La rencontre de la dernière chance entre Netanyahu et Gantz semble avoir échoué
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La rencontre de la dernière chance entre Netanyahu et Gantz semble avoir échoué

Le chef de Kakhol lavan estime qu'une coalition ne peut "pas être construite sur les bases d'un bloc sectoriel" ; Netanyahu accuse son rival de vouloir un gouvernement minoritaire

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz lors d'une cérémonie commémorative marquant les 24 ans de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, à la Knesset, le 10 novembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz lors d'une cérémonie commémorative marquant les 24 ans de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, à la Knesset, le 10 novembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les derniers efforts du Premier ministre Benjamin Netanyahu et son rival de Kakhol lavan Benny Gantz pour former un gouvernement d’unité avant l’expiration du délai accordé à ce dernier semblent avoir échoués ce mardi soir. Les deux hommes politiques se sont accusés mutuellement de cet échec dans des communiqués au terme d’une rencontre d’une heure.

Organisé au bureau du Premier ministre à Jérusalem, l’entretien a duré à peine plus d’une heure. Une source proche des négociations a confié au Times of Israël qu’aucun progrès n’avait été fait.

Des membres d’Yisrael Beytenu, dont le parti est le facteur décisif pour savoir si Netanyahu ou Gantz seront en mesure de former un gouvernement l’un sans l’autre, a déclaré au Times of Israël qu’Avigdor Liberman, chef du parti, annoncera s’il soutient Gantz ou Netanyahu lors d’une réunion du parti à 13 heures mercredi.

Dans son communiqué, Gantz a déclaré qu’il continuerait à faire tous les efforts possibles et à retourner chaque pierre pour parvenir à des accords et former un gouvernement, dans le temps qu’il lui restait, afin d’éviter des élections coûteuses et inutiles, et dont les Israéliens ne veulent pas. »

Si personne ne veut d’un troisième scrutin, « nous ne pouvons pas renoncer à [nos] principes et à nos valeurs fondamentales ».

Indiquant qu’il ne céderait pas à Netanyahu, qui lui demande d’intégrer la totalité de son bloc de 55 députés, issus des partis de droite et des partis religieux, Gantz a déclaré qu’il voulait former « un gouvernement dont les principes fondamentaux seront établis par les principaux partis et ne peut donc pas être construit sur les bases d’un bloc sectoriel ».

De son côté, le Premier ministre a déclaré que Gantz rejetait la proposition de partage de pouvoir présentée par le président Reuven Rivlin, sous les termes duquel Netanyahu serait Premier ministre en premier et « ignore la volonté de la majorité du peuple qui est l’établissement d’un gouvernement d’unité nationale large ensemble ».

« Gantz a l’intention de former un gouvernement dépendant de l’abstention de la Liste arabe unie », a-t-il dit.

« Je ferai encore davantage d’efforts demain avec Liberman pour établir un gouvernement d’unité nationale, avec pour objectif d’éviter des élections inutiles ou un gouvernement minoritaire dangereux. »

Le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman au cours d’un événement à Givatayim, le 13 septembre 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Avant l’entretien, Netanyahu a appelé Gantz et Liberman à le rejoindre pour former un gouvernement d’unité, dont la priorité sera l’annexion de la vallée du Jourdain.

« Le pays et l’Histoire ne pardonneront pas à ceux qui ratent cette opportunité », a déclaré Netanyahu dans une vidéo en hébreu publiée sur Twitter, en référence à un changement de position des Etats-Unis lundi, qui a annoncé ne plus considérer comme illégales les implantations de Cisjordanie.

Le face-à-face Netanyahu/Gantz était supposé être axé sur un accord de dernière minute pour former un gouvernement d’unité basé sur la proposition de Rivlin – qui prévoit un partage du pouvoir, et qui permettrait à Netanyahu de prendre congé s’il était inculpé pour corruption dans les trois affaires qui le concernent, et d’être remplacé par Gantz – moyennant quelques aménagements.

Le politicien centriste a été chargé de former une coalition le mois dernier, après l’échec de Netanyahu à cette tâche à l’issue des élections de septembre.

Les équipes de négociations des deux partis se sont rencontrées mardi avant le face-à-face de leurs chefs de partis respectifs.

Selon le radiodiffuseur Kan, Kakhol lavan voulait que Netanyahu renonce à sa demande d’immunité face aux poursuites, ou à accepter de prendre congé en cas de mise en examen, et ce même s’il obtient l’immunité.

