L’actrice qui fait revivre Bella, la bien-aimée de Marc Chagall
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L’actrice qui fait revivre Bella, la bien-aimée de Marc Chagall

Une affinité "mystique" fait planer dans le ciel Kristina Schneidermann qui interprète l'épouse de l'artiste dans un film russe mêlant modernisme et révolution

Leonid Bichevin et Kristina Schneidermann respectivement  dans les rôles de Marc Chagall et de Bella Rosenfeld-Chagall dans le film Chagall-Malevitch dans une scène inspirée du tableau 'Au-dessus de la ville' de Chagall (Autorisation de ShiM-Film Pictures)
Leonid Bichevin et Kristina Schneidermann respectivement dans les rôles de Marc Chagall et de Bella Rosenfeld-Chagall dans le film Chagall-Malevitch dans une scène inspirée du tableau 'Au-dessus de la ville' de Chagall (Autorisation de ShiM-Film Pictures)

L’actrice autrichienne Kristina Schneidermann décrit l’art de Marc Chagall comme « mystique » – le même terme qu’elle utilise à son sujet après avoir interprété un des principaux rôles dans le nouveau film du réalisateur russe Alexander Mitta, « Chagall-Malevitch, » sur les débuts de l’artiste moderniste Chagall et de la fondation qu’il a créée, l’École artistique de Vitebsk aux premiers jours de la Révolution russe.

Schneidermann tient le rôle de Bella Rosenfeld, la première femme de Chagall, son unique et véritable amour, – sa muse. C’est une partie d’elle qu’elle a été appelée à jouer, confie l’actrice.

« Il se trouve que je ressemble beaucoup à Bella quand elle était une jeune femme, et que j’ai la même date d’anniversaire que Chagall. Il doit y avoir là quelque chose de mystique, je pense, » a récemment confié Schneidermann au Times of Israel lors d’une conversation téléphonique.

Même la petite-fille de Chagall, Meret Meyer-Graber (membre du Comité Marc Chagall, le groupe qui est chargé de juger de l’authenticité des œuvres attribuées à l’artiste) a été frappée par la forte ressemblance entre l’actrice de 24 ans et Bella quand les responsables du casting sont venus lui rendre visite à son domicile de Paris, le même où ses grands-parents ont vécu il y a de nombreuses décennies.

Kristina Schneidermann dans le rôle de Bella Rosenfeld-Chagall dans le film Chagall-Malevitch. (Autorisation de ShiM-Film Pictures)
Kristina Schneidermann dans le rôle de Bella Rosenfeld-Chagall dans le film Chagall-Malevitch (Autorisation de ShiM-Film Pictures)

« Elle m’a appelée ‘Mamie Bella’ et a été très touchée quand je lui ai chanté la berceuse que je chante dans le film à la fille de mon personnage [Ida, la mère de Graber]. C’était la même chanson que sa grand-mère avait l’habitude de lui chanter quand elle était encore qu’une petite fille », se souvient l’actrice.

« Chagall-Malevitch » plonge les spectateurs dans le monde artistique et dans l’imagination de Chagall pendant la période de 1917 à 1920, lorsque la Révolution d’Octobre puis la guerre civile russe l’ont empêché de retourner à Paris, capitale culturelle où il avait étudié l’art avant la Première Guerre mondiale.

Il est alors retourné à sa ville natale de Vitebsk (aujourd’hui située en Biélorussie) pour épouser Bella son amour d’enfance. Il est alors piégé en Russie avec le déclenchement de la guerre. Le couple a d’abord démenagé à Moscou, mais décida bientôt de revenir à Vitebsk, où Chagall a été nommé commissaire régional pour les arts.

La tension dramatique dans le film survient quand Chagall invite Kazimir Malevitch, le fondateur du suprématisme, un mouvement artistique qui met l’accent sur des formes géométriques de base telles que des carrés, des cercles et des lignes peintes dans des couleurs primaires, à enseigner à l’école d’art.

