Rechercher

La solution à 2 États est un préalable à la paix avec Israël – ministre saoudien

Le ministre des Affaires étrangères, à Ryad, affirme que la paix avec l'État juif est une "option stratégique" - mais qu'un état palestinien devra la précéder

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman lors de sa rencontre avec le président Joe Biden au palais royal de Jeddah, le 15 juillet 2022. (Crédit :  AP Photo/Evan Vucci)
Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman lors de sa rencontre avec le président Joe Biden au palais royal de Jeddah, le 15 juillet 2022. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

JEDDAH, Arabie saoudite – Un important ministre saoudien a indiqué que la paix avec Israël représentait « une option stratégique » tout en établissant clairement qu’une solution à deux États dans le conflit qui oppose l’État juif aux Palestiniens était « une exigence » préalable à toute officialisation des liens avec Jérusalem.

Les propos tenus par le ministre d’État aux Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, pendant un entretien avec CNN qui a eu lieu dans la soirée de vendredi, ont suivi l’annonce faite par Ryad de l’ouverture de son espace aérien à tous les transporteurs civils, une initiative qui avait été considérée comme une autorisation implicite donnée aux avions israéliens de survoler le territoire de l’Arabie saoudite.

Le président américain Joe Biden, qui a rencontré vendredi les dirigeants du royaume à Jeddah à l’occasion d’une conférence régionale, avait qualifié cette décision de « première avancée tangible » vers la normalisation des liens entre Israël et l’Arabie saoudite.

Mais les propos d’al-Jubeir, indiquant que le positionnement de l’Arabie saoudite à l’égard des relations avec l’État juif n’a pas changé, ont fait l’effet d’une douche froide.

« Nous avons dit que l’Arabie saoudite soutient l’Initiative de paix arabe. En fait, nous l’avons présentée et nous avons clairement dit à ce moment-là que la paix interviendrait au terme du processus, et sûrement pas à son commencement », a noté le haut-diplomate.

La proposition qui avait été faite en 2002 offrait à Israël des liens pleinement normalisés avec les 22 membres de la Ligue arabe si Israël acceptait une solution à deux États sur la base des frontières de 1967, assortie à une solution équitable dans la crise des réfugiés palestiniens.

Le ministre d’État aux Affaires étrangères saoudien Adel bin Ahmed al-Jubeir. (Crédit : AP Photo/Arnulfo Franco)

Un plan qui n’aura jamais retenu l’attention des responsables israéliens qui affirment dorénavant que les Accords d’Abraham, qui ont permis à l’État juif de normaliser ses relations avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc prouvent que l’Initiative de paix arabe, qui date de 2002, n’est plus d’actualité.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a, de son côté, fait part de son soutien à l’Initiative une nouvelle fois pendant une conférence de presse qui a eu lieu vendredi aux côtés de Biden – une prise de position qui a été considérée comme un rejet du projet américain de promouvoir l’intégration d’Israël dans la région sans attendre de progrès sur la question du conflit israélo-palestinien.

Le Conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a expliqué aux journalistes qui se trouvaient à bord d’Air Force One en route pour Jeddah que Biden avait « fait valoir » devant Abbas les raisons pour lesquelles une meilleure intégration régionale d’Israël « renforcerait les progrès dans le dossier palestinien ».

Les États-Unis insistent néanmoins sur le fait que leurs efforts en faveur de l’élargissement des Accords d’Abraham ne remplaceront pas leurs efforts de promotion de la solution à deux États – une pique adressée à la stratégie pour laquelle avait opté l’administration Trump pour faire avancer le processus de normalisation qui était un moyen, selon elle, de pouvoir contourner les Palestiniens.

Si Bahreïn, selon de nombreux observateurs, aurait convenu de normaliser les relations avec Israël en 2020 avec la bénédiction de Ryad, al-Jubeir a indiqué, vendredi, que les pays qui avaient signé les Accords d’Abraham avaient pris « des décisions souveraines ».

« Nous espérons que ces décisions auront un impact positif sur la politique intérieure israélienne », a-t-il ajouté, s’alignant sur un argument avancé par les partisans des Accords qui estiment que les pays-membres pourront influencer Jérusalem sur la question palestinienne dans le cadre de leurs nouveaux liens.

Le président américain Joe Biden écoute le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une déclaration commune dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 15 juillet 2022. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

Et pourtant, le chef de la diplomatie saoudienne a insisté sur le fait que son pays « est attaché à une solution à deux États, avec la création d’un État palestinien dans les territoires occupés qui aurait comme capitale Jérusalem-Est. »

« Nous avons… dit clairement que la paix avec Israël est possible », a-t-il ajouté. « La paix est une option stratégique… mais il y a certaines exigences qui doivent être remplies avant ».

Après les rencontres de Biden avec le roi Salman et le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed bin Salman, les pays ont émis un communiqué conjoint où les deux parties ont apporté leur soutien à la solution à deux États, la seule à même, selon eux, de résoudre le conflit.

« Les dirigeants ont noté leur détermination à rester étroitement coordonnés concernant les efforts visant à encourager les parties en lice à démontrer – à travers leurs politiques et leurs actions – leur engagement en faveur de la solution à deux États », a remarqué le communiqué, qui a ajouté que les deux pays « ont salué tous les efforts livrés qui permettent de contribuer à l’avènement d’une paix équitable et authentique dans la région ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...