L’accord iranien d’Obama : un combat qui augure une fin amère
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Opinion

L’accord iranien d’Obama : un combat qui augure une fin amère

Le plus beau jour pour l'accord a été le 14 juillet, quand il a été annoncé. Depuis lors, ses défauts, et l'approche du président pour le défendre, ont alimenté une opposition croissante

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Barack Obama aborde avec les journalistes l'accord nucléaire avec l'Iran, le 15 juillet 2015. (Crédit : capture d'écran CBS)
Le président américain Barack Obama aborde avec les journalistes l'accord nucléaire avec l'Iran, le 15 juillet 2015. (Crédit : capture d'écran CBS)

Le 14 juillet, le jour où les puissances mondiales ont annoncé avoir conclu un accord avec l’Iran visant à freiner son programme nucléaire illégal, pourrait bien se révéler avoir été le plus beau jour de l’accord.

Pendant le mois qui a suivi, les adversaires de l’accord ont vu les chances de le bloquer au Congrès grimper de minces à, disons, pas tout à fait si minces.

Voici 12 points qui illustrent dans une large mesure la bataille entre le président Barack Obama, avocat en chef du « meilleur » et unique pacte, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, principal opposant à « la stupéfiante erreur historique ». C’est devenu aujourd’hui une lutte entre le président et une partie angoissée des législateurs de son propre camp démocrate.
 
1. Les failles dans l’accord. Ce qui aide le plus les opposants à l’accord, ceux sont les éléments de l’accord lui-même.

Au fur et à mesure que les parlementaires américains se familiarisent avec le document rempli de petites astérisques, certains ont défendu les commentaires de ses adversaires selon lesquels l’accord légitime l’Iran comme un État de seuil nucléaire ; que le processus d’inspection des sites suspects est inapplicable ; que l’Iran a reçu la permission de continuer ses activités de R & D afin qu’il puisse rapidement parvenir à la bombe le moment venu ; que l’allégement des sanctions est prématuré et serait irréversible ; et que l’accord donne à l’Iran des sommes d’argent importantes qu’il va sûrement utiliser pour faire encore plus de ravages dans la région et parrainer le terrorisme dans le monde entier.

Le secrétaire à l’Energie Ernest Moniz a abordé jeudi de son propre chef cette dernière préoccupation dans un webcast avec des Juifs américains qui était destiné à calmer leur colère.

« Nous craignons une hausse possible dans leur soutien au terrorisme, dans leur ingérence dans la région en termes de stabilité, » a dit spontanément Moniz. « Evidemment, le terrorisme du Hezbollah en est un exemple. »

2. Pas de meilleures conditions ? Celui qui renforce considérablement ses adversaires c’est, ironiquement, le président Obama lui-même.

Le président a vanté ses vertus de la meilleure façon, mais son insistance sur l’idée que c’est non seulement le meilleur, mais le seul accord qui aurait pu être conclu, et qu’il n’y a pas d’alternatives, n’est tout simplement pas crédible pour beaucoup de ceux qui doutent.

L’Iran aurait vraiment quitté les négociations si les négociateurs emmenés par les Etats-Inis avaient insisté sur un régime d’inspections plus efficace ? Aurait-il vraiment quitté les négociations s’il n’avait pas été autorisé à poursuivre les recherches sur ses centrifugeuses les plus rapides ? Le président est catégorique : il aurait quitté les negociations. Mais il n’est pas tout à fait convaincant.

Un inspecteur de l'Agence internationale de l'énergie atomique  à la centrale nucléaire de Natanz dans le sud de Téhéran, le 20 janvier 2014 (Crédit : Kazem Ghane / IRNA / AFP)
Un inspecteur de l’Agence internationale de l’énergie atomique à la centrale nucléaire de Natanz dans le sud de Téhéran, le 20 janvier 2014 (Crédit : Kazem Ghane / IRNA / AFP)

3. Pas de critique légitime ? Même certains des plus fervents opposants d’Obama ne contestent pas son engagement à vouloir arrêter le programme nucléaire iranien ou sa conviction que cet accord est la meilleure façon de le faire.

Ils reconnaissent, en outre, qu’Obama est absolument convaincu que personne ne peut vérifier les termes de l’accord, et le contexte dans lequel il a été négocié. Or, on ne peut que soutenir l’accord.

La conséquence de la conviction absolue d’Obama le conduit aussi à penser que toute personne qui s’y oppose doit être indifférente aux faits et motivée par une sorte de but néfaste.

