L’AP aurait torturé des dizaines de suspects soupçonnés de collaboration avec Israël
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L’AP aurait torturé des dizaines de suspects soupçonnés de collaboration avec Israël

Lors d'une décision historique, la cour de Jérusalem a rendu son verdict : Ramallah devra payer des dommages et intérêts pour le préjudice causé à 51 plaignants entre 1990 et 2003

L’Autorité palestinienne (AP) aurait systématiquement torturé des dizaines d’individus suspectés de collaboration avec Israël entre 1990 et 2003, et devra les indemniser pour les dommages physiques et mentaux causés, a statué la Cour de Jérusalem cette semaine.

Dans ce cas historique, qui a été rendu public mercredi, le tribunal de district de Jérusalem a examiné les dossiers de 51 Palestiniens qui ont affirmé avoir été arrêtés pour soupçon d’espionnage au profit des autorités israéliennes.

Les plaignants ont témoigné qu’ils étaient incarcérés dans divers lieux de détention pour différentes périodes – certains y étaient depuis des années – et auraient subi des tortures brutales des mains de leurs enquêteurs, qui les poussaient à livrer des informations et à faire des aveux.

Les demandeurs ont déclaré que les enquêteurs les battaient, allumaient des cigarettes sur leurs corps, leur arrachaient les dents, les contraignaient à demeurer dans des positions douloureuses pendant de longues périodes, les privant d’aliments et de boissons. Plusieurs ont déclaré que leurs organes génitaux avaient été maltraités, les laissant stériles et impuissants.

Dans certains cas, les prisonniers ont été enfermés dans des contenants en métal chaud pendant des jours de chaleur ou ont été ébouillantés. D’autres racontent avoir été forcés de boire dans des cuvettes de toilette ou de s’asseoir sur des bouteilles cassées. Certains ont été témoins des exécutions d’autres suspects. Les prisonniers se sont souvent vu refuser des soins médicaux.

L’AP, tout en reconnaissant l’emprisonnement de certains des plaignants, a nié toute torture.

Photo illustrative d'un gardien de sécurité en dehors du tribunal de première instance de Jérusalem (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Photo illustrative d’un gardien de sécurité en dehors du tribunal de première instance de Jérusalem (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le tribunal, dans une décision de 1 800 pages, faisant suite à 90 audiences et des années de délibérations, s’est prononcé en faveur des demandeurs. Le juge Moshe Drori a déclaré que les témoignages et les preuves démontraient que ces allégations faisant fi du moindre doute.

« Durant la journée, ils vous attachaient au mur jusqu’à la nuit. La nuit, ils vous emmenaient pour interrogatoire,  » selon les dires d’un demandeur repris par la Deuxième chaîne, et dont l’identité n’a pas été divulguée. « Quand vous y allez, vous ne voyez pas l’enquêteur parce que vous avez un sac sur votre tête. Ils avaient une salle […] où ils mettaient un sac sur votre tête, un sac qui était trempé par des eaux usées […] vous ne pouviez pas voir d’où venaient les coups. »

Trois demandeurs interrogés anonymement ont déclaré à la Deuxième chaîne qu’ils n’avaient jamais reçu de preuves évidentes de leurs forfaits, bien qu’on leur ait dit à plusieurs reprises d’avouer – ce que beaucoup ont fait, afin de faire cesser les souffrances. Sans résultat, souvent.

Barak Kedem, l’avocat qui représente les plaignants, a salué la décision du tribunal, affirmant que ses clients avaient été soumis à une « torture inimaginable » par l’AP.

L'avocat Barak Kedem (Crédit : Autorisation)
L’avocat Barak Kedem (Crédit : Autorisation)

« C’est comme si quelqu’un lisait l’Enfer de Dante et essayait de l’imiter », a-t-il déclaré en se référant à l’œuvre du poète italien médiéval, qui détaille le voyage tourmenté des pécheurs dans les neuf cercles de l’enfer. « Après 14 ans [de délibérations ; …] le tribunal a rendu justice. »

Le tribunal examinera ensuite chacun des 51 cas et déterminera les dommages que chacun des demandeurs recevront pour leurs souffrances, un processus qui pourrait prendre plusieurs années de plus.

Les trois hommes interrogés par la Deuxième chaîne ont déclaré qu’ils vivaient maintenant en Israël, sans le sou et sans famille, ni aucun sentiment d’appartenance.

« J’ai été arrêté à l’âge de 18 ou 19 ans, a déclaré l’un d’entre eux. Je n’ai pas vécu de vie depuis. Je ne veux pas d’argent. Je veux être traité comme un être humain, c’est tout. »

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