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L’annulation de l’accord avec l’EAPC ne nuira pas aux liens avec Israël – EAU

Contredisant l'affirmation de la firme, un officiel a déclaré que l'accord prévoyant le transit du pétrole du Golfe vers l'Europe via Israël n'avait rien à voir avec les autorités

Des Israéliens sur une plage de la mer Morte, à proximité du Terminal pétrolier de l'EAPC (Eilat-Ashkelon Pipeline) dans la ville portuaire d'Eilat, dans le sud du pays, le 10 février 2021. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)
Des Israéliens sur une plage de la mer Morte, à proximité du Terminal pétrolier de l'EAPC (Eilat-Ashkelon Pipeline) dans la ville portuaire d'Eilat, dans le sud du pays, le 10 février 2021. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

Les Émirats arabes unis ont pris leurs distances face à un plan controversé visant à faire transiter le pétrole du Golfe destiné à l’Europe via un système terrestre de canalisations qui traverse Israël. Un responsable a ainsi déclaré, jeudi, que le gouvernement émirati n’était pas partie prenante de l’accord, contredisant en cela une affirmation faite par l’une des entreprises impliquées qui avait fait savoir qu’une éventuelle abrogation aurait un impact négatif sur les liens bilatéraux naissants.

L’accord, qui avait été souscrit dans les journées euphoriques qui avaient suivi la décision prise par les EAU de normaliser leurs liens avec l’État juif, l’année dernière, avait été salué comme étant l’une des conséquences les plus lucratives des Accords d’Abraham. Mais il avait aussi rencontré l’opposition publique, au sein de l’État juif, inquiète des répercussions environnementales du pacte.

Au mois de juillet, une compagnie israélienne impliquée dans l’accord, l’Europe Asia Pipeline Company (EAPC), avait fait savoir à la Haute-cour qu’annuler ce dernier pourrait entraîner « des dommages significatifs concernant les relations étrangères de l’État d’Israël ». Ce commentaire avait été fait en réponse à une plainte déposée par les groupes écologistes qui avaient tenté d’obtenir l’invalidité de l’arrangement.

Mais selon un haut-responsable de l’ambassade émiratie en Israël, l’accord n’a rien à voir avec la relation entretenue par Jérusalem et Abou Dhabi.

« Nous avons clairement établi aux yeux du gouvernement israélien qu’il ne s’agit pas d’un projet gouvernemental. Il y a une communication très étroite au plus haut-rang », a affirmé le responsable, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, au Times of Israel, jeudi. « Israël sait très bien qu’il ne s’agit pas d’un projet du gouvernement émirati, mais bien d’un accord commercial privé. »

Il a aussi souligné que si un protocole d’accord commercial avait été signé au cours d’événements organisés par l’État pour célébrer l’accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis au mois d’août – en présence de délégations américaine et israélienne à Abou Dhabi – l’accord lui-même n’avait rien à voir avec les Accords d’Abraham négociés par les États-Unis.

Ces propos reflètent le malaise émirati face à la publicité récente qui a entouré l’accord sur le pétrole. Voulant construire la confiance avec l’État juif et faire avancer des projets conjoints dans les technologies durables plutôt que dans les énergies fossiles, Abou Dhabi désire dissiper toute suggestion de soutien officiel qui serait apporté à l’EAPC.

Cet accord avait été conclu entre l’EAPC, une compagnie secrète qui avait été établie entre Israël et l’Iran avant la Révolution islamique de 1979 et qui avait ensuite été nationalisée par Jérusalem ; MED-RED Land Bridge, une firme appartenant conjointement à Petromal, qui fait partie du conglomérat privé National Holding, dont le siège est à Abou Dhabi ; et les sociétés israéliennes AF Entrepreneurship, propriété de Yona Fogel et Malachi Alper, et Lubber Line, de Yariv Elbaz.

Hisham Abd Ahmid Ahmid, vice-président de National Holding et Itzik Levy, directeur-général d’EAPC, signent un accord sur un pipeline le 20 octobre 2020. (Autorisation : EAPC)

Cet accord prévoit que l’EAPC recevra le pétrole du Golfe à son terminal d’Eilat, sur la mer Rouge, dans le sud d’Israël, avant de le lui faire traverser le territoire israélien via son réseau de canalisations jusqu’au port d’Ashkelon, qui donne sur la mer Méditerranée. L’or noir sera alors à nouveau embarqué à bord de pétroliers chargés de l’acheminer vers le sud de l’Europe.

Ces pipelines sont déjà utilisés comme conduits pour le pétrole du Golfe, même si les détails des opérations de l’EAPC sont généralement conservées secrètes en raison des régulations israéliennes qui avaient été formulées pour protéger l’accord initial qui avait été conclu avec l’Iran, avant la révolution.

