La souche dominante du virus « 10 fois » plus infectieuse que la souche originale
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La souche dominante du virus « 10 fois » plus infectieuse que la souche originale

Des tests en laboratoire ont montré que cette souche du virus était beaucoup plus infectieuse que d'autres quand elle était introduite dans des cultures cellulaires

Vue au microscope électronique du SRAS-CoV2, le virus qui provoque la COVID-19, isolé chez un patient aux États-Unis, émergeant de la surface des cellules cultivées en laboratoire. (NIAID-RML / Wikipédia)
Vue au microscope électronique du SRAS-CoV2, le virus qui provoque la COVID-19, isolé chez un patient aux États-Unis, émergeant de la surface des cellules cultivées en laboratoire. (NIAID-RML / Wikipédia)

Une mutation du coronavirus, devenue la mutation dominante dans une grande partie du monde, a pu le faire grâce à une mutation lui permettant de mieux s’attacher aux cellules hôtes, a indiqué une nouvelle recherche.

Des tests en laboratoire réalisés par Scripps Research basé aux Etats-Unis ont montré que cette souche du virus SARS-CoV-2 (c’est le nom officiel du coronavirus) était beaucoup plus infectieuse que d’autres quand elle était introduite dans des cultures cellulaires. L’étude doit encore faire l’objet d’une évaluation scientifique.

Des chercheurs ont indiqué que la mutation Spike D614G, qui s’est fortement développée dans le monde, a des pointes plus solides – les antennes sur la structure du virus qui s’attachent aux cellules et qui donnent au virus sa « couronne » ou « corona » – que la souche originale du Wuhan.

Les particules du virus avec la mutation ont donc tendance à avoir 4 ou 5 fois plus de pointes fonctionnelles, leur permettant de s’accrocher plus facilement aux cellules.

« Les virus avec cette mutation étaient beaucoup plus infectieux que ceux avec une autre mutation dans le système de cultures cellulaires que nous avons utilisé », a déclaré Hyeryun Choe, virologue chez Scripps Research, qui a dirigé l’étude.

Spécifiquement, il y avait « près de 10 fois plus d’infections dans le système de culture de cellules que nous avons utilisé ».

La mutation D614G est déjà la mutation la plus largement observée en Amérique du Nord et en Europe. Michael Farzan, co-auteur de l’étude, a indiqué que cette mutation du virus était apparue dans la base de donnée mondiale en février. En mai, cette mutation était présente dans 70 % des échantillons téléchargés.

« Au fil du temps, le virus a compris comment mieux s’accrocher et ne pas se décrocher tant qu’il en avait besoin, a déclaré Farzan. Le virus est, sous l’effet de la sélection, devenu plus stable ».

S’il est potentiellement plus infectieux, il n’y a aucune preuve que le virus soit plus agressif, qu’il entraîne plus d’hospitalisations ou de décès que les autres souches.

Il convient aussi de souligner qu’un taux important d’infections en conditions de laboratoire ne signifie pas que cela fonctionne aussi quand le virus agit à l’intérieur d’un hôte.

Modélisation 3D d’un coronavirus. (Crédit : Naeblys via iStock)

Tous les virus mutent au fil du temps, mais les scientifiques ont déclaré que le SARS-CoV-2 semble être relativement stable, en mutant à un rythme plus lent que celui de la grippe saisonnière. Cela pourrait être un élément important pour développer un vaccin efficace.

La mutation Spike D614G a d’abord attiré l’attention des chercheurs en avril quand le Los Alamos National Laboratory a déclaré qu’elle était « très inquiétante » à cause de sa propagation, « augmentant de fréquence à un taux alarmant, indiquant un avantage de structure par rapport à la souche originale du Wuhan qui permet une propagation plus rapide ».

De nombreux scientifiques ont appelé à la prudence et à ne pas faire de conclusions trop hâtives sur le caractère infectieux de la souche, pointant d’autres facteurs qui pourraient contribuer à sa propagation : par exemple, la souche peut, par hasard, entrer en contact avec une population particulièrement sensible, comme les seniors en Italie, lui permettant de mieux se propager.

Les résultats du laboratoire Scripps vont dans le sens de cette affirmation, et il faudra confirmer ces éléments avec d’autres études.

Kristian Andersen, un autre généticien de Scripps, a expliqué au New York Times que d’autres analyses des mutations du virus dans les laboratoires n’avaient pas trouvé de différences significatives dans les taux d’infection.

« C’est la raison principale pour laquelle je suis si prudente pour l’instant, a déclaré Andersen. Si un virus était réellement capable de mieux se propager qu’un autre, alors nous devrions voir un différence ici, et ce n’est pas le cas ».

A la fin mai, des chercheurs de l’University College London ont déclaré que leurs études des génomes de plus de 15 000 échantillons n’avaient pas montré qu’une souche était plus infectieuse que d’autres.

Des scientifiques vont probablement chercher à tester D614G sur des animaux pour savoir s’ils présentent des taux d’infection supérieurs quand la souche est active dans l’organisme du sujet contaminé.

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