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La refonte judiciaire « déchire Israël », dit Lapid aux milliers de citoyens à Jérusalem

Le chef de l'opposition a sommé des élus du Likud de ne pas soutenir la loi ; Gantz a fustigé la coalition qui avance la réforme alors que le pays est assis sur "une poudrière sécuritaire"

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le député Yair Lapid, chef de l'opposition, parle lors d'une manifestation contre la réforme judiciaire, le 13 février 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)
Le député Yair Lapid, chef de l'opposition, parle lors d'une manifestation contre la réforme judiciaire, le 13 février 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

S’exprimant alors que des dizaines de milliers d’Israéliens s’étaient rassemblés à la Knesset pour dénoncer le plan de refonte judiciaire envisagé par le gouvernement, le leader de l’opposition, Yair Lapid, a averti que cette loi visant à affaiblir le système de la justice en Israël « menace de détruire le pays à une allure folle ».

Lapid s’est exprimé lors d’une conférence de presse aux côtés des autres chefs de l’opposition alors que 90 000 personnes manifestaient aux abords de la Knesset de Jérusalem pour dénoncer les réformes prévues par la coalition.

« Ce que le gouvernement veut apporter à la Knesset, ce n’est pas une première lecture » du projet de loi, désormais attendue mercredi ou lundi prochain, « mais plutôt un déchirement du peuple d’Israël, de la démocratie israélienne, de la coexistence. Si cette législation est adoptée, le chapitre démocratique de la vie de l’État prendra fin », a déclaré Lapid lors d’une conférence de presse à la Knesset.

Lundi dans la matinée, la Commission de la Constitution, du droit et de la justice a approuvé un projet de loi visant à permettre au gouvernement de prendre le contrôle la Commission de sélection judiciaire, une approbation donnée en vue d’une première lecture. Le texte vise aussi à bloquer le réexamen, par la Haute-cour, des Lois fondamentales. Des sources de Yesh Atid ont affirmé que la coalition avait informé la formation que la législation ne serait pas présentée en plénière avant mercredi, voire lundi prochain.

Soulignant les conséquences sécuritaires et économiques soulevées par les critiques du remaniement – mais rejetées par ses partisans – Lapid a ajouté que « Si cette législation est adoptée, l’économie israélienne sera mortellement endommagée, les entreprises les plus prospères partiront d’ici, l’establishment de la défense sera blessé, les soldats de Tsahal seront exposés à des risques juridiques, l’alliance étroite avec les États-Unis prendra fin ».

L’ex-Premier ministre qui, au mois de décembre dernier, a cédé son fauteuil à Benjamin Netanyahu, a été rejoint par le chef de HaMahane HaMamlahti qui a également mis l’accent sur la menace sécuritaire.

Le chef du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, prend la parole lors d’une conférence de presse conjointe des dirigeants des partis d’opposition à la Knesset le 13 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

L’ancien ministre de la Défense a affirmé qu’Israël était assis « sur une poudrière sécuritaire » mais que la coalition « concentre ses efforts sur la division du peuple et la destruction de la démocratie ».

Gantz, qui appelle depuis longtemps à la participation de l’ensemble de la Knesset au lieu d’une réforme judiciaire unilatérale, affirme que le plan du gouvernement visant à accroître le pouvoir politique sur le système judiciaire nuit à la capacité d’Israël à vaincre le terrorisme.

« Afin de vaincre le terrorisme, deux choses doivent être faites : arrêter immédiatement la législation prédatrice… et mettre de l’ordre dans l’establishment de la défense », a dit Gantz, pointant la confusion sur la division des autorités au sein du ministère de la Défense et « générateur de chaos » Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale.

Réagissant aux commentaires du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Gantz a déclaré que « l’expérience a échoué, et si elle continue, elle peut mettre le feu à la zone », exhortant le Premier ministre à renvoyer Ben Gvir et à le remplacer par « une personnalité expérimentée et responsable, telle que l’ancien directeur du Shin Bet, Avi Dichter », actuellement ministre de l’Agriculture du Likud.

Lapid avait précédemment dit espérer rallier les députés du Likud mal à l’aise face à la direction empruntée par le plan controversé du gouvernement, et il a nommé sept députés du Likud en leur demandant de se rebeller, affirmant qu’ils ne pouvaient pas se permettre de « signer » cette législation.

