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La reine Elizabeth a marqué l’ascension de la communauté juive britannique

Ses liens avec la communauté, marqués par l'affection et le respect mutuels, l'ont amenée à engager un mohel pour circoncire ses fils, et à décorer de grands rabbins

Le grand rabbin britannique Jonathan Sacks, aujourd'hui décédé, offrant à la reine une ménorah lors d'une réception au palais de Saint-James pour marquer le 350e anniversaire du rétablissement de la communauté juive en Grande-Bretagne, à Londres, le 28 novembre 2006. (Crédit : Tim Graham Picture Library/Getty Images via JTA)
Le grand rabbin britannique Jonathan Sacks, aujourd'hui décédé, offrant à la reine une ménorah lors d'une réception au palais de Saint-James pour marquer le 350e anniversaire du rétablissement de la communauté juive en Grande-Bretagne, à Londres, le 28 novembre 2006. (Crédit : Tim Graham Picture Library/Getty Images via JTA)

JTA – Le règne de la reine Elizabeth II, la plus ancienne monarque de Grande-Bretagne, décédée jeudi à 96 ans, a touché la communauté juive du XXe siècle, ainsi que son évolution dans la société britannique ; d’étrangers exotiques, les Juifs sont devenus des acteurs et des figures de premier plan du pays.

Le décès de la reine, qui était entourée de ses enfants et petits-enfants, a déclenché une période de deuil généralisé et d’incertitude chez les Britanniques, déjà perturbés par une économie en difficulté et par les bouleversements politiques provoqués par le départ de l’Union européenne et la succession rapide de trois Premiers ministres.

La reine Elizabeth a notamment traversé plusieurs des guerres les plus marquantes du siècle, l’avènement d’Internet et la pandémie de la COVID-19. Elle a hérité du trône en 1952, après une série précipitée de dévolutions à travers l’empire britannique, dont l’éviction de la Grande-Bretagne de la Palestine mandataire en 1948, qui a conduit à la fondation de l’État d’Israël.

Dans la lueur d’après-guerre de la défaite du fascisme, les monarchies semblaient de plus en plus obsolètes avec le temps, mais la reine Elizabeth a supervisé la transition vers le symbolisme tout en préservant le faste et le statut de la couronne au sein de toute la société britannique.

Les dirigeants juifs britanniques ont fait écho aux sentiments exprimés par les dignitaires et les présidents du monde entier jeudi.

« Aucun mot ne peut décrire pleinement l’ampleur de la perte de notre nation », a déclaré le Board of Deputies of British Jews dans un communiqué.

« La sagesse, la bienveillance et le dévouement au devoir de Sa Majesté ont servi d’inspiration à des générations de citoyens britanniques, y compris à notre communauté. Que sa mémoire soit bénie. »

La reine Elizabeth II arrivant pour l’ouverture de la sixième session du Parlement écossais, à Édimbourg, le 2 octobre 2021. (Crédit : Jeff J Mitchell/Getty Images via JTA)

Ephraim Mirvis, l’actuel grand rabbin du Royaume-Uni, a déclaré qu’Elizabeth chérissait les communautés juives des pays sur lesquels elle régnait.

« Son affection pour le peuple juif était profonde, et son respect pour nos valeurs était palpable »

« Nous nous souvenons avec beaucoup de reconnaissance de la relation chaleureuse qu’elle entretenait avec la communauté juive, avec un engagement particulier pour les relations interconfessionnelles et la commémoration de la Shoah », a-t-il déclaré dans un message vidéo posté sur les réseaux sociaux.

« Je me souviens de la fois où elle nous avait montré, à mon épouse et moi-même, des objets d’intérêt et de valeur juifs dans sa collection privée au château de Windsor, notamment un rouleau de la Torah sauvé de Tchécoslovaquie pendant la Shoah. Son affection pour le peuple juif était profonde, et son respect pour nos valeurs était palpable. »

Un lien avec la communauté

Elizabeth Alexandra Mary Windsor naît en 1926 dans une Grande-Bretagne où les Juifs prospèrent dans l’East End de Londres, non loin du palais où elle sera élevée lorsque son père montera sur le trône dix ans plus tard. Après avoir été exilés de Grande-Bretagne en 1290 à la suite d’une série de massacres, les Juifs avaient été accueillis à nouveau dans le pays à la fin des années 1600, mais n’étaient pas encore totalement assimilés.

À l’époque de l’enfance d’Elizabeth, les Juifs figuraient en bonne place parmi les élites culturelles et économiques du pays – deux ans avant sa naissance, Harold Abrahams devint un héros pour les garçons britanniques lorsqu’il remporta une médaille d’or en athlétisme aux Jeux olympiques de 1924.