Kakhol lavan souhaitait que Netanyahu prenne 6 à 8 mois de congé en cas d’annonce de mise en examen par le procureur général Avichai Mandelblit, selon le reportage.

Mandelblit devrait annoncer dans les semaines à venir s’il a l’intention d’inculper Netanyahu dans trois affaires de corruption.

Citant des sources proches des négociations de coalition, Kan a indiqué que dans les pourparlers Liberman faisait office de médiateur entre le Likud et Kakhol lavan.

Gantz a rencontré Liberman plusieurs fois ces dernières semaines. Les différentes parties ont indiqué qu’ils avaient fait des progrès sur les questions de religion et d’Etat. Mais Netanyahu a également rencontré Liberman cette semaine et leurs relations se seraient réchauffées, ce qui fait craindre à Kakhol lavan que les deux partis pourraient s’associer pour former un gouvernement de droite.

Après les discussions des équipes de négociations, Gantz et le numéro 2 du parti Yair Lapid se sont rencontrés au quartier général de Kakhol lavan à Tel Aviv avant la rencontre Gantz-Liberman, puis entre Gantz et Netanyahu, ont fait savoir des sources au Times of Israël.

Il y aurait eu des désaccords au sein de la direction de Kakhol lavan au sujet d’un compromis sur la promesse de campagne de ne rejoindre aucun gouvernement sous Netanyahu tant qu’il serait sujet à des poursuites. Le site Ynet rapportait mardi que Lapid pourrait décider de ne pas rejoindre un tel gouvernement, ce qui pourrait déchirer le parti centriste.

Amir Peretz, le président des Travaillistes-Gesher s’exprime lors d’une réunion du parti à la Knesset à Jérusalem, le 28 octobre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Pendant ce temps, le chef du parti de centre-gauche travailliste-Gesher a réitéré qu’il ne siégerait pas dans un gouvernement sous Netanyahu.

« Nous avons promis aux citoyens israéliens le changement et l’espoir, et c’est pourquoi nous ne siégerons pas dans un gouvernement chapeauté par Netanyahu », a tweet Amir Peretz.

L’alliance travailliste-Gesher a mené des négociations de coalitions avec Kakhol lavan. Les partis ont indiqué en début de semaines que « d’importants progrès » ont  fait envers des éléments clés pour un gouvernement potentiel.

Si Gantz ne parvient pas à rassembler de coalition d’ici mercredi minuit, les députés de la Knesset auront 21 jours supplémentaires pour choisir un candidat qui tentera de prendre le relais ou décidera de l’organisation de nouvelles élections — les troisièmes en moins d’un an.

Si Gantz n’a que peu de chances de parvenir à former une coalition majoritaire sans le Likud, il pourrait théoriquement former un gouvernement minoritaire, si Liberman le rejoint, avec le soutien externe de la Liste arabe unie.

Cependant, les chances que Liberman intègre un tel gouvernement semblent assez minces.

Netanyahu et Gantz se sont lancés des piques ces derniers jours dans la perspective d’un gouvernement minoritaire soutenu par une liste commune, ce que le dirigeant de Kakhol lavan n’a ni approuvé ni écarté.

Dimanche soir, le Likud organisait un « rassemblement d’urgence » qui avait également pour but « [d’]empêcher qu’un dangereux gouvernement minoritaire repose sur des défenseurs du terrorisme ».

Le Premier ministre y a accusé les membres de la Liste arabe unie de chercher à « détruire le pays ». Il a affirmé, sans preuves, que les organisations terroristes de Gaza qu’Israël a combattues la semaine dernière.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion de l’union des 55 membres du Likud et d’autres partis de droite et religieux, à la Knesset, le 18 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les deux principaux points d’achoppement dans les efforts pour parvenir à un gouvernement d’unité ont été le bloc de droite, dont Netanyahu a refusé de se séparer, et le refus de Kakhol lavan de servir sous un Premier ministre faisant face à des accusations pénales.

Plus tôt mardi, Netanyahu et Liberman se sont rencontrés pour la deuxième fois cette semaine. La réunion a été « positive et substantielle et les deux parties poursuivront leurs efforts pour former un gouvernement d’unité », ont déclaré le Likud et Yisrael Beytenu dans une déclaration commune.

S’exprimant après avoir rencontré Gantz mardi dernier, Liberman a déclaré : « Si, mercredi à midi, nous ne sommes pas parvenus à un accord, en ce qui me concerne, nous avons échoué [à former un gouvernement d’unité] et ce sera chacun pour soi. »

Jacob Magid a contribué à cet article.

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