Il s’est adressé, par ces propos, à Dichter et au ministre de la Défense Yoav Gallant, deux anciens responsables de la sécurité en Israël ; à l’ancien dissident soviétique Yuli Edelstein et à des députés du Likud qui se sont opposés à Netanyahu – Israel Katz, l’ex-ambassadeur aux Nations unies Danny Danon et David Bitan.

« Vous savez pertinemment que quelque chose de pourri, que quelque chose de terrible est en train d’arriver et on vous demande de l’approuver. Vous ne pouvez pas le signer », a commenté le leader de l’opposition.

Prenant la parole aux côtés de Lapid et de Gantz, le dirigeant de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a déclaré que la refonte du système judiciaire en cours qui a été initiée par la coalition entrait dans le cadre d’un débat portant sur le sionisme et le judaïsme ultra-orthodoxe.

Le chef du parti Avigdor Liberman s’exprime lors d’une conférence de presse avec les leaders de l’opposition à la Knesset, le 13 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Critique virulent de l’emprise des dirigeants haredi sur la vie juive et le financement de l’État alors que la communauté échappe largement au service militaire et qu’elle est sous-représentée dans la population active, Liberman a dit que la lutte actuelle pour la réforme judiciaire participait à une bataille plus large sur le partage du fardeau.

Le chef d’Yisrael Beytenu a souligné que la future clause dérogatoire qui venait s’ajouter à l’intention de la coalition d’adopter une nouvelle loi fondamentale sur l’étude de la Torah consacrera les exemptions militaires pour l’étude à plein temps dans les yeshivot – une question sur laquelle Liberman avait précédemment fait tomber un gouvernement.

Liberman a ajouté que permettre à la coalition et à ses partenaires haredi de faire fi de la conscription militaire « est un coup dur porté à l’égalité dans le partage du fardeau [de la sécurité] », et que « ce pays n’est pas en mesure de le porter ».

« Si nous ne pouvons pas résoudre ce problème, nous ne pouvons pas survivre – c’est donc un combat de vie ou de mort », a-t-il déclaré.

Dans une veine similaire, Gantz a attaqué Netanyahu qui a accordé la priorité à l’adoption de la clause « dérogatoire », affirmant qu’en ce moment, « sauver des vies face à des terroristes assoiffés de sang, qui ont subi un véritable lavage de cerveau et unir le public israélien surpassent les caprices politiques visant à abroger la loi sur la conscription militaire ou à nommer des juges qui pourront ainsi siéger lors de l’audience en appel de votre propre procès ».

Les Israéliens brandissent des drapeaux contre le projet de refonte du système judiciaire du nouveau gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu devant la Knesset, le 13 février 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

De son côté, la cheffe d’Avoda, Merav Michaeli, a déclaré que les propositions de négociations avec la coalition pour modifier les contours de son plan de refonte judiciaire étaient un « piège ».

Elle a accusé la coalition de « tenter de réduire au silence les milliers de personnes » manifestant contre le plan de réforme en utilisant le mot ‘négociation’ » comme un appât.

Dimanche soir, le président Isaac Herzog a appelé au débat et à la négociation entre la coalition et l’opposition. Le ministre de la Justice, Yariv Levin, a rejeté les requêtes réclamant que la campagne-éclair législative soit stoppée pendant les pourparlers.

Les autres membres de l’opposition, notamment Gantz et Lapid, ont indiqué qu’ils soutiendraient des négociations mais avec une pause législative en condition préalable.

« Il y a une alternative au piège qu’ils nous tendent… nous allons intensifier la protestation jusqu’à ce qu’ils soient traduits en justice », a dit Michaeli, ajoutant que « nous ne les laisserons pas prendre notre démocratie ».

Bien qu’il se soit abstenu de rejoindre la conférence de presse, le dirigeant du parti Raam, Mansour Abbas, a fait part de son opposition au plan de réforme.

« Nous sommes tous unis contre les intentions et contre les actions entreprises par le gouvernement qui visent l’effondrement de l’état de droit et de la justice ainsi qu’à contrôler le système judiciaire », a dit Abbas dans un communiqué émis par Raam.

« Nous ne participerons pas à la promotion de cette initiative et nous agirons de manière avisée pour garantir la réussite du mouvement de protestation contre cette initiative prise dans le but de contrôler le système judiciaire. Le préjudice concernera tous les citoyens du pays – dont et en particulier les citoyens arabes », a continué Abbas dans son communiqué.

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