Transformer Eilat en pôle pétrolier et gazier ? Des habitants refusent !
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Transformer Eilat en pôle pétrolier et gazier ? Des habitants refusent !

Des manifestants avertissent que l'accord signé entre les EAU et Israël pour un pipeline mettra en danger - entre autres nuisances - les coraux uniques de la mer Rouge

Une manifestation contre l'expansion des activités au port pétrolier de l'entreprise EAPC à Eilat, avec une bannière disant : "Arrêt immédiat de l'accord sur le pétrole," le 10 février 2021. (Crédit : Egor Iggy Petrenko/Coast Patrol)
Une manifestation contre l'expansion des activités au port pétrolier de l'entreprise EAPC à Eilat, avec une bannière disant : "Arrêt immédiat de l'accord sur le pétrole," le 10 février 2021. (Crédit : Egor Iggy Petrenko/Coast Patrol)

Des dizaines de manifestants sont descendus dans les rues à Eilat, dans le sud d’Israël, dans la journée de mercredi, pour protester contre le projet de transformation de la ville en pôle d’importation et d’exportation de gaz et de pétrole, précisant qu’une telle décision pouvait nuire à la nature et mettre en danger le tourisme et la santé publique.

Eilat, une destination touristique populaire du sud du pays, possède également une barrière de corail connue dans le monde entier. Des groupes de défense de l’environnement et issus de la société civile ont rejoint plus de 200 scientifiques dans une campagne contre ce plan prévu en faveur du développement de ces énergies fossiles, craignant qu’une fuite ou une autre catastrophe puisse gravement endommager les récifs, épargnés pour le moment par les blanchiments et autres dépérissements qui ont décimé tous les récifs coralliens ou presque du monde entier.

Environ 200 personnes – notamment des familles et des jeunes – se sont rassemblées sur le front de mer pour protester contre l’accord conclu entre Israël et les Emirats arabes unis concernant un transfert de pétrole vers l’Europe via le pipeline d’Eilat. Il y a également des inquiétudes autour du projet d’élargissement d’un gazoduc jusqu’à la ville – à des fins d’exportation, redoutent les manifestants.

Certaines personnes présentes ont grimpé sur un terminal existant qui avance dans la mer avant de dérouler une affiche géante qui portait l’inscription « Arrêt immédiat de l’accord pétrolier ».

Coraux poussant sur des pieux de construction dans le port d’Eilat. (Assaf Zvuloni, écologiste du district d’Eilat de Israel Nature and Parks)

Les opposants à l’accord et au projet de gazoduc craignent que cette transformation de la ville en pôle pétrolier et gazier n’entraîne une forte pollution, nuisant à l’air, à la mer et aux plages, et que les coraux soient abandonnés à la merci de fuites de pétrole qui entraîneraient un désastre au niveau environnemental.

Pour des raisons génétiques, ces coraux se montrent plus résilients face au changement climatique que les autres qui se trouvent ailleurs sur le globe et qui meurent les uns après les autres. Les scientifiques étudient actuellement les récifs coralliens d’Eilat pour voir s’ils pourraient être utilisés pour sauver d’autres barrières de corail dans le monde. Ces barrières aident à maintenir une vie sous-marine abondante et elles ont la même importance pour l’environnement que, par exemple, les forêts tropicales.

Des manifestants contre l’expansion des activités au port pétrolier de l’EAPC à Eilat, dans le sud d’Israël, le 10 février 2021. (Crédit : Egor Iggy Petrenko/Coast Patrol)

« Eilat est une ville de nature, de tourisme et d’énergies renouvelables. Les industries ou le commerce dans le domaine des énergies fossiles ou des énergies polluantes n’ont pas leur place ici », a commenté Dorit Davidovich-Benet, directrice du développement stratégique et régional au sein de l’Initiative énergies renouvelables Eilat-Eilot, lors de la manifestation.

« Nous disons non au gaz et non au pétrole…. La région n’est pas l’arrière-cour de l’économie israélienne », s’est-elle exclamé.

Au mois d’octobre, l’entreprise publique Europe-Asia Pipeline Co. – qui s’appelait, dans le passé, Eilat-Ashkelon Pipeline Co. – avait signé un protocole d’accord avec MED-RED Land Bridge, une co-entreprise israélo-émiratie, prévoyant le transfert de pétrole et de produits dérivés du pétrole depuis un terminal de la mer Rouge jusqu’à la mer Méditerranée, en passant par le territoire israélien.

Des manifestants contre l’expansion des activités du port pétrolier de l’EAPC à Eilat, dans le sud d’Israël, le 10 février 2021. (Crédit : Egor Iggy Petrenko/Coast Patrol)

Le pétrole du Golfe transitera ensuite via les conduites de l’EAPC, à travers les désert d’Arava et du Neguev, situés dans le sud d’Israël, vers un terminal de la firme à Ashkelon, sur la côte sud de la Méditerranée. De là, il sera à nouveau embarqué à bord de pétroliers qui le livreront sur les marchés du sud de l’Europe.

Il y a aussi une initiative – qui ne s’est pas encore concrétisée – qui viserait à utiliser le terminal d’Eilat pour transporter le gaz naturel trouvé en Méditerranée vers le Golfe et les pays d’Extrême-Orient. Pour ce faire, une usine de liquéfaction pourrait être construite dans la ville.

