Lapid à Netanyahu : « adoptez la loi sur la conscription et vous aurez nos votes »
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Lapid à Netanyahu : « adoptez la loi sur la conscription et vous aurez nos votes »

Après que le Premier ministre a menacé d'organiser des élections si les ultra-orthodoxes ne transigent pas, le chef de Yesh Atid affirme qu'il n'a pas "à céder aux haredim"

Le chef du parti Yesh Atid Yair Lapid devant un centre de recrutement de l'armée, le Bakum,à Tel Hashomer, le 13 août 2018. (Autorisation)
Le chef du parti Yesh Atid Yair Lapid devant un centre de recrutement de l'armée, le Bakum,à Tel Hashomer, le 13 août 2018. (Autorisation)

Le chef du parti d’opposition Yesh Atid, le député Yair Lapid a appelé à l’adoption d’un projet de loi sur l’enrôlement des ultra-orthodoxes au sein de l’armée israélienne lundi, durant une conférence de presse devant l’un des centres de recrutement de l’armée, le Bakum, situé à l’est de Tel Aviv.

« Netanyahu, adoptons cette loi ou allons aux urnes. Nous pouvons adopter cette loi », a déclaré Lapid à l’intention du Premier ministre Benjamin Netanyahu. »

« Vous avez nos votes. Les votes de Yesh Atid sont garantis si vous adoptez cette loi. Vous n’avez pas à céder aux haredim une fois de plus », a exhorté Lapid.

« Il n’y a aucune raison de vous humilier une fois de plus devant [le chef du parti YaHadout HaTorah et vice-ministre de la santé Yaakov] Litzman et l’Admor (chef spirituel hassidique) de Gur. Nous pouvons adopter cette loi. »

Litzman est un fidèle de la communauté hassidique Gur. Il a déclaré qu’il s’oppose à cette version du texte de loi sur la conscription parce que son rabbin l’a rejetée.

Les propos de Lapid surviennent après que Netanyahu a déclaré aux chefs des partis de la coalition que si les partis ultra-orthodoxes ne font pas de compromis sur l’adoption du texte de loi dans les trois semaines, il organisera des élections anticipées.

« Nous devons savoir quelle est la position de Litzman sur la question », a déclaré Netanyahu aux ministres.

« La balle est dans le camp de Litzman. Si les partis ultra-orthodoxes veulent parvenir à un compromis, nous pouvons y arriver. Nous devons savoir si c’est ce qu’ils veulent. »

Lors du meeting de dimanche, les personnes présentes – notamment le chef du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett, le chef du parti Koulanou Moshe Kahlon, le chef du parti Shas Aryeh Deri et le député Moshe Gafni, qui représentait YaHadout HaTorah, se sont accordés pour dire que si aucun accord n’était conclu lors de la prochaine réunion du cabinet, alors cette même réunion décidera d’une date pour de futures élections. La prochaine réunion du cabinet est prévue début septembre.

La loi israélienne impose qu’une période de campagne électorale de 90 jours soit respectée si la Knesset est dissoute prématurément. Si le gouvernement décide, au début du mois de septembre, d’organiser des élections, elles auront donc lieu 90 jours plus tard, au début du mois de décembre.

Deux personnes ont brillé par leur absence au meeting de dimanche. Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui soutient le projet soumis par son ministère, et Litzman lui-même, qui avait déjà menacé de quitter le gouvernement si le projet de loi sur la conscription des étudiants de séminaires ultra-orthodoxes était adopté.

Lundi, Lapid s’est exprimé devant l’entrée de la base du Bakum à 7h du matin, pendant que les nouvelles recrues du mois d’août arrivaient.

« C’est une bonne loi », a-t-il insisté. « Elle permettra d’enrôler davantage de haredim, et de nombreux autres entreront dans le monde du travail. »

Si elle est adopté, a-t-il a jouté, « nous nous tiendrons ici, au Bakum, et nous verrons de jeunes haredim aux côtés de nos enfants, avec une lettre d’enrôlement en main ».

Il a également critiqué les violentes manifestations d’extrémistes haredim ces derniers mois, qui s’opposaient à un compromis.

« J’ai entendu les cris des manifestants haredim. Ils ont crié : ‘ils mourront avant que nous nous enrôlions ». Quelle arrogance. Ceux qui risquent leur vies ne sont pas des déserteurs, mais bien ceux qui rejoignent les unités combattantes, ces jeunes formidables qui viennent ici aujourd’hui pour s’enrôler. Qu’allons-nous dire à ces jeunes formidables, qui rejoignent les rangs de l’armée israélienne, si le Premier ministre laisse les haredim filer, une fois de plus, à cause d’un chantage politique, parce que tout ce qu’il fait, il le fait pour sa survie politique ? », a déclaré Lapid.

