Rechercher

L’ancienne église du prêtre antisémite Charles Coughlin tend la main aux Juifs

Autrefois foyer de haine, le sanctuaire de la Petite Fleur a accueilli un événement inter-religieux visant à maintenir et à améliorer les relations entre Juifs et catholiques

  • Le sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022, avant une "discussion sur les relations entre Juifs et catholiques". Cet événement était co-parrainé par le JCRC/AJC de Détroit et l'archidiocèse de Détroit. Le sanctuaire a été fondé par le père Charles Coughlin, qui avait une émission de radio antisémite dans les années 1930. (Crédit : Jeff Kowalsky/JTA)
    Le sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022, avant une "discussion sur les relations entre Juifs et catholiques". Cet événement était co-parrainé par le JCRC/AJC de Détroit et l'archidiocèse de Détroit. Le sanctuaire a été fondé par le père Charles Coughlin, qui avait une émission de radio antisémite dans les années 1930. (Crédit : Jeff Kowalsky/JTA)
  • Levi Smith regarde une plaque du Père Charles Coughlin dans le hall du Sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022, avant une "discussion sur les relations entre Juifs et catholiques". L'événement était co-parrainé par le JCRC/AJC de Détroit et l'archidiocèse de Détroit. Le sanctuaire a été fondé par le père Coughlin, qui avait une émission de radio antisémite dans les années 1930. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
    Levi Smith regarde une plaque du Père Charles Coughlin dans le hall du Sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022, avant une "discussion sur les relations entre Juifs et catholiques". L'événement était co-parrainé par le JCRC/AJC de Détroit et l'archidiocèse de Détroit. Le sanctuaire a été fondé par le père Coughlin, qui avait une émission de radio antisémite dans les années 1930. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
  • Le rabbin Asher Lopatin, à gauche, du JCRC/AJC au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
    Le rabbin Asher Lopatin, à gauche, du JCRC/AJC au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
  • Le rabbin Asher Lopatin, à gauche, du JCRC/AJC, échange avec Mgr. Patrick Halfpenny au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
    Le rabbin Asher Lopatin, à gauche, du JCRC/AJC, échange avec Mgr. Patrick Halfpenny au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
  • Une "discussion sur les relations entre Juifs et catholiques" au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
    Une "discussion sur les relations entre Juifs et catholiques" au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)
  • Charles E. Coughlin attaquant l'administration Roosevelt dans un discours devant la Convention nationale Townsend, le 17 juillet 1936. (Crédit : AP Photo)
    Charles E. Coughlin attaquant l'administration Roosevelt dans un discours devant la Convention nationale Townsend, le 17 juillet 1936. (Crédit : AP Photo)
  • Le révérend Charles E. Coughlin, de Détroit, Michigan, s'adressant à un grand rassemblement de ses fidèles à Cleveland, dans l'Ohio, le 11 mai 1936. Il a plaidé pour le soutien des candidats du N.U.S.J. dans les primaires de l'Ohio du mardi. (Crédit : AP)
    Le révérend Charles E. Coughlin, de Détroit, Michigan, s'adressant à un grand rassemblement de ses fidèles à Cleveland, dans l'Ohio, le 11 mai 1936. Il a plaidé pour le soutien des candidats du N.U.S.J. dans les primaires de l'Ohio du mardi. (Crédit : AP)

ROYAL OAK, Michigan (JTA) – Nancy Gietzen avait besoin de voir si la plaque était toujours là.

Elle s’est donc rendue dans le foyer du sanctuaire national de la Petite Fleur, l’église catholique historique et école où l’éducatrice juive a été enseignante-remplaçante pendant trois ans jusqu’à ce qu’elle parte après avoir découvert comment la paroisse avait honoré son fondateur, le père Charles Coughlin.

Et la plaque était bien là, à côté d’une vitrine exposant l’ancien calice et les vêtements du prêtre : « Alors que les compétences pastorales de Coughlin ont permis ce splendide sanctuaire, son engagement politique et sa rhétorique passionnée lui vont valu des accusations d’antisémitisme. » La formulation dont elle se souvenait était intacte.

