Les vues de la Nouvelle-Zélande sur le processus de paix
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Analyse

Les vues de la Nouvelle-Zélande sur le processus de paix

Israël s'inquiète de la position de Wellington, au moment où le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères arrive dans la région

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur non-résident de la Nouvelle-Zélande, Jonathan Andrew Curr, après avoir présenté ses lettres de créance au président Rivlin à Jérusalem, le 30 avril 2015. (Crédit : Mark Neyman / GPO)
L'ambassadeur non-résident de la Nouvelle-Zélande, Jonathan Andrew Curr, après avoir présenté ses lettres de créance au président Rivlin à Jérusalem, le 30 avril 2015. (Crédit : Mark Neyman / GPO)

Israël a pris l’habitude de travailler avec la pression des Etats-Unis et de l’Union européenne sur le conflit avec les Palestiniens.

Mais maintenant, il doit aussi faire face à un acteur peu attendu : la Nouvelle-Zélande, qui est en passe de rejoindre la chorale de ceux qui poussent à la reprise des négociations et envisage sérieusement des mesures concrètes pour forcer une résolution de la situation.

De toute évidence, la Nouvelle-Zélande est un acteur mineur sur la scène internationale. Pourtant, Wellington a travaillé sur un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies concernant le processus de paix. En janvier, la Nouvelle-Zélande a pris un siège au conseil – pour la première fois depuis 21 ans – et a l’intention de faire un usage actif de sa nouvelle influence.

« Ils ont une opinion sur le processus de paix israélo-palestinien et pourraient même avoir rédigé une résolution du Conseil de sécurité qu’ils gardent maintenant dans un tiroir », a déclaré au Times of Israel cette semaine un responsable du ministère des Affaires étrangères qui connaît bien la question .

Petite nation isolée qui n’a pas d’intérêts régionaux et pas beaucoup de bagage historique au Moyen-Orient – par opposition à d’autres acteurs tels que les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne ou la France –, Wellington est désireux d’offrir une contribution originale pour résoudre cette crise vieille de plusieurs décennies.

« La Nouvelle-Zélande pense qu’il peut penser en dehors des sentiers battus », a déclaré le fonctionnaire.

Mercredi, le ministre des Affaires étrangères, Murray McCully, est arrivé dans la région pour évaluer les possibilités de faire avancer le processus de paix. « Cette visite garantira que la Nouvelle-Zélande sera bien placée pour engager le processus de paix au Moyen-Orient », a-t-il déclaré la semaine dernière.

Il rencontrera le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le conseiller à la Sécurité nationale Yossi Cohen, le chef de l’opposition Isaac Herzog et le vice-Premier ministre Silvan Shalom, qui est responsable des pourparlers de paix avec les Palestiniens (si et quand ils reprendront). Contrairement à la plupart des autres dignitaires étrangers, McCully ne devrait pas rencontrer la ministre adjointe aux Affaires étrangères, Tzipi Hotovely.

Au lieu de cela, il a demandé à avoir une entrevue avec le ministre de la Défense Moshe Yaalon, mais comme Yaalon sera à l’étranger, McCully rencontrera Amos Gilad – qui dirige le Bureau des affaires politico-militaires du ministère de la Défense -à la place.

McCully se rendra également dans les Territoires palestiniens où il s’entretiendra avec l’Autorité palestinienne et au Caire pour des réunions avec le gouvernement égyptien et les responsables de la Ligue arabe.

En juillet, Wellington prendra la présidence tournante du Conseil de sécurité, ce qui l’encouragera encore plus à rechercher un plus grand rôle sur la scène internationale.

En raison de son emplacement géographique isolé dans l’océan Pacifique, la Nouvelle-Zélande est dépendante du commerce extérieur et met ainsi l’accent sur la paix et le respect du droit international, et, par extension, s’appuie sur l’ONU et d’autres organisations chargées du maintien de la stabilité mondiale.

Avec sa forte croyance dans l’importance des mécanismes internationaux, la petite île, qui compte moins de cinq millions d’habitants, a clairement l’intention de profiter de ses deux ans à la tête de l’organe de décision le plus importante de l’ONU.

« Le mandat de la Nouvelle-Zélande au Conseil de sécurité va nous placer au cœur de la prise de décision internationale pour les deux prochaines années », a déclaré McCully en janvier.

Wellington est considéré comme un ami proche de Jérusalem, en particulier le gouvernement de centre-droit du Premier ministre John Key, qui est juif. Et il est actuellement convaincu que le processus de paix doit avancer, si nécessaire en imposant une solution aux parties.

Israël rejette avec véhémence l’utilisation des organes multilatéraux tels que l’ONU, qui le contraindrait à prendre toute sorte d’action vis-à-vis des Palestiniens, en faisant valoir que des progrès ne peuvent être accomplis que par le biais de négociations bilatérales directes.

