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Le Bahreïn cherche clairement à se rapprocher d’Israël, dit Bennett

A la fin de sa visite dans cette monarchie du Golfe, le Premier ministre a estimé que son séjour avait visé à "établir un réseau de liens" et des "alliances"

Le roi de Bahreïn Hamad bin Isa al-Khalifa, à gauche, accueille le Premier ministre Naftali Bennett à son palais de Manama, le 15 février 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le roi de Bahreïn Hamad bin Isa al-Khalifa, à gauche, accueille le Premier ministre Naftali Bennett à son palais de Manama, le 15 février 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

MANAMA, Bahreïn — A la fin de la toute première visite officielle d’un chef de gouvernement israélien dans cette monarchie du Golfe, le Premier ministre Naftali Bennett a affirmé dans la soirée de mardi que le Bahreïn souhaitait renforcer ses relations avec l’État juif.

Bennett a vanté un accroissement de la coopération en matière de commerce bilatéral et de tourisme – mais, en coulisses, ses discussions avec les dirigeants du royaume se sont concentrées sur la lutte contre l’Iran, a commenté un responsable.

L’Iran chiite est l’ennemi numéro un d’Israël. Il est aussi la bête noire du Bahreïn qui l’accuse d’avoir été derrière les manifestations chiites contre le pouvoir sunnite. Et il est le grand rival régional de l’Arabie saoudite sunnite, chef de file des monarchies du Golfe.

« Il est clair qu’il y a un fort désir de la part des responsables du Bahreïn de mettre en place une relation significative et multidimensionnelle avec Israël », a dit Bennett aux journalistes qui ont fait le voyage avec lui.

« C’était une visite très réussie, un accueil chaleureux, un lien étroit, un climat d’ouverture (…) C’est un nouveau modèle de (relations entre Israël et les pays arabes), un bon modèle », a-t-il continué.

« Ce que nous nous efforçons tous de faire, c’est de construire une nouvelle architecture régionale regroupant les pays modérés », a-t-il ajouté. « Cette architecture permettra d’assurer la stabilité, la prospérité économique et elle permettra de rester ferme face aux ennemis qui attisent le chaos et le terroriste. Une sorte de cercle de stabilité, en somme ».

Bennett a rencontré le roi Hamad bin Isa Al Khalifa, le prince héritier Salman bin Hamad Al Khalifa et des ministres du pays pendant sa visite de vingt-quatre heures qui s’est achevée mardi soir.

Israël et Bahreïn ont établi des relations diplomatiques pleines et entières en 2020 dans le cadre des Accords d’Abraham, qui avaient été négociés par les États-Unis et qui ont été conclus entre l’État juif et quatre pays arabes. Cette visite a eu lieu quinze jours après que le ministre de la Défense Benny Gantz s’est lui-même rendu à Bahreïn, un déplacement public qui avait été, là encore, sans précédent dans l’Histoire.

Un haut-responsable de la diplomatie a précisé que les entretiens de Bennett avec le roi et le prince héritier de la monarchie du Golfe avaient largement porté sur des « problématiques régionales » comme l’Iran.

« Les États modérés de la région doivent relever des défis similaires et avec des voisins difficiles dans un contexte de monde qui change rapidement, les responsables comprennent bien qu’avec Israël : il y a un nouveau moyen d’ancrer un cadre de stabilité », a poursuivi l’officiel.

« Les gouvernants de la région sont très impressionnés par le positionnement adopté par Israël face à l’Iran et à la Syrie et par le fait que toute dissuasion implique à la fois la capacité et la volonté d’utiliser la force », a-t-il noté.

Bennett n’a pas mentionné publiquement l’Iran – mais le contexte est clair. Le Bahreïn se trouve sur le pas de porte de l’Iran dans le Golfe persique et les deux pays sont profondément inquiets face au programme nucléaire de l’Iran et face aux activités militaires de la république islamique dans toute la région.

Mais les hauts-responsables ont aussi évoqué la paix. A la fin de sa rencontre avec Bennett, le Prince Salman bin Hamad al-Khalifa a ainsi déclaré à son invité que « tous les esprits responsables doivent faire l’effort de la paix. S’il n’y a jamais eu de guerre entre nous, les relations entre nos deux pays n’ont pas toujours été saines ».

« Je pense que si nous voulons construire un Moyen-Orient plus large, où il n’y a pas de conflit ; un Moyen-Orient construit sur les principes du respect mutuel, de la compréhension et de la responsabilité partagée, avec pour objectif d’assurer la sécurité, nous devons mettre en place des initiatives qui nous permettront d’apprendre à nous connaître davantage et nous devrons étoffer ces Accords d’Abraham qui sont en eux-mêmes un tournant historique déterminant », a dit le prince, selon du communiqué du bureau du Premier ministre.