Et cela est un point de vue qui est inexact, aliénant et potentiellement toxique. Bien qu’Obama refuse de le reconnaître, il est évident qu’il existe des objections légitimes, fondées sur des faits, non partisanes, et qui ne sont pas néfastes. Et les insinuations répétées du président que ceux qui s’y opposent recherchent la guerre ou sont victimes de pressions pernicieuses, ne tiennent pas la route.

Si Schumer avait soutenu l’accord, la campagne pour l’arrêter, aurait été terminée

4. Le consensus actuel. Et pourtant, alors qu’il est admis que l’accord sera initialement rejeté par les deux chambres, il est également admis, que si un veto présidentiel est par la suite utilisé, les législateurs n’auront par les deux tiers des votes nécessaires pour défier, finalement, leur président.

Les chances des adversaires pour contrecarrer le pacte ont certes augmenté depuis un mois. Mais pas suffisamment, pour le moment.

5. Un instant binaire. Dans la bataille pour contrecarrer l’accord, la décision du sénateur de New York, Chuck Schumer, à s’y opposer a été un instant binaire. Si Schumer, que personne ne peut accuser d’être un poids léger dans l’arène politique américaine, avait soutenu l’accord, la campagne pour stopper l’accord aurait été terminée.

La position du chef de la minorité à la Chambre des Représentants, Steny Hoyer, qui hésite toujours, sera également importante. Hoyer était en Israël la semaine dernière à la tête d’un groupe de plus de 20 législateurs démocrates pour la plupart peu experimentés.

Une délégation républicaine a suivi quelques jours plus tard. Les deux groupes ont rencontré Netanyahu. La rumeur dit que les démocrates ont subi une énorme pression pour ne pas participer à ce voyage en Israël prévu de longue date, où il était clair que Netanyahu et d’autres responsables israéliens insisteraient sur les objections à l’accord. La pression a échoué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu reçoit des membres démocrates du Congrès, le 9 août 2015 à Jérusalem. Le chef de la délégation, Steny Hoyer est assis à côté de Netanyahu (Crédit photo: Amos Ben Gershom / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu reçoit des membres démocrates du Congrès, le 9 août 2015 à Jérusalem. Le chef de la délégation, Steny Hoyer est assis à côté de Netanyahu (Crédit photo: Amos Ben Gershom / GPO)

6. Défier directement le président. Les adversaires au pacte notent qu’environ 20 sénateurs clés et environ quatre fois plus de membres de la Chambre – les législateurs qui détermineront si l’accord sera approuvé – sont à ce jour restés silencieux sur leur choix de vote. Les adversaires reconnaissent volontiers qu’il est très désagréable de défier directement le président sur leur soutien.

Les opposants juifs à l’accord se demandent plutôt à qui le président fait allusion quand il affirme que « beaucoup des personnes qui ont plaidé pour la guerre en Irak sont les mêmes s’opposent à présent à l’accord sur le nucléaire de l’Iran. »

Il ne fait pas allusion à George W. Bush, Dick Cheney qui ont quitté depuis longtemps la scène politique, ni aux néo-conservateurs.

Joe Biden, John Kerry, Hillary Clinton et Chuck Hagel ont tous soutenu la guerre, mais il ne pense probablement pas à eux non plus. Netanyahu, peut-être ? L’AIPAC (qui n’a pas pris de position officielle sur la guerre en Irak) ? Déroutant, en effet, et un peu dégoutant.

Lors de sa longue, et par moment électrique, rencontre avec les dirigeants juifs américains, mardi dernier, le président aurait averti les organisation juives s’opposant à l’accord que s’ils pensaient qu’ils apparaissaient comme durs et forts en s’élevant contre lui, ils étaient réellement myopes, et qu’ils risquaient de provoquer des dommages durables aux relations américano-israéliennes.

Apparemment, il ne se considère pas comme celui qu’il convient de blâmer pour de tels dommages. Le différend – le rôle de premier plan de Netanyahu pour essayer de galvaniser l’opposition et certains démocrates – a en effet fait d’Israël et de son bien-être une question plus partisane dans la politique américaine que quiconque peut s’en souvenir.

