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Lapid rencontre la vice-présidente américaine Kamala Harris à Washington

Le ministre des Affaires étrangères s'est aussi entretenu avec le chef du Conseil de sécurité nationale Jake Sullivan et avec des leaders du congrès américain

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid rencontre la vice-présidente américaine Kamala Harris à Washington, le 12 octobre 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid rencontre la vice-présidente américaine Kamala Harris à Washington, le 12 octobre 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a déclaré à la vice-présidente américaine Kamala Harris que les valeurs et les intérêts partagés entre leurs pays respectifs permettaient de dépasser toutes les différences entre les deux États au terme de la première journée de ses rencontres avec de hauts-responsables de Washington, mardi.

« Même si nous avons des différences, je sais que notre objectif est commun : c’est celui de voir Israël fort, sûr, prospère », a dit Lapid à Harris à l’ouverture de leur entretien qui devait avoir lieu à huis-clos, en présence de leurs seuls proches conseillers, au bureau de la vice-présidente. Dans la matinée, le ministre israélien des Affaires étrangères avait rencontré le Conseiller national à la sécurité de Joe Biden, Jake Sullivan, ainsi qu’un groupe de députés bipartisans, une délégation dirigée par la présidente de la chambre Nancy Pelosi.

Les nouvelles administrations, à Jérusalem et à Washington, partagent le même point de vue sur de nombreux sujets mais l’État juif s’oppose aux initiatives visant à réintégrer les États-Unis dans l’accord sur le nucléaire iranien actuellement moribond, et le président Joe Biden est un partisan de la Solution à deux États à laquelle le Premier ministre Naftali Bennett est profondément défavorable.

Toutefois, Bennett a souligné « un nouvel esprit de bonne volonté » dans son approche de l’administration américaine après des querelles fréquentes entre les deux alliés de longue date à l’époque où le démocrate Barack Obama était à la Maison Blanche.

Les responsables de l’administration Biden ont aussi évité de prendre des initiatives susceptibles de déstabiliser la coalition naissante, très diversifiée politiquement, de Bennett, reconnaissant que sa chute pourrait entraîner le retour au pouvoir de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui dénonce régulièrement les politiques mises en œuvre par le nouvel occupant du Bureau ovale.

Au début de sa réunion avec Harris, Lapid a fait l’éloge de cette dernière, disant que la vice-présidente « est l’une des meilleures amies que compte Israël à Washington. » Harris avait suscité l’inquiétude de certains groupes israéliens, au début du mois, quand elle n’avait pas repris un étudiant qui accusait Israël de se livrer au nettoyage ethnique au cours d’un événement de promotion du droit de vote.

Harris a expliqué que l’entretien était l’occasion « d’affirmer une fois encore la force et la résistance de la relation nouée entre les États-Unis et Israël, une relation sans faille qui est basée sur des valeurs partagées, une histoire partagée et une inquiétude commune de sûreté et de sécurité mutuelles pour les populations de nos deux pays ».

« Le dialogue entre nous est toujours basé sur les faits », a renchéri Lapid. « Nous nous sommes rencontrés en Israël quand vous êtes venue voir de vos propres yeux nos difficultés et comprendre les complexités de la situation. Vous nous connaissez, nous vous connaissons et c’est ce qui explique la force de notre lien ».

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid rencontre la vice-présidente américaine Kamala Harris à Washington, le 12 octobre 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Les Palestiniens

Lapid a paru reconnaître l’importance accordée par l’administration Biden à la question palestinienne, l’évoquant dès le début. « Nous pensons, nous aussi, que les Palestiniens ont droit à une qualité de vie, à une économie, à une éducation, à l’espérance », a-t-il déclaré sans entrer dans les détails.

