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Interview

La Tchéquie affirme que la menace de sanctions de l’UE contre Israël est écartée

En visite en Israël, Jan Lipavský dénonce les positions "activistes" de certains membres européens et assure que le soutien de Prague à Israël est inébranlable

Le ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Lipavsky s’adresse au Times of Israel à Tel Aviv, le 30 octobre 2025. (Crédit : Nava Freiberg/The Times of Israel)
Le ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Lipavsky s’adresse au Times of Israel à Tel Aviv, le 30 octobre 2025. (Crédit : Nava Freiberg/The Times of Israel)

Il n’y a « aucune chance » que l’Union européenne impose des sanctions à Israël en lien avec le conflit à Gaza, a déclaré récemment le ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Lipavský au Times of Israel, écartant ainsi les menaces de mesures censées faire pression sur Jérusalem pour sa politique dans l’enclave, où les combats sont interrompus depuis près d’un mois.

Selon Lipavský, qui s’est rendu en Israël jeudi pour une visite d’une journée, Prague – ainsi que plusieurs autres pays du bloc des 27 – s’opposerait à toute initiative de Bruxelles visant à sanctionner Israël, qui considère l’UE comme son principal partenaire commercial.

« Bien sûr, certains pays voudraient imposer des sanctions à Israël… Mais je ne vois aucune chance qu’elles soient adoptées – non seulement parce que la Tchéquie s’y oppose, mais aussi parce que beaucoup d’autres [États de l’UE] s’y opposent », a déclaré Lipavský, dont c’était la troisième visite en temps de guerre.

En septembre, la Commission européenne avait soumis une proposition visant à sanctionner plusieurs ministres israéliens d’extrême droite et à suspendre partiellement l’accord d’association entre Israël et l’UE, en invoquant des violations humanitaires présumées à Gaza. Ces mesures, qui nécessitent l’unanimité, n’ont pas été approuvées et restent gelées.

Alors que son mandat touche à sa fin – la Tchéquie se préparant à former un nouveau gouvernement – Lipavský a souligné qu’Israël avait respecté ses engagements humanitaires envers l’UE à Gaza. Il a critiqué ce qu’il a qualifié d’approche « activiste » de plusieurs États membres de l’Union au Moyen-Orient, et a réaffirmé le soutien constant de Prague à Jérusalem.

Alors qu’Israël commence à appliquer le plan de paix pour Gaza proposé par le président américain Donald Trump, Lipavský a estimé que la reconnaissance d’un État palestinien par plusieurs pays occidentaux après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas du 7 octobre 2023 constituait une « erreur ».

Le ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Lipavský (à droite) rencontre les proches d’un otage israélien enlevé lors du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, aux côtés du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Eli Cohen (deuxième à partir de la droite), lors d’une visite de solidarité en Israël, le 10 octobre 2023. (Crédit : ministère tchèque des Affaires étrangères)

« La Tchéquie n’a jamais cessé de soutenir Israël durant la guerre, car nous estimons qu’Israël a le droit d’exister et de se défendre contre ses ennemis », a déclaré Lipavský, ajoutant qu’il s’attendait à ce que cette politique se poursuive sous le prochain gouvernement tchèque.

Soutien malgré les divisions au sein de l’UE

Trois seulement jours après l’assaut meurtrier du Hamas le 7 octobre 2023 sur le sud d’Israel, alors que des terroristes sévissaient toujours et qu’Israel était fortement ébranlé, Jan Lipavský a été le premier représentant étranger à se rendre en Israël.

Contrairement à de nombreux homologues européens qui accusaient Israël d’avoir violé le droit international à Gaza, Lipavský a clairement attribué la responsabilité de la guerre au Hamas, qui a déclenché les hostilités et persisté dans son refus de libérer les otages enlevés ce jour-là.

« Je ne me sens pas en position de dire aux Israéliens comment ils doivent mener la guerre contre l’une des organisations terroristes les plus brutales de la planète », a-t-il déclaré, en réponse aux critiques formulées par plusieurs de ses homologues européens.

