaux de Frontex, l'Espagnole Inmaculada Arnaez, désormais en arrêt maladie

Fabrice Leggeri (Crédit : capture d'écran YouTube)
Fabrice Leggeri (Crédit : capture d'écran YouTube)

La pression monte sur le patron de l’agence européenne Frontex, appelée à un rôle grandissant dans la surveillance des frontières de l’UE, après de nouvelles accusations de dérives rapportées dans la presse, jugées « très préoccupantes » par Bruxelles.

Dirigée par le Français Fabrice Leggeri, l’agence dont le mandat a été renforcé en 2019 et qui doit disposer à l’horizon 2027 de 10 000 agents, est visée par une enquête du gendarme européen anti-fraude, l’Olaf, notamment pour des accusations de refoulements illégaux de migrants.

Selon des informations du quotidien français Libération, du magazine allemand Der Spiegel et du média d’investigation Lighthouse Reports publiées vendredi, cette enquête de l’Olaf, qui a donné lieu en décembre à une perquisition au siège de l’agence basée à Varsovie, porte aussi sur des accusations de fraude et de harcèlement envers des membres du personnel.

Selon ces médias, qui indiquent avoir eu accès à des documents internes, les enquêteurs examinent entre autres un contrat passé avec un prestataire informatique polonais, qui serait entaché d’irrégularités.

Toujours selon ces sources, le directeur exécutif aurait aussi « ignoré » les signalements de l’officier aux droits fondamentaux de Frontex, l’Espagnole Inmaculada Arnaez, désormais en arrêt maladie.

Interrogé par l’AFP, l’Olaf s’est refusé à tout commentaire sur les motifs de son enquête. Egalement sollicitée, Frontex s’est contentée d’indiquer que Fabrice Leggeri avait « toujours accordé de l’importance » à sa coopération avec Mme Arnaez et s’était « souvent tourné vers ses services ».

Refoulements de bateaux

L’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes a été pointée du doigt en octobre dernier dans une enquête de plusieurs médias, dont Der Spiegel, l’accusant d’être impliquée avec les garde-côtes grecs dans des incidents de refoulements de bateaux de demandeurs d’asile de Grèce vers la Turquie.

Une pratique illégale, en violation du droit à l’asile.

Le conseil d’administration de Frontex – composé de représentants d’Etats membres et de la Commission européenne – a mis en place un groupe de travail chargé d’enquêter sur le dossier, qui a donné aux dirigeants jusqu’au 26 février pour fournir des informations supplémentaires. Un nouveau conseil d’administration est prévu début mars.

Le directeur exécutif s’était défendu en décembre devant les eurodéputés, dont certains réclament sa démission, affirmant qu’il n’y avait « pas de preuve » d’une participation de Frontex à des refoulements.

Un groupe de travail vient d’être lancé au sein du Parlement pour enquêter sur ces allégations, qui sont par ailleurs examinées par la médiatrice de l’UE, Emily O’Reilly.

La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a estimé vendredi que les dernières informations publiées étaient « très préoccupantes ».

« Nous avons besoin d’une agence Frontex forte, solide et en bon état de marche », a-t-elle indiqué, dans une déclaration transmise à l’AFP. Elle a déploré que « de nombreuses obligations » du nouveau mandat de Frontex « n’aient pas été remplies ».

Créée en 2004, Frontex doit se doter d’agents en uniforme et armés, employés directement par l’agence, et non plus mis à disposition temporairement par les Etats membres.

La responsable suédoise avait souligné fin janvier qu’il manquait trois vice-directeurs exécutifs, un officier aux droits fondamentaux permanent – et non temporaire comme actuellement -, 40 moniteurs aux droits fondamentaux, et que les 700 agents qui devaient être déployés à partir du 1er janvier « n’étaient pas encore là ».

Frontex a été dotée d’un budget de 460 millions d’euros en 2020.

« Une très grande responsabilité pèse sur le directeur exécutif et sur le conseil d’administration, afin de décider comment améliorer la situation. Frontex va être, de loin, la plus grande agence de l’UE, avec beaucoup de pouvoir ». « Il y a de grandes attentes », a-t-elle dit.

Fabrice Leggeri, interrogé vendredi matin sur la radio française Europe 1, a déclaré n’avoir pas l’intention de démissionner.

« Des enquêtes sont en cours et c’est normal qu’on ait à rendre compte à l’autorité politique. Nous devenons une force de police », a-t-il dit.

Il s’est à nouveau défendu des accusations de refoulements, en évoquant des « interceptions » justifiées par la lutte contre le « trafic d’êtres humains ».

« Il ne s’agit pas d’empêcher des personnes de demander l’asile (…), il s’agit d’éviter que ces personnes fassent l’objet de trafics et de les orienter vers les lieux où peuvent être réalisés des contrôles », a-t-il affirmé.

Dans une démarche inédite, l’agence a suspendu fin janvier ses opérations en Hongrie, à la suite d’un arrêt de la justice européenne condamnant la politique d’asile de ce pays.

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