Bien que les deux membres de l’avant-garde moderniste se respectent mutuellement, eux et leurs étudiants respectifs s’affrontent sur leurs différences d’approches artistiques.

Finalement, la plupart des enseignants et des étudiants s’étant rangés aux côtés du plus radical Malevitch, Chagall part pour Moscou. (Le film se termine ici et ne traite pas de la façon dont, en 1923, les Chagall ont déménagé en France, où ils ont vécu jusqu’en 1941 puis sont partis pour les États-Unis pour échapper à l’occupation nazie. Chagall a vécu aux États-Unis jusqu’en 1948, mais Bella y mourut en 1944. L’artiste est alors rentré en France, où il a vécu jusqu’à sa mort en 1985 à l’âge de 97 ans.)

Anatoliy Beliy (au centre)  dans le rôle de l'artiste Kazimir Malevich dans le film Chagall-Malevitch (Autorisation de ShiM-Film Pictures)
Anatoliy Beliy (au centre) dans le rôle de l’artiste Kazimir Malevich dans le film Chagall-Malevitch (Autorisation de ShiM-Film Pictures)

L’intrigue du long-métrage se fonde sur des événements réels, sauf pour un triangle amoureux que Mitta a inventé entre Chagall (joué par Leonid Bichevin), Bella et un ami d’enfance du nom de Naum, un poète rêveur qui est devenu commisaire rouge (Semeon Shkalikov), qui n’a pas existé dans la réalité.

Mitta a ajouté cette tension romantique (principalement Naum languissant Bella, laquelle est entièrement dévouée à son mari) pour intensifier la tension déjà élevée en raison du conflit artistique entre Chagall et Malevitch dans le contexte de la révolution de plus en plus violente.

« Tous les personnages du film véhiculent des idées différentes. Chagall symbolise une idée. Malevitch, une autre. Mon film représente la lutte de ces idées dans un enchevêtrement d’émotions et de désirs au moment où la vie ne vaut rien tandis que l’art signifie tout », a déclaré le metteur en scène lors de la présentation de son film.

Les intentions du film sont, certes, nobles, mais le dialogue prétentieux fait que l’on a l’impression que les personnages crachent des polémiques idéologiques plutôt que d’avoir des conversations simples, créant certains moments difficiles.

Il est beaucoup plus intéressant de se concentrer sur la photographie spectaculaire du film, qui donnent la sensation au spectateur de littéralement tomber dans les tableaux de Chagall.

C’est ce réalisme magique, avec des couleurs sautant pratiquement hors de l’écran et des personnages flottant doucement dans le ciel, qui fait de « Chagall-Malevitch » un conte cinématographique.

Schneidermann a été impressionnée par cet aspect du film, et en particulier par le plateau du shtetl de Chagall fabriqué à Vitebsk spécialement pour le tournage du film. (La ville a demandé à ce que le plateau reste. Il sert maintenant de musée Chagall).

L’actrice a également noté l’extrême attention vis-à-vis des détails de la part du costumier pour recréer les éléments exacts des vêtements tels qu’ils apparaissent dans les tableaux de Chagall.

En ce sens, visionner le film revient à voir l’art de Chagall reprendre vie.

Schneidermann, qui a grandi dans une famille juive de Vienne, a rendu visite à des amis et à de la famille en Israël à plusieurs reprises.

Elle a l’habitude de voyager par avion, que ce soit à Tel Aviv ou entre Moscou et Londres, où elle a étudié simultanément dans deux écoles de théâtre différentes.

L’année dernière, elle a accumulé d’innombrables miles de fidélisation en se rendant à 20 festivals de films différents à travers le monde pour des projections de « Chagall-Malevitch. »

« Voilà en quoi je ressemble aussi au personnage que je joue dans le film. Nous volons beaucoup dans le ciel, » dit-elle de Bella, qui plane dans les bras de son artiste de mari au-dessus de Vitebsk dans « Au dessus de la ville », la peinture de Chagall qu’elle préfère.

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