Des étudiants défilent et brandissent des drapeaux palestiniens lors d’une marche interuniversitaire anti-Israël à Londres, à l’occasion du deuxième anniversaire de l’attaque du Hamas qui a déclenché la guerre à Gaza, le 7 octobre 2025. (Crédit : Kin Cheung/AP)

« Je compatis profondément avec la population de Gaza », a-t-il ajouté, tout en soulignant que « ces deux années de guerre sont la conséquence du Hamas, qui a pris des otages à des fins politiques ».

Tout au long du conflit, la République tchèque s’est imposée comme l’un des soutiens les plus constants d’Israël, que ce soit à l’ONU ou au sein de l’UE, souvent en coordination avec des pays comme la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et la Roumanie.

« La coordination est essentielle lorsque nous discutons de ces questions à l’ONU ou à l’UE », a-t-il expliqué. « En général, au sein de l’Union, la Tchéquie n’est pas seule : de nombreux autres pays n’adoptent pas cette approche activiste à l’égard du Moyen-Orient – cette tendance à chercher à punir Israël à la moindre occasion. »

Nous demeurons inébranlables dans notre conviction qu’Israël a le droit de se défendre

Dans ces forums, a précisé Lipavský, Prague adopte une approche « mesurée », selon laquelle « nous respectons les principes du droit international humanitaire, mais nous demeurons inébranlables dans notre conviction qu’Israël a le droit de se défendre ».

Selon lui, « Israël a respecté toutes les obligations convenues avec Kaja Kallas », en référence aux engagements pris en juillet entre le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, et la chef de la diplomatie européenne, pour renforcer l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza.

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar et la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, à Bruxelles, le 15 juillet 2025. (Crédit : Gideon Saar/X)

« Nous faisons pression pour que l’aide humanitaire parvienne à Gaza », a-t-il ajouté, rappelant que la République tchèque avait accordé cette année environ 2 millions de dollars d’aide humanitaire aux Palestiniens, « acheminée par différentes organisations internationales », tant à Gaza qu’en Cisjordanie.

Interrogé sur d’éventuelles pressions exercées sur Prague par l’administration de l’ancien président américain Joe Biden ou par des partenaires européens pour modifier son approche vis-à-vis d’Israël pendant la guerre, Lipavský a esquissé un sourire.

« Non. Ils n’ont même pas essayé, car ils savaient parfaitement quelle aurait été notre réponse », a-t-il répondu.

Le calme à Bruxelles ?

Selon Lipavský, le calme relatif qui règne à Gaza depuis le cessez-le-feu du 9 octobre a également contribué à détendre les relations entre Israël et Bruxelles, qui semblaient avoir atteint leur point le plus bas au cours de l’été.

« La libération des otages [à Gaza] et le plan de paix de Trump ont véritablement amélioré la perception de la région par l’Union européenne », a-t-il estimé.

Il a décrit la dernière réunion du Conseil des affaires étrangères, à laquelle il a participé à Luxembourg, comme « plutôt détendue sur les questions du Moyen-Orient », ajoutant que « le ton était bien différent des nombreux conseils précédents où nombre de pays appelaient à renforcer la pression sur Israël. »

Pour l’avenir, il a plaidé pour une diplomatie bilatérale forte, qu’il considère comme le meilleur moyen de renforcer les relations entre l’UE et Israël, tout en soulignant que Saar « est très désireux d’y parvenir » et « suit la question de près ».

Un policier devant la grande synagogue de la Victoire, à Paris, après le renforcement des mesures de sécurité à proximité des lieux de culte et des écoles juives, le 9 octobre 2023. (Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP)

Réagissant aux inquiétudes suscitées par la montée de l’antisémitisme en Europe depuis le début de la guerre, Lipavský a mis en avant les efforts déployés dans son pays pour lutter contre ce phénomène.

« Nous avons nos propres problèmes… Il y a beaucoup de haine, notamment sur les réseaux sociaux, et une radicalisation des jeunes qui progresse », a-t-il reconnu, ajoutant que le gouvernement tchèque avait récemment « adopté une stratégie nationale de lutte contre l’antisémitisme, ce dont je me félicite. Ces phénomènes doivent être combattus dès qu’ils se manifestent. »

La solution à deux États ne peut pas être précipitée

Si le Hamas a été durement affaibli sur le champ de bataille, a déclaré Lipavský, il a en revanche marqué des points sur le plan diplomatique avec la vague de reconnaissances unilatérales de l’État palestinien par des pays occidentaux – un mouvement que la République tchèque a rejeté.