Mais ils ont également dû faire partie d’un pays où les chemises brunes favorables à Adolf Hitler défilaient librement jusqu’à ce que la Grande-Bretagne entre en guerre, et où les stéréotypes à l’encontre des Juifs, vulgaires et cupides, étaient si répandus qu’ils apparaissaient régulièrement dans les livres de la célèbre romancière britannique Agatha Christie. L’antisémitisme britannique a persisté après la guerre, comme en témoigne un récit romancé diffusé récemment sur PBS.

La jeunesse d’Elizabeth témoigne de ces tensions. Son oncle, Édouard VIII, a abdiqué le trône pour épouser une Américaine, et rapidement lui et sa femme, Wallis Simpson, sont devenus amis avec Hitler. Pendant ce temps, la mère de son mari Philip, la princesse Alice, hébergeait une famille juive à Athènes, alors occupée par l’Axe.

La reine Elizabeth lors d’une représentation à la RADA (Royal Academy of Dramatic Art), à Londres, en 1964. (Crédit : Terry Disney/Express/Getty Images via JTA)

Les Windsor, qui croyaient certainement à l’idée farfelue selon laquelle les Britanniques descendaient d’une tribu perdue, ont fait circoncire leurs fils, ce qui était inhabituel à l’époque. La pratique chez les membres de la famille royale précède d’au moins un siècle la croyance selon laquelle la circoncision peut être médicalement bénéfique. Elizabeth, qui souhaitait confier la tâche à un professionnel, a fait appel à un mohel nommé Jacob Snowman.

L’embauche de Snowman pour un travail aussi délicat caractérise les relations étroites entre la princesse britannique et la communauté juive, relations qui se poursuivirent lorsqu’elle monta sur le trône. La communauté juive lui a envoyé des vœux d’anniversaire peu de temps après son accession au trône ; elle a vivement remercié le grand rabbin de l’époque pour ce message en 1952.

Elizabeth a par la suite élevé plusieurs grands rabbins au rang de chevalier, et deux à la Chambre des Lords.

La fonction de grand rabbin remonte aux années 1700 et s’est ensuite étendue à un certain nombre de pays et de territoires colonisés par la Grande-Bretagne, notamment l’Irlande, la Palestine mandataire britannique et l’Afrique du Sud.

Suivant les conseils du ministère britannique des Affaires étrangères, qui cherchait à rétablir les liens avec les nations arabes après la débâcle de la crise du Canal de Suez de 1956, au cours de laquelle la Grande-Bretagne, la France et Israël ont cherché à mettre l’Égypte au pas, la reine Elizabeth a évité de trop afficher ses liens étroits avec Israël durant plusieurs décennies.

Le Prince Philip, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une cérémonie en hommage à sa mère, la princesse Alice, au mémorial de Yad Vashem de Jérusalem, le 20 octobre 1994. (Crédit : Yad Vashem)

Son mari Philip – en l’honneur de sa défunte mère, la princesse Alice, Juste parmi les Nations – s’est rendu dans le pays lors d’une visite non officielle en 1994. Son petit-fils, le prince William, a été le premier à effectuer une visite officielle en Israël, en 2018.

La princesse Margaret recevant des fleurs après qu’elle et son mari Lord Snowden, à gauche, sont arrivés à Lexington pour assister au Kentucky Derby et visiter les fermes équestres de la région, dans le Kentucky, le 2 mai 1974. (Crédit : AP Photo/Bob Daugherty)

L’après-guerre a été une période d’assimilation croissante des Juifs dans tous les secteurs de la société britannique, y compris pour ses élites. Le fait que Lord Snowdon – le mari de la princesse Margaret, sœur d’Elizabeth – était juif était à peine perceptible.

Lorsque la princesse Diana, invoquant l’infidélité de Charles, a demandé le divorce, elle a engagé Anthony Julius, l’un des avocats les plus éminents du pays, qui était également spécialisé en histoire juive.

À l’époque de Margaret Thatcher, dans les années 1980, les ministres juifs étaient nombreux – cinq à un moment donné – et dans les années 2000, deux Juifs dirigeaient l’opposition. Michael Howard a été le leader conservateur de 2003 à 2005 et Edward Miliband a été le leader travailliste de 2010 à 2015.

Le président israélien Isaac Herzog a qualifié sa mort de « fin d’une époque ».

« Tout au long de son long et mémorable règne, le monde a changé de façon spectaculaire, tandis que la Reine est restée une icône de leadership stable et responsable, et un phare de moralité, d’humanité et de patriotisme », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Dans sa vie et dans son service à son peuple, la Reine a incarné un esprit d’intégrité, de devoir et de tradition ancienne. »

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