Le président américain Barack Obama prononce un discours lors de la célébration du Mois du patrimoine juif américain à la synagogue Adas Israel , le 22 mai 2015, à Washington (Crédit photo: Chip Somodevilla / Getty Images / AFP)
Le président américain Barack Obama prononce un discours lors de la célébration du Mois du patrimoine juif américain à la synagogue Adas Israel , le 22 mai 2015, à Washington (Crédit photo: Chip Somodevilla / Getty Images / AFP)

7. Que fera Obama si le Congrès dit non ? Géner les opposants qui font leur possible pour défendre leur point de vue auprès de législateurs angoissés et incertains.

A en croire le président, la seule alternative à cet accord est une intervention militaire. Si le Congrès le rejette, est-ce que cela signifie qu’Obama va recourir à la force pour arrêter l’Iran ? Cela semble absurde, impensable – mais, là encore, il ne cesse de dire que l’Iran doit être arrêté et que la seule alternative à cet accord est la guerre.

Ou, au contraire, il fera tout ce qu’il peut pour minimiser l’impact du rejet par le Congrès d’un accord, à propos duquel il insiste sur le fait que le monde entier, sauf Israël, le soutient fermement ? Défiera-t-il, pour prendre un exemple, l’esprit d’une décision du Congrès en suspendant les sanctions sur l’Iran que lui-même a mis en place ? Tout cela semble extrêmement obscur (comme Robert Satloff du Washington Institute le démontre ici).

8. Le message des opposants aux législateurs. Ce que les adversaires de l’accord disent aux législateurs, c’est que beaucoup d’incertitude entoure la question de ce qui se passe ensuite s’ils votent contre cet accord. L’Iran reviendra-t-il à la table des négociations ? Accélérera-t-il furieusement son programme nucléaire ? Que fera le P4+1 maintenant réduit ? Donc, en effet, l’incertitude et une certaine quantité d’instabilité sont à l’ordre du jour si l’accord était bloqué.

Mais, ils poursuivent leur argumentation en affirmant que cette instabilité est mineure par rapport à l’instabilité qui est absolument garantie si l’accord passait : l’Iran peut soit casser l’affaire à un certain moment et avancer vers la bombe ou, plus probablement, honorer en grande partie l’accord sachant que, comme un État de seuil nucléaire légitime internationalement reconnu, il pourra presque instantanément accéder à la bombe lorsque les diverses clauses de caducité expireront.

D’autres dans la région rechercheront inévitablement leurs propres capacités nucléaires de dissuasion. Un Iran enhardi va inévitablement poursuivre son programme expansionniste dans la région et au-delà. Israël a indiqué qu’il ne peut pas tolérer un Iran nucléaire.

C’est un cas d’analyse des risques : Quelle voie crée une plus grande et plus dangereuse instabilité ?

Le blocage de l’accord, soutiennent les opposants, par conséquent, est certes une recette pour une éventuelle instabilité à court terme mais en fin de compte, une recette plus plausible et plus efficace pour contrecarrer l’Iran.

Ils devraient voter ‘non’ et exiger que l’administration revienne et négocie de meilleures conditions. Et quand le président dit que cela ne peut pas être fait, que l’Iran va refuser, et que le P5+1 tombera en morceaux, ils devraient lui dire : Vous devez essayer.

Parce que, soutiennent les opposants, en votant pour cet accord gravement vicié – qui consacre le pouvoir de ce régime dangereux, finance ses sombres ambitions, et ouvre la voie à la bombe – garantit la création d’un conflit important avec des répercussions désastreuses pour les alliés de l’Amérique, pour l’Amérique elle-même et pour le monde.

Cela ajoute un cas d’analyse des risques : Quelle voie crée une plus grande et plus dangereuse instabilité ?

9. Les propres peurs d’Obama. Certains de ceux qui ont assisté mardi dernier à la rencontre du leadership juif américain avec le président affirment qu’il a fait siens de nombreux arguments de ses adversaires.

Interrogé sur ce qui l’empêche de dormir la nuit sur le front nucléaire de l’Iran, il aurait, semble-t-il, répondu qu’il n’était pas inquiet pour les dix premières années de l’accord, mais qu’il s’attendait à ce que les Iraniens mettent la pression environ dans les années 6, 7 ou 8, de sorte que la dixième année, leurs centrifugeuses les plus avancées seraient prêtes. (Dans une allocution que la Maison Blanche avait vigoureusement essayé de réinterpréter, il avait dit à la chaîne NPR en avril que le délai d’évasion de l’Iran serait presque nul après 13 ans, de sorte que ses préoccupations semblent être de plus en plus de plus en plus vives.)