« Malheureusement, le Hamas est parvenu à obtenir des gains politiques considérables, notamment la reconnaissance d’un État palestinien par de nombreux pays, ce que je considère comme une erreur », a-t-il estimé, évoquant l’initiative franco-saoudienne qui s’était imposée à l’approche de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre.

« Ces reconnaissances n’ont rien changé pour le peuple palestinien. Aucun nouvel organe n’a été créé, aucune nouvelle manière d’aborder les questions n’a été mise en place, et les Palestiniens n’ont obtenu aucune forme de souveraineté supplémentaire », a-t-il poursuivi.

Le Hamas… est parvenu à obtenir des gains politiques considérables, notamment la reconnaissance d’un État palestinien par de nombreux pays

Pire encore, selon lui, ces reconnaissances pourraient être perçues comme ayant « légitimé la guerre brutale menée par le Hamas » et « affaibli les perspectives d’une solution négociée entre Israéliens et Palestiniens ».

La République tchèque faisait partie des douze pays qui se sont abstenus lors du vote d’une résolution non contraignante de l’ONU appelant à des « mesures irréversibles » en faveur d’une solution à deux États avant le sommet franco-saoudien de septembre.

La résolution a néanmoins été adoptée, avec 142 voix pour et 10 contre.

Le ministre des Affaires étrangères saoudien Faisal bin Farhan Al-Saud, à gauche, et le président français Emmanuel Macron, au centre, s’apprêtent à diriger une réunion de haut niveau aux Nations Unies visant à mobiliser le soutien en faveur d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien, le 22 septembre 2025, au siège de l’ONU. (Crédit : AP Photo/Yuki Iwamura)

« Nous appelons à la mise en œuvre de la solution à deux États, mais par la voie de la négociation, et d’une manière qui ne menace pas l’existence d’Israël », a-t-il expliqué, justifiant ainsi la décision de Prague de s’abstenir.

« L’axe du mal » et « l’après-guerre » à Gaza

Lipavský a estimé que le soutien indéfectible de Prague à Israël « se reflète dans l’attention qu’Israël accorde à notre propre sécurité », soulignant ce qu’il décrit comme une prise de conscience croissante, du côté israélien, de la menace que représente la Russie pour l’Europe.

Il a relevé « une évolution positive du côté israélien vers un soutien accru à la lutte de l’Ukraine » contre la Russie, laquelle, a-t-il averti, « est passée à une économie de guerre » et continue de mener « une guerre hybride » par le biais de cyberattaques et de campagnes de désinformation à travers l’Europe.

Il a indiqué avoir ressenti « une grande compréhension et un soutien affirmé de la part d’Israël » sur cette question.

Interrogé sur la politique de son pays à l’égard de l’Iran, il a rappelé que « les Iraniens soutiennent la Russie dans son effort de guerre » et décrit un « axe du mal » plus large regroupant Moscou, Téhéran et Pyongyang, ajoutant que « l’Iran ne devrait pas être autorisé à développer son programme nucléaire ».

Le ministre tchèque des Affaires étrangères Jan Lipavsky, à droite, et son homologue autrichienne Beate Meinl-Reisinger donnent une conférence de presse conjointe lors de leur rencontre le 26 mai 2025 à Prague, en République tchèque. (Crédit : Michal Cizek/AFP)

Lipavský a ajouté avoir évoqué, lors de sa rencontre avec Gideon Saar jeudi, la possible participation de la République tchèque à la gestion de « l’après-guerre » à Gaza.

Tout en précisant que l’implication de son pays dépendrait du prochain gouvernement, il a indiqué avoir demandé à Prague « davantage d’informations sur l’avenir de Gaza, sur la manière dont elle sera gouvernée et sur sa reconstruction », avant d’ajouter qu’ils étudiaient « les possibilités pour [la République tchèque] de se joindre à ces efforts. »

« Nous avons une relation très particulière entre la Tchéquie et Israël, qui remonte loin dans l’histoire », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il s’attendait à ce que cette approche se poursuive sous le prochain gouvernement.

« D’autres choses pourraient changer, mais pas cela », a-t-il conclu.

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