« C’était vraiment bouleversant », déclare Gietzen. « ‘Accusations’ d’antisémitisme ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

La plaque est – et c’est peu de le dire – une manière timide de décrire celui qui a été la voix la plus retentissante de l’antisémitisme en Amérique pendant la Grande Dépression. Dans son émission à la radio nationale, qui a duré de 1926 à 1940, le père Coughlin a été un démagogue redoutable : il reprenait la propagande nazie, disait à ses auditeurs que les « banquiers internationaux » et les « communistes juifs » complotaient pour leur perte ; il déclarait que les Juifs méritaient ce qui leur était arrivé durant la Nuit de cristal et il encourageait la croissance du Front chrétien, une milice chrétienne pro-nazie qui conspirait pour renverser le gouvernement des États-Unis en attaquant des personnalités juives importantes.

Les recettes des exploits médiatiques de Coughlin (avec un parti politique et un magazine fasciste nommé Social Justice) ont permis de financer la splendeur du sanctuaire. Ces prouesses ont aussi garanti que des générations de Juifs de Détroit se tiendraient éloignées de l’église du prêtre.

Le sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022, avant une « discussion sur les relations entre Juifs et catholiques ». Cet événement était co-parrainé par le JCRC/AJC de Détroit et l’archidiocèse de Détroit. Le sanctuaire a été fondé par le père Charles Coughlin, qui avait une émission de radio antisémite dans les années 1930. (Crédit : Jeff Kowalsky/JTA)

Jusqu’à aujourd’hui, en tout cas.

Mardi soir, le Sanctuaire a organisé un événement intitulé « La relation entre Juifs et catholiques : Passé, Présent et Futur », une série de conférences historiques co-parrainées par l’archevêché de Détroit et le Conseil local des relations de la communauté juive, connu sous le nom de JCRC/AJC. Juifs et catholiques se sont pressés sur les bancs de l’église pour écouter deux universitaires, l’un Juif et l’autre catholique, discuter de l’histoire des relations entre les deux religions – une histoire profondément marquée par l’antisémitisme catholique.

Le choix du lieu a été délibéré.

« Il y a tellement de polarisation dans notre société, nous avons besoin de cette réconciliation de façon générale », a déclaré le rabbin Asher Lopatin, directeur exécutif du JCRC/AJC de Détroit, à la Jewish Telegraphic Agency. « Qu’y a-t-il de plus puissant que de voir des Juifs et des catholiques se réunir dans l’église du père Coughlin ? »

En tant que nouvel arrivant à Détroit et habitant de Huntington Woods, une communauté fortement juive voisine du Shrine, Lopatin dit avoir fait preuve d’une « naïveté » bienvenue concernant l’organisation de cet événement à l’église – un événement inspiré des « commissions vérité – réconciliation » formées dans des pays comme l’Afrique du Sud et le Rwanda à la suite de traumatismes nationaux. Lopatin qualifie la rencontre inter-confessionnelle d’effort de « vérité et de réconciliation » entre Juifs et catholiques, reconnaissant l’histoire douloureuse du passé tout en innovant dans les relations locales.

Le rabbin Asher Lopatin, à gauche, du JCRC/AJC, échange avec Mgr. Patrick Halfpenny au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)

Peu après le déménagement de Lopatin à Détroit, où il était devenu le directeur exécutif du JCRC/AJC en 2019, le groupe avait organisé le premier événement de ce type dans une autre église du quartier. Si tout projet de suivi avait été retardé en raison de la pandémie de COVID-19, les deux parties étaient intéressées par l’organisation d’une activité au sanctuaire qui, selon le personnel de l’archevêché, n’avait pas organisé d’événement de sensibilisation juive depuis trois décennies – pas depuis que l’église avait présenté des excuses publiques pour l’antisémitisme de Coughlin, en 1992. (Selon un rabbin local, l’église a accueilli un programme pour un groupe inter-confessionnel aujourd’hui disparu à la fin des années 1990.)

« Le père Coughlin était une force sur laquelle il fallait compter dans les années 1930. La construction de cet endroit était un exploit », a expliqué à JTA David Conrad, coordinateur des relations inter-confessionnelles de l’archevêché. Mais, a-t-il ajouté, « la réalité qui est qu’il a fallu impliquer notre gouvernement et le pape à Rome pour le faire taire et pour faire taire son antisémitisme est une tache sur notre histoire. C’est un fait incontestable. Et il faut le reconnaître ».