L’ultimatum lancé dimanche par Netanyahu fait suite à une décision de la Haute cour de justice la semaine dernière, qui accordait un délai additionnel de trois mois à la date butoir fixée pour l’adoption de cette loi. L’Etat avait demandé un report de 7 mois, mais n’en a obtenu que moins que la moitié.

« Après avoir étudié cette question, nous avons décidé d’accéder partiellement à cette demande et de repousser cette date butoir… pour qu’elle soit fixée au 2 décembre 2018 », a déclaré la Cour dans son verdict.

Durant les jours qui ont suivi cette décision, Netanyahu a organisé des réunions privés avec Liberman et Litzman pour tenter de parvenir à un compromis.

Yaakov Litzman assiste à une réunion du Comité de santé de la Knesset le 2 juillet 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Liberman a indiqué qu’il ne soutiendrait aucun amendement à la proposition actuelle.

Il s’agit d’une version d’ores et déjà assouplie du texte soumis par le ministère de la Défeense, et l’armée israélienne affirme qu’elle correspond aux besoins de recrutement.

Si les partis ultra-orthodoxes quittent la coalition, le gouvernement perdrait sa majorité parlementaire, ce qui contraindrait Netanyahu à intégrer des partis de l’opposition au gouvernement, ou à organiser de nouvelles élections. Les prochaines élections ne sont pas prévues avant le mois de novembre 2019.

Le texte de loi devrait recevoir le soutien d’une importante majorité à la Knesset, si Netanyahu accepte de le soumettre au vote en l’état.

Même sans les treize sièges des partis ultra-orthodoxes, qui causeraient un manque de huit sièges à la majorité parlementaire pour adopter la loi (et gouverner le pays), l’offre de Lapid sur les 11 voix de Yesh Atid ramèneraient le nombre de voix en soutien à ce texte à 64, soit une majorité. Par ailleurs, de nombreux partis de l’opposition, notamment l’Union sioniste et les factions du Meretz, sont susceptibles de soutenir la loi.

Néanmoins, Netanyahu risque de ne pas accepter l’offre de Lapid sur la course aux élections. Ils pourrait toujours avoir besoin du soutien des partis haredim pour le soutenir lors d’éventuelles élections et l’aider à former une coalition stable.

Litzman a déclaré dimanche qu’il ne souhaitait pas en arriver à l’organisation de nouvelles élections, mais qu’un compromis était hautement improbable. Cependant, a-t-il dit, les rabbins qui dirigent sa communautés lui indiqueront prochainement la réaction à adopter face à l’ultimatum de Netanyahu.

« Approuver une version corrigée du texte de loi était l’une des question centrales qui ont formé la base de la coalition et du gouvernement actuel », a-t-il dit selon le site d’information Ynet.

« Nous ne sommes pas intéressés par des élections, mais ne nous pourrons pas transiger sur quelque chose d’aussi essentiel et fondamental que la protection de nos étudiants de séminaires qui étudient la Torah à temps plein. Les différentes suggestions seront soumis au Conseil des Sages de la Torah qui se prononcera sur la question. Nous ferons ce qu’ils nous disent de faire », a-t-il dit.

Archives. Des soldats israéliens de la brigade Nahal Haredi étudient à la base militaire Peles (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

En septembre dernier, la Haute cour a statué qu’une version du texte de 2015, qui accordait une exemption à la plupart des étudiants de yeshiva était anti-constitutionnelle et accordait aux députés un an pour instaurer de nouvelles directives pour l’enrôlement des ultra-orthodoxes.

Mais la Knesset a conclu la session de printemps le 19 juillet sans adopter de texte de loi, et ne se réunira qu’à la mi-octobre, pour la session d’octobre.

Sans l’amendement de la législation actuelle, les reports actuels arriveront à échéance et des milliers d’étudiants de yeshiva se retrouveront dans l’impossibilité de renouveler leurs exemptions, et pourraient devoir rejoindre les rangs de l’armée.

La version actuelle litigieuse, qui bénéficie du soutien du ministère de la Défense, prévoit une quota d’enrôlement au sein de la communauté ultra-orthodoxe, qui, s’il n’est pas atteint, verra les yeshivot – séminaires rabbiniques » sanctionnés financièrement.

La version actuelle de la  loi prévoit un quota de près de 4 000 recrues ultra-orthodoxes pour l’année 2018. Ce nombre doit augmenter de 8 % chaque année pendant trois ans, puis de 6,5 % pendant les trois années suivantes et de 5 % les quatre années suivantes.

Si 95 % des quotas ne sont pas respectés, des sanctions – des coupes budgétaires – seront appliquées aux yeshivot ultra-orthodoxes qui ne se conforment pas aux minimas prévus par la loi. Ces coupes budgétaires s’amplifieront chaque année où le quota n’est pas respecté.

Le projet de loi a été adopté en première lecture au début du mois de juillet à la Knesset, et doit encore en subir deux avant d’entrer en vigueur.

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