La triste disparition du street art dans le quartier Florentin de Tel Aviv
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La triste disparition du street art dans le quartier Florentin de Tel Aviv

L'âme artistique de cette zone bohème tend à s'estomper alors que les promoteurs se précipitent pour la "nettoyer" et que les artistes sont repoussés plus au sud de la ville

  • Street art à Tel Aviv par Hijack. (Lord K2)
    Street art à Tel Aviv par Hijack. (Lord K2)
  • Street art à Tel Aviv par Dede. (Lord K2)
    Street art à Tel Aviv par Dede. (Lord K2)
  • Street art à Tel Aviv par Rami Meiri. (Lord K2)
    Street art à Tel Aviv par Rami Meiri. (Lord K2)
  • Street art à Tel Aviv par Sara Erenthal. (Lord K2)
    Street art à Tel Aviv par Sara Erenthal. (Lord K2)
  • Street art à Tel Aviv par Shetach Tal pour le projet #Jaffadoors. (Lord K2)
    Street art à Tel Aviv par Shetach Tal pour le projet #Jaffadoors. (Lord K2)
  • Un collage d'une photo iconique modifiée de 1967 par David Rubinger. (Lord K2)
    Un collage d'une photo iconique modifiée de 1967 par David Rubinger. (Lord K2)
  • Le street art de Tel Aviv pose une bonne question. (Lord K2)
    Le street art de Tel Aviv pose une bonne question. (Lord K2)

Lorsque j’ai rencontré à Manhattan l’éducatrice, commissaire d’exposition et écrivain primée Lois Stavsky, nous avons découvert que nous étions tous deux en train de recenser le paysage du street art à Tel Aviv – bien que sous des angles totalement différents.

Je m’intéressais à la préservation de cet art, tandis que Stavsky faisait des recherches sur l’histoire du mouvement street art israélien – notamment concernant les motivations et les objectifs des artistes. Il n’a pas fallu longtemps avant que moi, un Londonien, et Stavsky, une New-Yorkaise d’origine, réalisions que collaborer serait une excellente idée.

Quand je parle d’Israël à des gens d’autres pays, ils ont souvent tendance à penser à des choses comme le conflit, la religion et la sécurité. C’est pourquoi je ressens le besoin de mettre en lumière le côté artistique du pays, largement sous-estimé. Alors que, ces dernières années, Israël s’est forgé une réputation de leader mondial dans le domaine de la science et de la technologie, on en sait beaucoup moins sur sa scène artistique – en particulier sur son art urbain.

Mon objectif était de capturer en photo les œuvres, d’une manière qui leur rendrait justice. J’ai porté une attention particulière à la lumière ambiante et au positionnement géométrique des graffs pour que mes images soient équilibrées et agréables à l’œil. Je me suis également intéressé à suivre l’évolution des œuvres des artistes et à retracer comment celles-ci se sont, au fil du temps, frayé un chemin dans les différents quartiers de la ville.

Stavsky explique être particulièrement intriguée par la nature démocratique de l’art qui se manifeste dans l’espace public.

Street art à Tel Aviv par Hijack. (Lord K2)

« Je suis tombée amoureuse très tôt de la scène street art de Tel Aviv », dit-elle. « Son caractère brut, son authenticité et la diversité de ses styles et de ses thèmes se sont imposés. Alors que les arts urbains de tant d’autres villes cosmopolites ont longtemps été accaparés par le monde des affaires et les intérêts immobiliers, ceux de Tel Aviv ont survécu et prospéré pendant plus d’une décennie en restant libres et inaltérés. »

Le street art de Tel Aviv pose une bonne question. (Lord K2)

« D’esprit novateur et souvent très intelligent, l’art urbain de Tel Aviv a continué à me ravir et à me mettre au défi à chaque visite que je faisais dans la ville », dit Stavsky.

Le centre de la scène street art de Tel Aviv reste Florentin. Des opérateurs touristiques proposent des visites guidées du quartier pour les étrangers et les Israéliens afin de découvrir son art. La rue Abarbanel et sa zone industrielle environnante d’ateliers de bois et de métal – ainsi que les galeries d’art – constituent l’épicentre du street art dans la ville.

Street art à Tel Aviv par Rami Meiri. (Lord K2)

Mais avec l’embourgeoisement constant et rapide de Florentin, l’art dans ses rues s’amenuise. Dans plusieurs zones du quartier, en fait, les œuvres de street art ont récemment été recouvertes par la municipalité. En raison de la flambée des prix de l’immobilier, des promoteurs rivaux se battent pour des terrains dans leur hâte de construire des logements résidentiels. Ce faisant, ils dépouillent le quartier de son âme et font grimper les prix de l’immobilier encore plus haut, tout en offrant peu de choses au public – à part davantage de logements dans un quartier surpeuplé dans une ville qui a grand besoin d’espaces culturels.

Street art à Tel Aviv par Dede. (Lord K2)

La ville est maintenant à la croisée des chemins. Les artistes sont poussés hors de leurs territoires familiers. Un exode évident se produit vers les zones les plus délabrées du sud de Tel Aviv dont les murs réclament des œuvres à grands cris.

Un collage d’une photo iconique de 1967 modifiée par David Rubinger. (Lord K2)

Comme les artistes fuient à contrecœur plus au sud, une nouvelle zone va probablement émerger selon un schéma parallèle à celui des autres villes : les artistes s’installent dans un quartier pauvre, où règne la criminalité, en peignant ses rues, en créant des espaces alternatifs, en réduisant la criminalité et en chassant les habitants de façon organique. Et lorsque la zone devient à la mode et sûre, les promoteurs y emménagent, la reconstruisent et chassent les artistes. C’est ce qui s’est passé dans des quartiers comme Williamsburg, à New York, et Shoreditch, à Londres.

Street art à Tel Aviv par Sara Erenthal. (Lord K2)

Street Art Tel Aviv – le premier de notre série de livres documentant la scène artistique urbaine de Tel Aviv – capture les rues de la ville lorsqu’elles nous appartenaient encore en grande partie.

Street art à Tel Aviv par Shetach Tal pour le projet #Jaffadoors. (Lord K2)
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