L’AP ordonne le blocage de dizaines de pages sur Internet et les réseaux sociaux
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L’AP ordonne le blocage de dizaines de pages sur Internet et les réseaux sociaux

Le Syndicat des journalistes palestiniens et l'organisation terroriste du Hamas ont fermement condamné la décision

Les Palestiniens participent à une manifestation appelant à la levée des sanctions contre la bande de Gaza, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 23 juin 2018. (Crédit : AFP / ABBAS MOMANI)
Les Palestiniens participent à une manifestation appelant à la levée des sanctions contre la bande de Gaza, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 23 juin 2018. (Crédit : AFP / ABBAS MOMANI)

Un tribunal de l’Autorité palestinienne a ordonné le blocage de dizaines de pages de réseaux sociaux et de sites d’information, entraînant une critique ferme de la part du Syndicat des journalistes palestiniens et du Hamas.

Jeudi, le Tribunal de Ramallah a statué que 49 pages de réseaux sociaux et de médias devraient être bloquées, a déclaré mardi un officiel du Bureau du Procureur général de l’AP, sous condition d’anonymat.

« Ces sites ne sont pas enregistrés au ministère de l’Information comme la loi l’exige », ont déclaré les officiels au Times of Israël. Ils publient également des documents qui menacent la sécurité nationale et l’ordre public ».

Beaucoup des pages de réseaux sociaux et des sites d’information, qui ont été bloqués selon le responsable, étaient très critiques du président de l’AP Mahmoud Abbas. Certaines pages sont soit liées ou favorables à ses rivaux, au groupe terroriste du Hamas et au membre exilé du Fatah Mohamed Dahlan.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime lors du quatrième Forum national pour la Quatrième révolution industrielle lors de l’ouverture du Forum en Cisjordanie dans la ville de Ramallah, le 9 septembre 2019. (Nasser Nasser/AP)

Une partie de la décision du tribunal, qui a été publiée sur plusieurs sites d’informations palestiniens, faisait référence à la loi polémique de l’AP sur les crimes informatiques.

Cette clause donne un cadre à un système dans lequel les autorités cherchent à obtenir l’autorisation du tribunal pour bloquer des sites internet qui publient ce qui est décrit comme des « opinions, des chiffres, des photographies, des vidéos, des documents de promotion et tout autre matériel qui menace la sécurité nationale et l’ordre public et moral ».

Le responsable a souligné que 15 des pages de réseaux sociaux et de sites d’informations n’étaient pas bloquées pour la première fois.

« Certains des sites avaient déjà été bloqués il y a deux ans, a-t-il dit. Le Bureau du Procureur général a demandé à les bloquer de nouveau parce que chaque ordre d’interdiction dure seulement six mois ».

On ne sait pas clairement si les autorités avaient déjà bloqué tous les sites et les pages, et si elles seront en mesure d’appliquer la décision aussi bien en Cisjordanie que dans la bande de Gaza.

Les internautes palestiniens peuvent contourner les restrictions d’accès aux sites en utilisant des réseaux privés virtuels (VPN), qui permettent de faire croire que l’on habite dans une ville étrangère.

Plusieurs sites d’informations palestiniens ont publié ce qui semblait être une liste de 59 pages et sites dont le tribunal aurait ordonné le blocage. Le responsable du Bureau du Procureur général a déclaré que la liste n’était pas exacte, affirmant que le tribunal avait statué pour bloquer seulement 49 pages et sites d’information.

Le gouvernement de l’AP a appelé les autorités compétentes à revenir sur la décision de bloquer des pages Facebook et des sites d’informations, a déclaré un porte-parole du gouvernement Ibrahim Milhem dans un communiqué publié tard lundi sur le site d’information officiel de l’AP.

Le communiqué appelait également les administrateurs de pages de réseaux sociaux et de sites Internet à « respecter des standards professionnels et moraux dans leur publication d’articles d’information », a déclaré Milhem.

En juillet, le Premier ministre de l’AP Mohammed Shtayyeh avait réaffirmé à une délégation d’officiels de Human Rights Watch « l’engagement de son gouvernement à garantir le droit des citoyens palestiniens à la liberté de parole à travers une critique constructive ».

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, s’entretient avec l’Associated Press, dans son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le mardi 16 avril 2019. (AP Photo/Nasser Nasser)

Le Syndicat des journalistes palestiniens avait fustigé la décision du tribunal, la qualifiant de « massacre de la liberté d’expression ».

Le syndicat a ajouté qu’il prendrait des mesures légales pour faire appel de la décision et de sa légitimité.

Dans un communiqué, un haut responsable du Hamas, Husam Badran, a déclaré : « La nouvelle décision signifie seulement que l’Autorité palestinienne et l’occupation agissent ensemble pour mener une guerre contre les travaux écrits et les photographies palestiniennes qui ont mis en évidence les violations, la corruption et les crimes de l’occupation. »

« Nous appelons l’AP à mettre un terme à sa guerre contre le journalisme palestinien qui résiste à l’occupation », a-t-il ajouté.

Hani al-Masri, le chef de Masarat, un institut de recherche basé à Ramallah, a écrit sur sa page Facebook que le blocage des sites « est de la suppression et témoigne de leur stupidité ».

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