Bennett a répondu à al-Khalifa sur le même ton : « nous avons ressenti cet accueil très particulier de votre part – de la part de votre peuple et de votre part personnellement. Je suis arrivé d’Israël avec, à l’esprit, de la bonne volonté, un désir de coopération et de rapprochement face aux défis que nous devons tous deux relever et je pense que notre objectif, avec cette visite, est de transformer cette paix conclue entre nos gouvernements en une paix qui sera conclue entre nos peuples, et de changer cette paix aujourd’hui cérémoniale en paix significative, authentique ».

Dans une déclaration faite avant le départ du Premier ministre israélien, mardi soir, le bureau de Bennett a expliqué que les dirigeants avaient évoqué « l’élargissement des relations stratégiques et sécuritaires, un élargissement qui permettra de s’attaquer aux défis de la région – entre autres, la menace nucléaire, les activités terroristes, l’extrémisme religieux, la pauvreté et les problématiques sociales ».

Abdullatif bin Rashid Al Zayani, ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, a déclaré aux journalistes israéliens que Bennett a invité en Israël le prince héritier, qui est également Premier ministre.

Zayani a précisé que cette visite aurait lieu « dans un avenir proche. »

« Le Premier ministre Bennett a invité son altesse royale le prince héritier et Premier ministre à se rendre au sein de l’État d’Israël, une invitation qui a été acceptée et qui devrait être organisée dans un avenir proche », a déclaré Zayani.

Le ministre des Affaires étrangères a indiqué que Manama et Jérusalem coopéreraient dans la lutte contre l’Iran et que les deux parties avaient convenu de renforcer leurs liens économiques et de promouvoir le tourisme.

Bennett a expliqué qu’il fallait encore mettre en place un suivi concernant les questions abordées pendant ses réunions, en particulier sur la question des vols directs entre les deux États. Il a appelé à renforcer le commerce et le tourisme.

« Il y a des défis à relever et nous sommes en train de le faire », s’est-il félicité.

Le Premier ministre Naftali Bennett aux côtés du prince héritier et Premier ministre Salman bin Hamad Al Khalifa à son bureau de Manama, le 15 février 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Bennett a déclaré que l’objectif poursuivi par sa visite avait été de muscler les Accords d’Abraham.

« C’est seulement s’il y a des initiatives réelles, pratiques et concrètes aux niveaux économique, politique et autres que ces liens seront durables – et nous avons la possibilité de les élargir », a-t-il dit.

Le Premier ministre a ajouté que les liens de l’État juif avec Bahreïn et les Émirats arabes unis, autre pays signataire des Accords d’Abraham, étaient différents dans leur nature de ceux qu’Israël entretient avec l’Égypte et la Jordanie.

« C’est plus facile en ce qui nous concerne parce que jamais nous n’avons combattu Bahreïn – le but ici est de mettre en place un réseau de liens régionaux, un cercle d’alliances », a-t-il continué.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, à gauche, est accueilli par le ministre bahreïni des Affaires étrangères Abdullatif bin Rashid Al Zayani à l’aéroport international de Manama, à Bahreïn, le 14 février 2022. (Crédit : AP Photo/Ilan Ben Zion)

Le bureau de Bennett et le Bahreïn ont émis un communiqué conjoint résumant les sujets abordés pendant les réunions et précisant que les pays avaient convenu d’un plan décennal d’expansion des liens dans de nombreux domaines, appelé « Stratégie conjointe de paix chaleureuse ».

« Dans le cadre de cette stratégie, les deux parties apporteront leur soutien à différents programmes – comme des échanges universitaires – qui dynamiseront les relations et favoriseront le dialogue et la compréhension entre les jeunes du pays », a expliqué le communiqué.

Avant de rencontrer les leaders de Bahreïn, mardi, le Premier ministre s’était entretenu avec la communauté juive locale dans la matinée de mardi. Bennett a évoqué une « famille », affirmant que la communauté joue un rôle très particulier dans le processus de normalisation entre Israël et Bahreïn.

Les juifs de Bahreïn – ils sont une cinquantaine – jouissent d’une position politique et économique relativement privilégiée, mais les fidèles ont dû pratiquer leurs rituels religieux à domicile depuis la destruction de la synagogue à Manama au début du conflit israélo-arabe en 1947. En août 2021, pour la première fois depuis 74 ans, une prière publique de shabbat, jour de repos hebdomadaire des juifs, s’est tenue dans cette synagogue qui a été reconstruite.

Le chef du gouvernement israélien a également parlé avec le commandant de la cinquième flotte américaine, le vice-amiral Bradford Cooper. Il a salué la coopération entre les armées américaine et israélienne qui, a-t-il dit, contribue à la sécurité entre les deux pays.

Bennett a ajouté que la présence des militaires américains était un facteur significatif dans le maintien de la stabilité régionale contre des menaces variées, ajoutant qu’il était impatient de procéder à un nouveau renforcement de la coopération entre les alliés régionaux des États-Unis.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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