Le boom du high-tech pourrait être terminé, selon le scientifique en chef d’Israël
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Le boom du high-tech pourrait être terminé, selon le scientifique en chef d’Israël

Le manque de travailleurs qualifiés est un obstacle central à la croissance des start-ups et des sociétés de technologie plus établies

Un employé de l'usine Teva de Jérusalem. Ilustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Un employé de l'usine Teva de Jérusalem. Ilustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Il manquera plus de 10 000 ingénieurs et programmeurs à l’industrie high-tech israélienne dans la décennie à venir si le gouvernement ne prend pas de mesures immédiates pour préparer les étudiants et combler ce déficit, ont averti le ministère de l’Economie et le scientifique en chef de l’industrie dans un nouveau rapport.

« Grâce à l’activité intense en Israël au cours de ces deux dernières décennies, nous avons accompli des réalisations extraordinaires, mais il semble que les ‘sept bonnes années’ sont terminées et que nous approchons de notre limite », a déclaré Avi Hasson, chef scientifique du ministère et président de l’Autorité d’innovation d’Israël, qui a publié le rapport en juin et l’a présenté au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Hasson faisait allusion à l’histoire biblique de Joseph, qui a correctement prédit sept bonnes années suivies de sept mauvaises années pour l’Egypte ancienne.

Le manque de ressources humaines qualifiées est un obstacle central pour la croissance, à la fois pour le démarrage et pour les entreprises technologiques israéliennes plus établies, selon le rapport. La pénurie du nombre d’ingénieurs est le résultat d’une diminution des diplômés israéliens en sciences, qui sont passés de 13 % en 2004 à 8,7 % en 2014.

Dans les domaines de l’informatique, des mathématiques et des statistiques, le nombre d’étudiants est passé de 3 000 diplômés en 2004 à 2 250 en 2014.

Même si l’écart devait être corrigé aujourd’hui par le gouvernement à travers plusieurs programmes éducatifs clés, cela pourrait nécessiter une dizaine d’années pour que ces efforts portent leurs fruits, selon le rapport.

Le scientifique en chef du ministère de l'Economie,  Avi Hasson. (Crédit : autorisation)
Le scientifique en chef du ministère de l’Economie, Avi Hasson. (Crédit : autorisation)

« Si nous ne prenons pas les mesures appropriées maintenant, elles seront imposées d’ici quelques années, du fait d’une position de faiblesse et après beaucoup de gâchis de potentiel, a déclaré Hasson. Si nous sommes assez sages pour adopter les changements politiques nécessaires, il y a de bonnes chances que nous réussissions à renouveler la croissance rapide israélienne de la haute technologie, et à augmenter la croissance de l’innovation dans l’économie en général ».

Selon le rapport, Israël a perdu en 2014 sa première place parmi les pays développés pour les dépenses nationales en matière de recherche et développement civils en pourcentage du PIB. Il est noté que l’investissement annuel d’Israël est resté stable au cours de la dernière décennie, alors que d’autres pays comme la Corée du Sud ont augmenté de manière importante ces investissements.

Les dépenses du gouvernement d’Israël en recherche et développement ont chuté à 0,52 % du PIB en 2015 contre 0,8 % en 2002, selon le rapport, notant que dans les années à venir, il y aura un besoin pour un investissement annuel supplémentaire de 117 millions de shekels (105 millions d’euros) au moins pour combler cet écart. Israël devrait légiférer sur les dépenses du gouvernement pour l’innovation nationale en tant que pourcentage fixe de son budget de l’Etat ou du PIB, a recommandé le rapport.

En outre, la facilité de faire des affaires en Israël, mesurée par deux indices internationaux, l’indice mondial de l’innovation et l’indice de compétitivité mondiale du Forum économique mondial, se détériore également par rapport au reste du monde.

« Si nous sommes en mesure d’allouer davantage de ressources à l’innovation technologique et d’étendre son influence sur l’ensemble de l’économie, nous pourrons mieux préparer l’industrie de l’innovation israélienne pour son prochain bond en avant », a déclaré Hasson.