Il reste difficile de dire si des ministères du gouvernement ont pu prendre connaissance des dispositions du protocole d’accord qui a été signé. Même le ministère des Finances, qui est chargé de superviser les opérations de l’EAPC, avait répondu à une requête dite « de liberté d’information » qui avait été soumise et qui réclamait le contenu du protocole d’accord en affirmant qu’il n’avait pas eu accès à ce dernier.

Le responsable émirati a indiqué qu’Abou Dhabi soutenait le droit à faire « ce qui est le mieux pour Israël ».

Pour sa part, l’ambassadeur israélien à Dubaï, Ilan Sztulman Starosta, avait indiqué au mois de septembre qu’un abandon de l’accord « n’affecterait pas les relations entretenues avec les Émirats ».

Le gouvernement émirati lui-même n’utilisera pas les pipelines de l’EAPC dans la mesure où il s’est d’ores et déjà engagé par contrat à transporter son pétrole via l’Extrême-Orient.

L’Autorité israélienne chargée de la nature et des parcs, le ministère de la Protection de l’environnement, un forum regroupant une vingtaine d’organisations environnementales et un grand nombre de scientifiques et d’habitants d’Eilat s’opposent à l’accord, compte tenu du mauvais bilan environnemental de l’EAPC et de ses nombreuses fuites passées et de l’importance cruciale des récifs coralliens d’Eilat non seulement pour les secteurs du tourisme et de l’emploi de la ville, mais aussi à l’échelle mondiale.

La police intervient lors d’une manifestation du groupe Extinction Rebellion contre l’accord conclu entre l’EAPC, une firme israélienne, et un consortium israélo-émirati, visant le transfert terrestre du pétrole du Golfe dans le système israélien de canalisations de la mer Rouge jusqu’à la mer Méditerranée à Ashkelon, le 17 octobre 2021. (Capture d’écran)

Les propos tenus par le responsable émirati surviennent quelques jours avant la COP26, grand rassemblement sur le climat, en Écosse, qui réunira des dirigeants du monde entier, alors que la communauté internationale s’efforce de trouver les moyens d’agir contre le réchauffement climatique. Malgré sa dépendance traditionnelle au pétrole, Abou Dhabi cherche, dans ce contexte, à diversifier son économie et à se détourner des énergies fossiles.

« Les EAU veulent lourdement investir dans les énergies renouvelables et effectuer une transition à la fois rapide et intelligente vers le monde de l’après-pétrole », a poursuivi le responsable. « Et dans le secteur des énergies, les énergies renouvelables et propres future génération figurent parmi les points d’intérêt de la relation que nous entretenons avec Israël. »

Les Émirats sont la première nation du Golfe à avoir fixé un objectif zéro carbone à l’horizon 2050. Le Premier ministre Mohammed bin Rashid Al Maktoum a déclaré que le pays investirait près de 165 milliards de dollars en énergie propre d’ici 2050.

Abou Dhabi prévoit de produire presque 55 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables dans les cinq ans à venir, et s’est porté candidat à l’accueil de la prochaine conférence majeure de l’ONU consacrée au climat qui est prévue en 2023.

Le mois dernier, le ministère de la Protection environnementale a limité le nombre de pétroliers du Golfe autorisés à jeter les amarres à Eilat à un maximum de six. La compagnie réclamait de pouvoir en accueillir 30. Le ministère a déclaré s’être basé sur des défaillances révélées dans une deuxième étude consacrée au risque environnemental qui a été réalisée par l’EAPC, et sur l’absence de préparation appropriée face à de possibles fuites.

Un pétrolier accoste à Eilat. (Autorisation : Shmuel Taggar, Environnement du désert et de la mer, Eilat)

Commentant jeudi les propos tenus par le responsable des Émirats, l’EAPC a insisté sur le fait que l’annulation de l’accord « nuirait de manière significative » à Israël et à ses citoyens.

« La mise en œuvre de l’accord garantit la sécurité et l’indépendance énergétique de l’État d’Israël, rompt le boycott pétrolier arabe pour la toute première fois, augmente l’approvisionnement immédiat en pétrole brut et réduit ainsi les coûts du carburant payés par les citoyens israéliens », a indiqué l’entreprise.

« Même si le pétrole est une ‘énergie de transition’, il est probable qu’il sera encore là au cours des prochaines décennies. Et dans ce processus de transition vers les énergies renouvelables, il est important de maintenir la sécurité énergétique, la fiabilité et la continuité des approvisionnements de manière à éviter une crise énergétique similaire à celle qui est en train de frapper l’Europe. »

Alors qu’il lui était demandé quel lien avait l’accord avec les citoyens israéliens et leur sécurité énergétique, un porte-parole de l’EAPC a expliqué au Times of Israel qu’une partie du pétrole livrée à Eilat ou à Ashkelon et stockée dans ces deux villes était parfois vendue aux raffineries de Haïfa, dans le nord du pays, plutôt que d’être transportée ailleurs lorsqu’un bénéfice intéressant pouvait être réalisé sur la transaction.

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