Le nouveau gouvernement de Bennett a pris un certain nombre d’initiatives en direction des Palestiniens en approuvant un plus grand nombre d’autorisations en direction des travailleurs palestiniens dont l’activité professionnelle est en Israël et dans les implantations de Cisjordanie, en octroyant des permis de construire dans la Zone C, où les constructions pour les non-Israéliens sont depuis longtemps gelées, et en autorisant récemment l’émission de papiers d’identité pour 442 Palestiniens qui n’en possédaient pas jusque-là.

Toutefois, Bennett a établi très clairement qu’il ne rencontrerait pas le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas – sans même parler de relancer des négociations avec lui – et son gouvernement avance actuellement un plan d’approbation de milliers de nouveaux logements en Cisjordanie tout en insistant sur le fait qu’il continuera à élargir la présidence israélienne au-delà de la Ligne verte, au même rythme que celui des précédentes coalitions qui étaient dirigées par Netanyahu.

Harris a indiqué à Lapid que les deux hauts-responsables discuteraient « de la paix, de la sécurité et de la prospérité pour les Palestiniens comme pour les Israéliens » au cours de leur rencontre à huis-clos.

Pendant l’entretien entre Lapid et Sullivan, les deux hommes ont évoqué la situation humanitaire dans la bande de Gaza en particulier, titubante depuis le conflit d’onze jours qui, au mois de mai, a opposé le groupe terroriste du Hamas au pouvoir à Israël. Des centaines de bâtiments ont été détruits – et notamment des écoles, des hôpitaux et des dispensaires – par des raids de l’armée israélienne qui ont répondu au lancement d’approximativement 4 500 roquettes par les organisations terroristes, dont les installations sont noyées dans les populations civiles.

Le ministre des affaires étrangères Yair Lapid rencontre le Conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan à Washington, le 12 octobre 2021. (Crédit: Shlomi Amsalem/GPO)

Selon un compte-rendu du ministère des Affaires étrangères, Lapid a évoqué son plan « Économie contre la sécurité » pour la bande de Gaza, qui offre une aide israélienne significative dans les projets de reconstruction de l’enclave en échange d’un contrôle vigoureux du Hamas par la communauté internationale.

« Sullivan a souligné l’importance d’initiatives pratiques visant à améliorer la vie des Palestiniens », a noté la Maison Blanche.

Ils ont débattu du plan de Lapid pendant leur rencontre.

Les accords d’Abraham

La vice-présidente a également annoncé que les deux parties parleraient des accords d’Abraham, ajoutant qu’elle-même, ainsi que le président Joe Biden, étaient favorables au renforcement et à l’élargissement de ces accords de normalisation des relations diplomatiques qui ont été conclus entre l’État juif et ses voisins arabes. Le sujet a aussi été abordé pendant la rencontre entre le ministre israélien des Affaires étrangères et Sullivan, selon un compte-rendu de la Maison Blanche.

L’administration Biden a fait part de son soutien aux Accords d’Abraham depuis son entrée à la Maison Blanche mais elle n’a pas fait de ce dossier une priorité – contrairement à l’ex-président Donald Trump, qui avait délégué un envoyé spécial chargé de l’avancée du processus et qui était prêt à offrir aux pays arabes des améliorations significatives dans les relations qu’ils entretenaient avec les Américains s’ils acceptaient de normaliser les liens avec Israël.

Les responsables de l’administration Biden ont néanmoins fait part de leur intention de finaliser le protocole d’intention qui avait été conclu entre l’État juif et le Soudan visant l’établissement de relations diplomatiques. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a organisé un événement pour le premier anniversaire des Accords d’Abraham en présence des ministres des Affaires étrangères israélien, émirati, bahreïni et marocain.

Blinken va accueillir mercredi une rencontre entre Lapid et le chef de la diplomatie des Émirats arabes unis, Abdullah Bin Zayed, à Washington. Cette réunion sera l’occasion d’annoncer la mise en place de groupes de travail trilatéraux sur la coexistence religieuse et sur les problématiques de l’énergie et de l’eau, a dit un officiel du département d’État mardi, au cours d’un point-presse.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avec ses conseillers à Washington, le 12 octobre 2021. (Crédit :Shlomi Amsalem/GPO)

L’Iran

Harris a aussi évoqué brièvement « l’inquiétude partagée sur les questions liées à l’Iran » avant de s’entretenir avec Lapid.