Le rapport avertit également que les nouvelles lignes directrices de l’OCDE pour l’imposition des sociétés multinationales opérant localement peuvent influer sur leur volume d’activité en Israël. Actuellement, il existe plus de 300 centres de recherche et développement appartenant à des multinationales en Israël, qui pour la plupart paient leurs impôts à l’étranger sur des produits qu’ils développent en Israël.

La Chine, qui est en pleine révolution technologique et libéralise son économie, représente une énorme opportunité sur laquelle toutes les entreprises high-tech israéliennes doivent se pencher, selon le rapport. L’implication chinoise dans l’industrie locale a augmenté à la fois en termes d’investissements et de coopération stratégique et depuis 2012 plus de 30 investisseurs sont venus de Chine et de Hong Kong en Israël.

Asaf Gendler, CEO de la start-up israélienne Bidflyer (au premier plan à gauche) et Kevin Yu, COO de Hainan Eco-Tech Group (au premier plan à droite), pendant la signature d'un accord de partenariat. (Crédit : autorisation)
Asaf Gendler, CEO de la start-up israélienne Bidflyer (au premier plan à gauche) et Kevin Yu, COO de Hainan Eco-Tech Group (au premier plan à droite), pendant la signature d’un accord de partenariat. (Crédit : autorisation)

« En dépit de cette tendance généralement positive, ce n’est encore que la pointe de l’iceberg en ce qui concerne le potentiel des relations économiques avec ce géant mondial », a remarqué le rapport.

En 2015, plusieurs tendances positives ont continué dans le secteur de la haute technologie d’Israël, les entreprises réalisant des levées de fonds de 4,4 milliards de dollars (3,96 milliards d’euros) et réalisant des sorties de 8 milliards de dollars (7,2 milliards d’euros).

La portée de la collecte de fonds pour la haute technologie, dans 693 offres, et l’ajout net des sociétés de ce secteur, environ 700, sont à un niveau record, selon le rapport. Même ainsi, l’image globale reflète la stabilité par rapport aux années précédentes, « mettant en évidence la nécessité de politiques révisées afin d’aller au bout du potentiel de l’écosystème de l’innovation israélienne et de contribuer à son avancée significative. »

Le rapport met en évidence un certain nombre de tendances dans l’industrie : les start-ups se développent dans des entreprises plus matures, ainsi, pour la première fois au cours des trois dernières années, le revenu de 30 start-ups a connu une augmentation à deux chiffres de son pourcentage ; il y a une croissance significative du nombre d’entrepreneurs expérimentés actifs dans l’économie locale ; et 25 % de tous les entrepreneurs en Israël en 2015 sont des entrepreneurs chevronnés qui ont au moins deux initiatives à leur actif, contre 16 % en 2010. Cette tendance aide les entreprises déjà établies à croître à un rythme plus rapide, selon le rapport.

De plus, les entreprises réalisant une sortie via une offre publique initiale de fusion-acquisition sont à des étapes plus développées : la valeur moyenne d’une sortie a augmenté de plus de 100 % ces cinq dernières années, de 31 millions de dollars en 2010 à 75 millions de dollars en 2015, ce qui est un autre témoignage de la maturation de l’industrie.

Parce qu’elles sont plus matures, des moyens de financement plus diversifiés sont recherchés, dont des prêts bancaires. La part relative des prêts bancaires au secteur high-tech est toujours faible, elle ne constitue que 0,25 % des crédits totaux accordés par le système bancaire l’année dernière : 2,25 milliards de shekels sur un total de 900 milliards. Ce financement devrait s’accroître significativement dans les prochaines années, et les autorités réfléchissent à la possibilité de fournir des garanties de prêts bancaires aux entreprises du secteur, selon le rapport.

« Les résultats prometteurs de l’industrie technologique israélienne en 2015 et ces dernières années en général sont plutôt encourageants, a déclaré Hasson. Pourtant, les succès actuels de ces entreprises nous perturbent pour remarquer les problèmes plus profonds menaçant la compétitivité israélienne et constituent un réel obstacle au succès à long terme de l’industrie. »

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