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L’antisémitisme augmente toujours en Suisse romande

La CICAD rapporte avoir constaté une nouvelle augmentation des actes antisémites graves et sérieux en Suisse romande en 2021

La synagogue de Bienne, en Suisse. (Crédit : Capture d’écran Google Maps)
La synagogue de Bienne, en Suisse. (Crédit : Capture d’écran Google Maps)

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) a publié son rapport annuel fin février, dans lequel elle rapporte avoir constaté une nouvelle augmentation des actes antisémites graves et sérieux en Suisse romande (francophone), une tendance amplifiée par la pandémie.

L’association a ainsi recensé 165 actes antisémites en 2021 en Suisse romande contre 147 en 2020.

Les cas jugés « préoccupants » ne sont pas les seuls à avoir augmenté : les cas graves sont eux aussi passés à 5 en 2021 contre 3 en 2020, ainsi que ceux considérés comme sérieux (passant de 3 à 7).

La CICAD a souligné quelques cas particulièrement préoccupants survenus l’année passée.

Début 2021, à Genève et à Lausanne, des synagogues ont été ciblés par des morceaux de porc.

Logo de la Cicad. (Crédit : Capture d’écran Cicad.ch)

À Lausanne, « les employés de la synagogue ont pu constater qu’un individu avait déposé une peluche en forme de cochon devant la porte de la synagogue ainsi qu’un paquet de lardons ».

Un acte similaire s’est produit à Genève à seulement quelques jours d’intervalle.

« Une femme s’est présentée devant une synagogue et a frotté des tranches de viande de porc contre la porte de ce lieu de culte », a rapporté la CICAD. « Elle a ensuite jeté le contenu de ces deux paquets de viande contre la porte avant de quitter les lieux. »

L’organisation rappelle que, dans le cas de Genève, l’auteure des faits a été retrouvée et reconnue coupable d’atteinte à la liberté de croyance et de culte ainsi que de souillure. Elle a ainsi écopé d’une amende avec sursis, d’une amende ainsi que du paiement des coûts de la procédure.

À Lausanne, l’auteure des faits a été interpellée par la police mais, « à l’heure où ce rapport est finalisé, le Ministère public vaudois ne s’est pas encore prononcé dans ce dossier ».

Aussi, une enseignante juive a été prise à partie par l’un de ses élèves, qui a dessiné des croix gammées et autres dessins antisémites qui la visaient directement.

Dans le même temps, trois hommes se sont photographiés en train de faire une « quenelle » devant la plaque de la Ruelle des Juifs de la ville de Saint-Léonard.

La CICAD alerte également sur les injures antisémites qui peuvent être proférées. « Sale juif », « À mort les juifs », « Je fais partie de Daesh, vous allez tous mourir », a notamment relevé l’association, parmi les propos entendus en 2021 dans le pays.

La CICAD estime que les principaux vecteurs de l’antisémitisme sont : l’extrême-droite, les théories du complot liées au COVID-19, le conflit israélo-palestinien et le négationnisme de la Shoah.

Le drapeau suisse.

Afin d’y faire face, elle propose différents moyens d’action, notamment davantage de prévention et d’éducation, de sensibilisation et de vigilance, une meilleure protection juridique et davantage de modération de la part des médias et des réseaux sociaux.

Parmi ces pistes d’étude :

– « La mise en place d’une étude dans les établissements scolaires afin de mettre en évidence la présence de préjugés à caractère racistes et antisémites. Une telle enquête permettra d’étudier les opinions, les attitudes racistes, les actes de violence subis, la discrimination, les besoins de formation dans ce domaine et l’état actuel des connaissances. »

– « Des formations pour les enseignants, dont l’objectif sera de les aider à réagir face aux actes racistes et antisémites en milieu scolaire d’une part, et d’autre part de disposer d’une connaissance plus fine de ces phénomènes. »

– « Des formations pour les élèves. Les programmes éducatifs de la CICAD ont pour but de sensibiliser les jeunes à réfléchir aux préjugés ainsi qu’aux comportements qui peuvent en découler. Adaptés aux élèves ainsi qu’aux enseignants par le biais de modules de formation ciblés, ces derniers sont réalisés avec l’aide de pédagogues spécialisés. »

– « La pratique de la vérification des informations est plus que jamais nécessaire face à l’amplification des fake news. Pourquoi ces théories du complot prennent une telle ampleur ? Comment vérifier l’information face à l’essor de la désinformation ? Quels dispositifs et cibles privilégier pour combattre le virus du complot ? Il est plus que jamais essentiel de poser ces questions. La recherche de l’information, la qualité et les sources de cette information doivent faire l’objet d’une stratégie pédagogique approfondie, pleinement intégrée au cursus scolaire. »

Les victimes et les témoins d’actes antisémites doivent également être davantage encouragés à signaler ces actes. « Le mutisme participe à la banalisation de ce type de situations », indique la CICAD.

Déjà l’an dernier, l’association avait déploré une hausse de l’antisémitisme de 41 % entre 2019 et 2020.

Le mois dernier, le Conseil fédéral suisse avait refusé d’interdire les symboles nazis dans le pays. Les autorités avaient alors déclarées être « convaincues que la prévention est une meilleure solution que la répression pénale ».

En juin dernier, le pays était devenu le 36e à adopter la définition d’antisémitisme de l’IHRA.

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