Le Premier ministre néo-zélandais, John Key, (Crédit : AFP PHOTO/MARTY MELVILLE)
Le Premier ministre néo-zélandais, John Key, (Crédit : AFP PHOTO/MARTY MELVILLE)
Le Premier ministre de Nouvelle-Zélande,  John Key (Crédit : Capture d'écran Youtube / nzheraldtv)
Le Premier ministre de la Nouvelle-Zélande, John Key (Crédit : Capture d’écran Youtube / nzheraldtv)

Le gouvernement de Nouvelle-Zélande n’est visiblement pas d’accord.

« Nous reconnaissons que, en fin de compte, une solution durable à deux Etats est une chose qui devra être négociée entre les deux parties principales. Mais l’ONU et ses membres ont un rôle à jouer dans la promotion du dialogue pour encourager ce règlement négocié », affirme le site web du ministère des Affaires étrangères de la Nouvelle-Zélande.

« La Nouvelle-Zélande soutient donc les résolutions de l’ONU qui font avancer la solution à deux Etats, respecter le droit international, y compris les droits de l’Homme et le droit humanitaire, ou qui appellent à l’aide humanitaire. »

Cependant, Wellington se contente, pour le moment, de laisser Paris prendre l’initiative. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui doit se rendre dans la région au mois de juin, a annoncé l’existence de projetsd’une résolution au Conseil de sécurité qui demanderait la conclusion des négociations de paix dans les 18 prochains mois.

Si à la fin de cette période, aucun accord n’a été signé, la France reconnaîtrait unilatéralement un Etat palestinien.

Le dernier effort de faire passer une résolution du Conseil de sécurité pour imposer un calendrier au processus de paix a été voté au Conseil à la fin du mois de décembre et n’a pas réussi à recueillir les neufs votes nécessaires être adopté.

Si le nouveau projet français n’est pas adopté, la Nouvelle-Zélande pourrait reprendre le flambeau et proposer sa propre résolution, a estimé un responsable du ministère israélien des Affaires étrangères.

Au cours de sa prochaine visite dans la région – sa quatrième depuis sa prise de fonctions en 2008 – , le ministre des Affaires étrangères McCully voudra d’abord et avant toute chose entendre ce que les parties auront à dire. « C’est une tournée centrée sur l’écoute », a déclaré un responsable israélien.

« La Nouvelle-Zélande est actuellement encore sur le mode de l’écoute. Ils ne vont pas venir ici de façon paternaliste. »

Il n’est pas trop tard, pour Jérusalem, pour tenter de convaincre Wellington que la voie de l’ONU n’aide pas mais durcit la position des Palestiniens et rend donc la paix encore plus difficile à atteindre, a expliqué le responsable. Mais compte tenu de la détermination du pays à faire des vagues sur la scène internationale, il semblerait que cela soit une mission impossible.

Les relations entre Wellington et Jérusalem ont eu des hauts et des bas au cours des dernières années – dont une dispute en 2004 suite à des affirmations selon lesquelles deux agents du Mossad en Nouvelle-Zélande auraient volé des passeports.

Cette accusation a conduit la Nouvelle-Zélande à prendre des sanctions diplomatiques contre Israël – qui ont été levées seulement des années plus tard, après que le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Silvan Shalom, l’actuel vice-Premier-ministre, a présenté ses excuses « pour la participation des citoyens israéliens à de telles activités ».

L’année dernière, Israël avait critiqué la décision de Wellington d’envoyer un seul homme, Jonathan Curr, pour servir comme ambassadeur en Israël et auprès de l’Autorité palestinienne, et avait refusé de l’accréditer.

En février, la Nouvelle-Zélande a cédé et a nommé un diplomate différent comme envoyé auprès de l’AP, ouvrant la voie à Curr pour présenter ses lettres de créance au président Reuven Rivlin à la fin du mois d’avril.

Lors de l’événement, organisé à la résidence du président à Jérusalem, Rivlin a expliqué à Curr qu’en dépit « de différences d’opinions, en tant qu’amis, nous pouvons convenir d’être en désaccord ».

Conscient des intentions de Wellington à l’ONU, le président a demandé à l’ambassadeur entrant de dire à son gouvernement que la paix « ne sera possible que par des négociations directes et non pas par des mesures unilatérales de la part de nos voisins les Palestiniens ».

Curr, qui est basé en Turquie, a évoqué la « relation très profonde entre nos deux peuples », et la grande coopération entre les pays. « Nous ne voyons pas toujours les choses de la même façon dans cette région, a-t-il ajouté, mais notre approche a toujours été d’être à l’écoute de nos amis et de comprendre leurs préoccupations. »

C’est un fait peu connu mais la Nouvelle-Zélande a connu un certain succès dans le domaine du rétablissement de la paix : en 1997, il a négocié un accord de paix avec les dirigeants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Bougainville. Près de 20 ans plus tard, en 2015, Wellington s’aventure dans des eaux beaucoup plus éloignées, et infiniment plus compliquées.

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