Un porte-parole du ministère de l’Energie a toutefois déclaré que le ministère n’avait pas connaissance d’un plan prévoyant la construction d’une usine de traitement de gaz naturel liée à l’éventuelles exportations à Eilat.

Yuval Arbel, membre de l’organisation de défense de l’Environnement Zalul, a expliqué que l’EAPC n’avait pas consulté les ministères des Affaires étrangères, de l’Energie, de la Protection environnementale ou du Tourisme et que l’entreprise ne s’était pas davantage entretenue avec l’Autorité de la nature et des parcs, qui est responsable des récifs coralliens, ou avec les autorités locales concernées à Eilat et à Ashkelon.

« Il n’y a eu de consultation avec aucune de ces instances », a-t-il asséné.

Le docteur Yuval Arbel de l’organisation environnementale Zalul. (Autorisation)

« Après des demandes répétées, depuis plus de deux mois, de la part de représentants de toutes les organisations que je viens de citer, de membres de la Knesset, de maires et de 240 scientifiques, aucune réponse officielle n’a encore été reçue de la part des ministres et des autorités responsables de la supervision de l’EAPC », a-t-il déploré.

Le protocole d’accord MED-RED Land Bridge permettrait à 120 pétroliers contenant jusqu’à 30 millions de mètres-cubes de pétrole et de produits dérivés d’utiliser le port de l’EAPC à Eilat.

La plus grande partie du pétrole du Golfe traverse actuellement le canal de Suez ou le pipeline Sumet, en Egypte. Au cours des dernières années, pas plus de deux ou trois pétroliers avaient été amenés à jeter l’ancre au terminal de l’EAPC à Eilat – ils transportaient en majorité du pétrole en provenance d’Asie centrale et de Russie – avant de continuer leur voyage vers l’Extrême-Orient.

Au cours des dernières semaines, plusieurs pétroliers se sont amarrés à Eilat et, le mois dernier, les résidents se sont plaints d’odeurs fortes de pétrole.

Le Faithful Warrior, un pétrolier, au terminal de l’EAPC à Eilat, dans le sud d’Israël, le 7 janvier. (Crédit : Mori Hen, de l’ONG Desert and Sea Environment, Eilat)

Le ministère de la Protection environnementale avait découvert, au mois de janvier, que l’EAPC avait installé un matériel défectueux et avait donné l’ordre à l’entreprise de stopper ses travaux.

Le ministère de l’Energie, qui est responsable du gaz naturel, a déclaré qu’en plus de soutenir des projets dans le domaine des énergies renouvelables à Eilat et dans l’Arava, il « œuvrait à garantir la continuité de l’approvisionnement en énergie même à moyen-terme et qu’il s’engageait dans sa responsabilité de planification dans cet objectif ».

Du pétrole répandu dans le désert dans la réserve naturelle d’Evrona, le 7 décembre 2014. (Crédit : Porte-parole du ministère de la protection environnementale/Roi Talbi)

L’EAPC avait été établie en 1968 sous la forme d’une co-entreprise israélo-iranienne qui transportait le pétrole asiatique d’Eilat vers l’Europe, par le biais d’un réseau de pipelines reliant Eilat à Ashkelon et à Haïfa, en remontant la longueur d’Israël. Selon le site de l’EAPC, la compagnie exploite 750 kilomètres de pipelines au sein de l’Etat juif. La firme fonctionne sous l’autorité du ministère des Finances, même si c’est l’Autorité du transport maritime, au sein du ministère des Transports, qui est chargée de superviser les terminaux.

En raison de la nature même de l’EAPC – en tant que co-entreprise avec l’Iran – les opérations de la firme restent excessivement secrètes et même aujourd’hui, les informations la concernant peuvent être censurées par l’armée israélienne.

Il y a six ans, la société avait été à l’origine de la plus grande catastrophe environnementale de l’histoire d’Israël lorsqu’un de ses pipelines s’était rompu, envoyant quelque 5 millions de litres de pétrole brut dans la réserve naturelle d’Evrona, dans le sud d’Israël.

L’EAPC a fait savoir dans une déclaration qu’Israël était le « portail de l’énergie », avec des activités qui avaient stratégiquement de l’importance pour l’économie du secteur de l’énergie et pour sa capacité à fonctionner sans interruption.

« L’accord historique avec les EAU renforcera l’économie israélienne et apportera la sécurité énergétique pour Israël tout en protégeant de manière stricte et continue l’environnement », a noté l’entreprise.

La firme a également affirmé qu’elle sauvait les coraux d’Eilat.

« C’est grâce à l’EAPC que les coraux du Golfe d’Eilat ont été protégés et développés depuis plus de 50 ans, en parallèle avec les travaux d’opération de notre compagnie, ceci grâce aux procédures de sécurité les plus rigoureuses et à l’engagement de l’EAPC à respecter l’environnement ».

« L’entreprise s’est dotée de mesures de sécurité, de prévention et de contrôle ultra-modernes et ses employés sont soumis à une formation et à des exercices périodiques », a-t-elle ajouté.

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