La collaboration mise en place entre les organisations à la tête de l’événement de mardi a donné lieu à un rebondissement historique intéressant : le Détroit JCRC/AJC a été fondé en 1937 sous le nom de Jewish Community Council of Metropolitan Detroit, et l’un de ses premiers ordres du jour avait été de s’opposer publiquement aux émissions de Coughlin, condamnées par ses soins parce qu’elles étaient antisémites. Entre-temps, l’archevêché de Détroit avait soutenu et protégé Coughlin pendant les dix premières années de sa carrière d’animateur radio, jusqu’en 1937, lorsque la mort de l’évêque de la région, combinée à la mauvaise presse croissante de Coughlin, avait conduit le Vatican à nommer un nouvel évêque, Ed Mooney, déterminé à contrôler au mieux la rhétorique employée par le prêtre à la radio.

Une « discussion sur les relations entre Juifs et catholiques » au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)

Le nom de Coughlin a rarement été mentionné au cours du dit programme, bien que Robert Fastiggi, historien au Grand Séminaire du Sacré-Cœur à Détroit, ait déclaré lors de son intervention depuis l’ancienne estrade du prêtre : « Le père Coughlin était antisémite. » Il a ajouté qu’il restait des éléments d’antisémitisme dans l’Église aujourd’hui, avant de retracer l’histoire des relations entre Juifs et catholiques, qui a culminé avec la lecture par le pape Paul VI, en 1965, de la Nostra aetate, la déclaration papale selon laquelle les Juifs ne sont pas à blâmer pour la mort de Jésus.

Mais lors de la séance de questions-réponses, un participant juif, Levi Smith, vice-président d’une fondation consacrée à l’héritage de l’architecte juif de Détroit, Albert Kahn, a rappelé l’histoire du lieu.

« En mon nom et au nom de beaucoup d’autres personnes de notre communauté, lorsque nous passons devant le sanctuaire, nous avons peur », a déclaré Smith. « À cause du père Coughlin. »

Le rabbin Asher Lopatin, à gauche, du JCRC/AJC au sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)

Il a demandé s’il était prévu de modifier le libellé de la plaque et du site web du Sanctuaire afin de refléter plus fidèlement la véritable nature de Coughlin, et il a proposé de participer à toute discussion sur le sujet : « Asseyons-nous, discutons, et apportons des améliorations. »

À la fin des conférences, les participants ont été invités à faire une visite guidée de l’église, qui fêtera son centenaire en 2026. Ils ont également été conviés à une collation, dont l’archevêque de l’église, Patrick Halfpenny, a pris soin de préciser qu’elle était casher. (L’actuel recteur du sanctuaire, le révérend Joseph Horn, a été victime d’une crise cardiaque en janvier et il est depuis en convalescence. Il n’était pas présent à l’événement de mardi.)

Alors que certains des Juifs présents suivaient le guide touristique, un paroissien du sanctuaire nommé Bob Irwin s’est approché de Smith pour lui dire qu’un comité de l’église réexaminait son histoire, et celle de Coughlin, en prévision de son 100e anniversaire.

Levi Smith regarde une plaque du Père Charles Coughlin dans le hall du Sanctuaire de la Petite Fleur à Royal Oak, Michigan, le 31 mai 2022, avant une « discussion sur les relations entre Juifs et catholiques ». L’événement était co-parrainé par le JCRC/AJC de Détroit et l’archidiocèse de Détroit. Le sanctuaire a été fondé par le père Coughlin, qui avait une émission de radio antisémite dans les années 1930. (Crédit : Jeff Kowalsky pour JTA)

Le comité a déjà réécrit les plaques et attend l’approbation pour les concevoir, a déclaré Irwin. Elles reconnaîtront plus ouvertement l’antisémitisme de Coughlin et le comité discutera des efforts livrés par l’église pour affirmer son identité dans les années post-Coughlin. Irwin a demandé à Smith s’il aimerait faire partie de cette aventure.

Smith a regardé l’intérieur de l’église, ses hauts plafonds voûtés et les artéfacts installés par un antisémite qui, autrefois, livrait ses sermons au monde entier.

« Dieu », a-t-il dit, « nous a réunis ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...