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L’AIPAC fustigée pour son soutien à des républicains ayant refusé de certifier Biden

J-Street dit que l'inclusion de 37 membres du Congrès ayant rejeté la confirmation du président dans une liste de 120 députés "met en péril la démocratie américaine"

Joe Biden, alors vice-président, prend la parole lors de la conférence politique de l'AIPAC 2016 à Washington, DC, le 20 mars 2016. (AP/Cliff Owen)
Joe Biden, alors vice-président, prend la parole lors de la conférence politique de l'AIPAC 2016 à Washington, DC, le 20 mars 2016. (AP/Cliff Owen)

Le comité d’action politique nouvellement formé de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) a diffusé une première liste de 120 candidats au Congrès dont l’organisation approuve et soutient la candidature. Plus d’un quart d’entre eux sont des républicains qui ont voté contre la certification de Joe Biden en tant que président.

L’AIPAC a défendu l’inclusion de 37 républicains qui ne voulaient pas confirmer Biden en soulignant son statut d’organisation dont les activités se concentrent exclusivement sur la question israélienne. Toutefois, ces choix ont attiré la controverse parmi d’anciens responsables de l’organisation et dans d’autres groupes pro-israéliens libéraux qui refusent la fausse accusation lancée par Donald Trump d’un scrutin présidentiel qui lui aurait été volé, rejetant de la même manière les députés qui soutiennent cette thèse.

« Nous restons, en tant qu’organisation, concentrés sur notre mission qui est de construire le soutien bipartisan au Congrès pour renforcer les relations entre les États-Unis et Israël », a déclaré le porte-parole Marshall Wittman à JTA dans un courriel.

Au mois de décembre, l’AIPAC avait annoncé rompre avec des décennies de tradition en s’impliquant dorénavant directement dans la collecte de fonds en faveur des candidats.

JStreet, rival libéral de l’AIPAC, qui est lui aussi doté d’un comité d’action politique (PAC) affilié, a critiqué jeudi les candidats choisis.

« Le soutien apporté par l’AIPAC à ces candidats met en péril la démocratie américaine et sape les vrais intérêts et les vraies valeurs de millions de Juifs américains et d’Américains pro-israéliens que l’organisation affirme pourtant souvent représenter », a commenté Laura Birnbaum, directrice politique nationale de JStreet.

« Quelle que soit la vision qu’ils nourrissent à l’égard d’Israël, des responsables élus qui menacent l’avenir de notre pays sont inacceptables », a ajouté Birnbaum. « Nous appelons l’AIPAC à mettre immédiatement un terme à son soutien apporté à ces candidats – ou à expliquer ce qui peut justifier le soutien apporté à des personnalités qui se sont placées, dans les faits, aux côtés de ceux qui ont pris la tête de l’insurrection du 6 janvier ».

« Le soutien bipartisan ne saurait excuser l’appui apporté à des candidats qui ne respectent les résultats électoraux que lorsque c’est leur parti qui l’emporte », a continué JStreet.

JStreet et deux autres comités d’action politique ont juré de ne pas soutenir les députés qui avaient refusé de certifier l’élection de Biden. Un geste toutefois symbolique, les groupes étant plutôt proches des démocrates : le PAC lié au JDCA (Jewish Democratic Council of America) et celui qui est affilié au DMFI (Democratic Majority for Israel). Pour sa part, JStreet n’a que rarement soutenu un républicain.

Dans cette première liste, l’AIPAC apporte son appui à 61 républicains et à 59 démocrates. Parmi eux, Jim Jordan de l’Ohio dont le rôle a été tellement important dans les événements qui ont entouré l’insurrection du 6 janvier, qui avait entraîné des violences meurtrières, qu’il a été invité à témoigner devant la commission du Congrès chargée d’enquêter sur les faits. Jordan, pour sa part, a refusé d’apporter son témoignage et il pourrait être cité à comparaître.

Les critiques des deux parties affirment que Trump a encouragé l’insurrection avec sa fausse affirmation que l’élection de Biden avait été truquée et que lui-même aurait dû réintégrer la Maison Blanche à l’issue du scrutin. Ses partisans avaient cherché à empêcher le Congrès de mener à bien son travail -largement symbolique – de certification du vote. Environ 147 républicains s’étaient prononcés contre la certification de Biden, même après les violences et la prise d’assaut du Capitole.

Andrea Birnbaum de JStreet. (Autorisation de Birnbaum/via JTA)

Ce stigmate d’association avec l’insurrection semble avoir paniqué au moins un PAC pro-israélien non partisan, Pro-Israel America. Ce groupe a transmis des fonds à deux républicains qui avaient refusé de certifier Biden, Nicole Malliotakis de New York et Carlos Gimenez de Floride — mais aucun des deux noms ne figure sur la liste officielle.

Un porte-parole du groupe Pro-Israel America a refusé tout commentaire.

Les démocrates et les libéraux autrefois proches de l’AIPAC ont condamné ce choix de députés ayant voté contre la certification de Biden.

« Cela montrerait que le groupe peut être trop doctrinaire et qu’il n’est pas raisonnable dans ses soutiens de candidats pro-israéliens – et je pense que c’est quelque chose de dangereux, de très dangereux », avait commenté Betsy Sheerr, ancienne membre du conseil d’administration, lors d’une interview avec JTA qui avait eu lieu au mois de décembre, après l’établissement par l’AIPAC de son comité d’action politique. « En bien, ils sont pro-israéliens… Mais tout le reste ne compte pas ? On ne peut pas mettre de côté tout le reste ».

Tom Dine, ancien haut-responsable de l’AIPAC dans les années 1980 et au début des années 1990, avait déclaré à Haaretz, au mois de janvier, qu’il ne donnerait pas « un centime » au PAC de l’organisation s’il devait soutenir des députés ayant refusé de soutenir la confirmation de Biden.

Le représentant républicain de l’Ohio Jim Jordan lors d’une conférence à Orlando, en Floride, le 26 février 2022. (Crédit :John Raoux/AP)

Martin Raffel, ancien haut-responsable au sein du JCPA (Jewish Council for Public Affairs) qui a travaillé étroitement avec l’AIPAC dans le passé, a écrit une tribune sur un site démocrate juif le mois dernier qui était intitulée « Où est l’AIPAC ? », et dans laquelle il notait son affection pour l’organisation tout en mettant cette dernière en garde contre un éventuel soutien apporté aux 147 républicains qui ont voté contre Biden.

« Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas telle ou telle politique mais rien de moins que la survie même de notre démocratie », avait-il écrit.

« Malheureuse erreur ! La sécurité d’Israël dépend d’une Amérique dont la démocratie est forte », a écrit Abe Foxman, ancien dirigeant de l’ADL, sur Twitter la semaine dernière. « Ceux qui sapent la démocratie américaine sapent l’Amérique, et une Amérique faible ne sera pas capable de défendre et de soutenir Israël, son allié ».

La Coalition juive républicaine soutient au moins deux républicains ayant voté contre la confirmation de Biden, Gimenez de Floride et Mike Garcia de Californie. Le NORPAC, un PAC pro-israélien non-partisan, a soulevé des fonds en faveur d’Elise Stefanik de l’état de New York, qui avait voté contre la certification du président actuel des États-Unis.

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