Il a par conséquent reconnu devant les dirigeants juifs américains que l’accord ne résout pas tous les problèmes posés par le programme nucléaire de l’Iran, mais a dit qu’il se consolait avec le fait que l’Amérique, dans les conditions convenues, n’avait renoncé à aucune de ses options – y compris la possibilité d’une intervention militaire. Il conviendra à ses successeurs à la présidence, aurait-il dit, de prendre les décisions nécessaires.

Une interprétation possible de tout cela : Le choix s’opère entre un éventuel conflit militaire maintenant, et un conflit militaire presque certain plus tard. Et Obama a opté pour la deuxième option.

Le Congrès américain pendant le discours de Benjamin Netanyahu  le 3 mars 2015 (Capture d'écran)
Le Congrès américain pendant le discours de Benjamin Netanyahu le 3 mars 2015 (Capture d’écran)

10. Le rôle de Netanyahu. Alors que Netanyahu a été sur la ligne de front dans l’opposition à l’accord – y compris par la tactique spectaculaire de division de son discours du mois de mars au Congrès – les prochaines semaines pendant lesquelles le Congrès doit décider ne sont plus celles de Netanyahu. Il a defendu son point de vue en des termes extrêmement énergiques. Maintenant la balle est dans le camp des législateurs.

Mais les répercussions du conflit Obama-Netanyahu vont encore se répercuter loin, longtemps et durement. La relation entre les deux dirigeants est catastrophique, et les deux parties ont échoué à résoudre ce problème. Aucun des deux n’écoute plus l’autre.

Prime Minister Benjamin Netanyahu and President Barack Obama (file photo:GPO)
Le président Barack Obama écoutant le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Crédit photo:GPO)

11. La définition du président de la sécurité d’Israël. Obama se sent immensément amer d’être perçu par certains critiques en Israël et dans la communauté juive, en grande partie, mais en aucun cas uniquement, en raison de la question de l’Iran, comme un président extrêmement problématique (pour parler poliment).

Il peut à juste titre se targuer de s’être tenu aux côtés d’Israël sur un ensemble de questions de sécurité : Dôme de Fer ? Oui. Monter à la rescousse quand l’ambassade d’Israël a été attaquée au Caire en 2011 ? Oui. L’assistance militaire ? Oui. Le partage du renseignement ? Oui. Et ainsi de suite.

Mais ce qui a rendu les principales personnalités juives américaines de plus en plus critiques à son égard est ce qu’ils considèrent comme son incapacité à se tenir aux côtés d’Israël dans le sens global – en termes d’engagement visible, public, permanent.

Rappeler l’alliance inébranlable et incassable, ce que le président fait systématiquement, perd tout son sens lorsque dans le même temps vous faites publiquement honte à Israël et vous l’isolez, comme Obama l’a fait dans son discours à l’université américaine, dans lequel il a déclaré qu’Israël était la seule nation sur terre ne soutenant pas l’accord sur l’Iran.

Son prédécesseur George W. Bush était peut-être moins utile à Israël dans les détails pratiques, mais plus fort sur le niveau de l’identification clairement visible – celui que nos ennemis regardent. Isoler publiquement Israël est l’antithèse d’un soutien à Israël.

Le président lui-même n’y voit pas d’incongruité. Il a été préparé à mettre de l’espace entre les Etats-Unis et Israël depuis le début de son administration – et dans le même temps est frustré sur son incapacité à travailler plus efficacement et à faire des progrès avec Israël sur les questions clés. Le facteur central ici est la confiance. Israël n’a pas totalement confiance en lui.

Iran's supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei. (photo credit: @khamenei_ir, Instagram)
L’Ayatollah Ali Khamenei (Crédit photo: @khamenei_ir/Instagram/File)

12. Les jours fatidiques. On ne sait pas encore quand le Congrès se prononcera sur l’accord sur l’Iran.

Le texte a officiellement été transmis par le Département d’Etat au Congrès le 19 juillet, de sorte que la période d’examen de 60 jours pour les législateurs se termine le 17 septembre – immédiatement après Rosh Hashana.

Les législateurs peuvent choisir de voter avant la fin des 60 jours. Mais il se pourrait que le sort de l’accord sera déterminé pendant les 10 jours de pénitence du calendrier juif, entre le Nouvel An et Yom Kippour, le Jour de l’Expiation. Faites ce que vous voulez de cela.

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