Ce dernier, pour sa part, a dit que le programme nucléaire de Téhéran était « au centre de ma visite ».

Il a expliqué à Sullivan comme aux responsables du congrès, mardi, que « l’Iran est en train de de devenir un pays qui se trouve sur le seuil du nucléaire » et il a souligné auprès du chef du Conseil de sécurité nationale américain « la nécessité d’un plan alternatif » au JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), l’accord sur le nucléaire qui avait été négocié en 2015 par l’ancien président Barack Obama et abandonné par Trump en 2018.

Les États-Unis doivent encore étudier dans le détail des options alternatives au JCPOA et ils insistent sur la poursuite du travail diplomatique pour contraindre l’Iran à revoir à la baisse ses ambitions nucléaires. Biden avait déclaré au mois d’août à Bennett que si la diplomatie devait échouer, les États-Unis étaient prêts à examiner d’autres options.

« Sullivan a réaffirmé l’attachement du président Biden à la nécessité de garantir que l’Iran ne se dotera jamais de l’arme atomique », a dit un compte-rendu de sa réunion avec Lapid qui a été émis par la Maison Blanche.

« Les responsables ont convenu que les États-Unis et Israël continueront les consultations étroites entre les deux pays sur l’Iran et sur d’autres dossiers déterminants qui ont un impact sur la sécurité et sur la stabilité dans la région », a continué le compte-rendu.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid rencontre la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, à Washington, le 12 octobre 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Le soutien bipartisan

Pendant sa discussion avec Harris, Lapid a précisé qu’un autre point au centre de sa visite aux États-Unis était le renforcement du soutien bipartisan à Israël, qui a été mis à mal, ces dernières années, par un Washington polarisé de manière croissante.

Les républicains placés sous la direction de Trump se sont alignés étroitement à Netanyahu et à la droite israélienne tandis que les démocrates sont de plus en plus influencés par une petite minorité de progressistes bruyants qui affichent une forte sympathie à la cause palestinienne.

Toutefois, de nombreuses façons, le soutien à Israël semble toujours aussi fort – avec un projet de loi prévoyant l’octroi d’une somme supplémentaire d’un milliard de dollars en faveur du système de défense anti-missile du Dôme de fer qui a été adopté à la chambre lors d’un vote de 420 voix « pour » – avec neuf voix « contre » et deux abstentions.

Lapid a déclaré qu’il chercherait spécifiquement à renforcer le soutien à l’État juif parmi les jeunes Américains qui, selon les sondages, sont moins alignés sur l’État juif que ce n’est le cas de leurs aînés.

« Cette génération n’est pas seulement préoccupée par les guerres et les conflits, mais aussi par la crise du climat, la crise de l’immigration dans le monde et les questions d’identité », a-t-il dit à Harris.

Dans des propos tenus devant les journalistes avant sa rencontre avec Lapid, Pelosi a déclaré : « Israël a toujours été un sujet bipartisan au congrès des États-Unis et c’est encore le cas aujourd’hui ».

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid rencontre une délégation du congrès dirigée par la présidente de la chambre Nancy Pelosi à Washington, le 12 octobre 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Lapid a remercié la présidente de la chambre pour ses efforts visant à faire approuver la législation sur le Dôme de fer. Le sénat doit encore apporter son feu vert au texte et il est probable que ce sera le cas même si l’adoption est actuellement temporairement bloquée par Rand Paul, républicain opposé aux aides apportées aux pays étrangers par les États-Unis.

« Pour un grand nombre d’entre nous, le soutien en faveur d’Israël est dans notre ADN. Pour tous, il est au moins bipartisan. Et c’est avec une grande fierté que j’accueille aujourd’hui, une fois encore, le ministre des Affaires étrangères Lapid au capitole », a-t-elle commenté.

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