L’AfD fait polémique en revendiquant le nom d’un prix Nobel
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L’AfD fait polémique en revendiquant le nom d’un prix Nobel

Les descendants de Stresemann veulent faire leur " possible pour empêcher" ce rapprochement, car ce qu'il "représentait est fondamentalement contre ce que l'AfD incarne"

L'Institut Gustav Streseman, à Bonn. (Crédit : de:Benutzer:Ulli Purwin/[CC BY-SA 3.0)
L'Institut Gustav Streseman, à Bonn. (Crédit : de:Benutzer:Ulli Purwin/[CC BY-SA 3.0)

L’extrême droite allemande (AfD) doit décider vendredi de s’adosser à une fondation politique, mais a fait polémique en projetant d’utiliser le nom du prix Nobel de la paix Gustav Stresemann contre l’avis de ses descendants.

Les dirigeants de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) décideront vendredi si le parti s’adjoint la fondation Gustav-Stresemann, du nom de l’ancien chancelier allemand et ministre des Affaires étrangères, co-détenteur du Prix Nobel de la Paix avec le Français Aristide Briand pour leurs efforts de réconciliation dans l’entre-deux-guerres.

« La politique menée par Gustav Stresemann en son temps correspond idéologiquement parfaitement à nos idées. Son héritage est en de très bonnes mains au sein de l’AfD » qui constitue « la parfaite combinaison moderne entre patriotisme et libéralisme », a expliqué courant décembre l’un de ses dirigeants Alexander Gauland à die Zeit.

Ces propos ont « choqué » les descendants de Stresemann. « Nous allons examiner toutes les actions en justice possibles pour empêcher » ce rapprochement, a affirmé à un journal local le petit fils du politique allemand, Walter Stresemann.

« Ce que mon grand-père représentait par conviction est fondamentalement contre ce que l’AfD incarne », a-t-il ajouté.

Face à cette opposition, certains dirigeants du parti d’extrême droite ont jugé impossible d’utiliser le nom de cette figure de la république de Weimar, à l’instar de la cheffe du groupe parlementaire AfD Alice Weidel.

La fondation Gustav-Stresemann se dit déjà « proche de l’AfD ». Fondée en 2011 par un groupuscule d’extrême droite islamophobe dénommée « La Liberté », elle prône « la liberté de l’individu », la réduction de l’immigration et la réduction des missions de l’Etat.

Acteurs clés de la vie publique allemande, les fondations permettent aux partis politiques de gagner en respectabilité, en influence, de disposer de Think Tanks et de récolter des financements importants. Chaque grand parti allemand en dispose d’une, à l’instar de la CDU d’Angela Merkel et de sa célèbre fondation Konrad Adenauer.

Selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung, une fondation liée à l’AfD permettrait au parti de récolter plusieurs dizaines de millions d’euros d’argent public. Ce mouvement anti-islam et anti-migrants a obtenu 12,6% des suffrages aux législatives de septembre, devenant le troisième parti du pays.

Ministre des Affaires étrangères de 1923 à sa mort en 1929 sous la République de Weimar, Stresemann s’est battu pour mettre fin à l’isolation de l’Allemagne sur la scène internationale en privilégiant une vision pragmatique et pacifique. C’est ces efforts avec Briand qui seront récompensés en 1926 par le prix Nobel de la paix.

Issu d’une famille politique nationaliste, il est accusé par ses détracteurs d’avoir eu pour objectif de rétablir à terme une politique nationaliste forte, en obtenant, par le rapprochement avec Paris, la révision du traité de Versailles.

Les libéraux allemands du FDP se considèrent aussi comme des descendants politiques de cette figure de la république de Weimar.

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