Rechercher

La vie à Téhéran filmée par un caméraman sous couverture pour la TV israélienne

Un dissident iranien filme des commerçants frustrés par l'inflation, des toxicomanes et des prostituées pour la Douzième chaîne israélienne

Un marché iranien filmé pour la Douzième chaîne israélienne par un dissident à Téhéran. (Crédit : Capture d'écran/Douzième chaîne)
Un marché iranien filmé pour la Douzième chaîne israélienne par un dissident à Téhéran. (Crédit : Capture d'écran/Douzième chaîne)

Un dissident iranien a filmé un reportage à Téhéran pour la télévision israélienne, dans lequel il décrit l’effondrement de l’économie du pays, la frustration des habitants, la toxicomanie et la prostitution.

La Douzième chaîne a déclaré que le reportage, diffusé dimanche, était le premier à être réalisé en Iran par des caméras travaillant pour la télévision israélienne depuis la prise de pouvoir des ayatollahs en 1979.

Le dissident a déclaré que c’est par esprit de vengeance contre le régime qu’il s’est promené dans la capitale Téhéran avec la caméra, généralement cachée, pour documenter la vie quotidienne.

Son identité a été gardée secrète pour sa sécurité, et les visages des personnes qu’il a interviewées ont été floutés et leurs voix déguisées pour empêcher leur identification.

« A notre grande tristesse, nous n’avons pas d’indépendance ici, il n’y a pas de liberté, pas de démocratie et pas de vie normale. Il y a la dictature, le vol et le crime. Je sais ce que je fais, et c’est certainement très dangereux », a déclaré le caméraman.

« Je connais les conséquences de mes actes. Il faut rester debout et se battre, et ne pas abandonner. J’espère que l’Iran sera bientôt libéré des dictateurs », a-t-il ajouté.

כך נראים החיים תחת משטר האייתוללות

מצלמת חדשות 12 בתוך טהראן: אזרח איראני תיעד באומץ את החיים ברפובליקה האסלאמית. סדרת כתבות מטלטלת של אוהד חמו – החל מהערב ב-20:00 במהדורה המרכזית

Posted by ‎החדשות – N12‎ on Saturday, March 19, 2022

Selon le reportage, la principale préoccupation quotidienne de l’Iranien moyen est le coût de la vie. Les sanctions internationales induites par le programme nucléaire iranien et les politiques gouvernementales ont provoqué une inflation galopante.

Le caméraman s’est rendu dans l’une des principales zones commerciales de Téhéran pour évaluer le sentiment du public dans les allées bondées de clients et de magasins.

Un commerçant lui a dit qu’un ensemble de vaisselle qu’il vendait pour 6 millions de rials il y a quatre ans en coûtait à présent 40 millions.

« La situation a beaucoup changé. Les prix atteignent déjà les millions et les milliards. Que puis-je faire avec mon salaire ? Tout au plus, je peux payer le loyer, l’eau, l’électricité, payer pour mes deux enfants et les transports. C’est tout ce que je peux faire », a déclaré un habitant de Téhéran.

Plusieurs personnes ont accusé le régime iranien d’être responsable de la flambée des prix.

« Un ventre plein ne peut pas comprendre un ventre affamé. Les dirigeants vivent bien dans leur tour d’ivoire, mais nous, ici, nous sommes des morts vivants. Si une personne ne meurt et n’est enterrée qu’une fois, ici, nous mourons tous les jours », a déclaré un autre habitant.

La circulation et la pollution atmosphérique sont d’autres préoccupations majeures pour la plupart des habitants de Téhéran, selon le rapport.

Le caméraman s’est rendu dans la zone nord de Téhéran, plus riche, et a filmé ses parcs et ses monuments bien entretenus. Cette zone est plus laïque et plus facile à vivre, et est moins favorable au régime.

Là, les édits religieux du gouvernement ne sont pas strictement appliqués – certaines femmes ne portent pas de hijabs, ou ne les portent pas correctement, et si la police les interpelle, elles disent qu’il est tombé, selon le documentaire.

On y voit aussi des artistes de rue jouant de la musique qu’ils ne sont pas censés jouer, et les enfants de riches iraniens organiser des fêtes en payant la police locale.

Le régime tolère certaines violations des règles à petite échelle, mais intervient si elles sont plus répandues et organisées.

Le métro de Téhéran, qui semble bien entretenu et moderne, serait utilisé par des millions de personnes chaque jour pour accéder à la plupart des quartiers de la ville, selon la vidéo. Cette métropole tentaculaire compte quelque 8,7 millions d’habitants.

Le sud de la ville est plus conservateur, religieux et pauvre, et soutient davantage le régime, selon le reportage.

Dans le sud de Téhéran, dans des terrains vagues, le caméraman a rencontré des Iraniens sans abri, blottis à l’extérieur sous des couvertures.

« Je n’ai nulle part où aller. Je ne peux pas trouver de travail », a déclaré l’un d’eux. « Le problème dans ce pays, c’est qu’il n’y a pas de dirigeants. »

La nuit, la zone est bondée de toxicomanes assis sur le trottoir, blottis autour de petits feux. Les toxicomanes s’étendent sur des centaines de mètres dans la rue.

Des toxicomanes dans une rue de Téhéran. (Crédit : Capture d’écran/Douzième chaîne)

« Les jeunes qui n’ont aucun endroit pour sortir ou pour s’amuser vont fumer de la drogue pour être heureux. Tout cela est dû à la pauvreté, au chômage et à l’ennui », a déclaré un habitant au caméraman.

Un autre habitant a déclaré que dans l’une des « rues de la drogue » de Téhéran, il y avait 2 000 à 3 000 consommateurs à la fois.

« Personne ne vient leur dire quoi que ce soit, mais si vous osez boire un verre d’alcool et que vous sortez dans la rue, ils vous attrapent, vous mettent en prison et vous tabassent », a-t-il dit.

Un expert israélien participant à l’émission a déclaré que la consommation d’opium est très répandue, ainsi que celle de méthamphétamine et d’héroïne.

Un autre expert a déclaré que l’héroïne est parfois plus facile à trouver et moins chère que les autres drogues, et que de nombreuses femmes deviennent dépendantes parce que leur vie est plus difficile que celle des hommes.

Le caméraman a rencontré des prostituées près des « rues de la drogue » qui s’offraient aux conducteurs de passage pour environ 15 dollars.

Une prostituée a déclaré : « Ma mère et mon père, tous deux étaient toxicomanes, ainsi que mes frères et sœurs. Il n’y a pas de travail dans ce pays. Où pouvez-vous trouver du travail ? »

« Et à la fin, quand vous trouvez du travail, ils veulent vous exploiter sexuellement. Tout le monde veut vous exploiter en Iran, alors j’ai décidé de choisir [la prostitution] », a-t-elle déclaré.

« Tous les dirigeants, tout le monde vient, parle, et à la fin nous volent. Si je ne travaillais pas comme ça, je mourrais de faim », a-t-elle ajouté.

Le reportage était le premier d’une série, selon la Douzième chaîne.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...