Le budget du Congrès américain témoigne du soutien à la solution à 2 Etats
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Analyse

Le budget du Congrès américain témoigne du soutien à la solution à 2 Etats

La Chambre des représentants soutient un programme qui rétablit le financement des efforts de paix des Palestiniens ; 500 millions de dollars sont prévus pour la défense d'Israël

Ron Kampeas
Un missile israélien lancé par le système antimissile du Dôme de fer, créé pour intercepter et détruire les roquettes à courte portée et les obus d'artillerie, dans la ville israélienne de Sdérot, le 12 novembre 2019 (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Un missile israélien lancé par le système antimissile du Dôme de fer, créé pour intercepter et détruire les roquettes à courte portée et les obus d'artillerie, dans la ville israélienne de Sdérot, le 12 novembre 2019 (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

JTA — Si vos dépenses témoignent de vos priorités, le Congrès semble vouloir dire qu’il reste très investi dans le processus de paix israélo-palestinien et soutient fermement les systèmes de défense israéliens.

La Chambre des Représentants a donné son appui cette semaine à une enveloppe budgétaire qui rétablit le soutien à ce qui a longtemps été considéré comme des éléments clés en faveur d’une éventuelle solution à deux États du conflit israélo-palestinien. Le Sénat devrait également approuver ces projets de loi.

Le programme de dépenses de 1,3 billion de dollars comprend 75 millions de dollars d’aide humanitaire pour les Palestiniens et le même montant pour les services de sécurité palestiniens. Les Palestiniens pouvaient autrefois compter sur des centaines de millions de dollars de soutien annuel de la part des États-Unis, mais ce chiffre est tombé à zéro après que le président américain Donald Trump a signé l’année dernière une loi qui leur a rendu difficile l’acceptation de l’aide américaine.

Le projet de loi prévoit également 30 millions de dollars pour financer les échanges personnels, y compris entre Israéliens et Palestiniens, ce qui rétablit en fait un financement annuel de 10 millions de dollars pour ces programmes que Trump a éliminés en 2018. (Le dialogue israélo-palestinien recevra au minium 10 des 30 millions de dollars, selon une information communiquée aux militants de la paix.)

Les projets de loi ne mentionnent nulle part les 175 millions de dollars que Jared Kushner, le conseiller principal et gendre de Trump, avait demandés pour un « fonds de paix » qui permettrait d’amorcer des projets de coopération afin de stimuler les entreprises dans les zones palestiniennes.

Conjugués à l’approbation récente d’une solution à deux États au conflit israélo-palestinien adoptée par les démocrates de la Chambre des représentants avec un certain soutien républicain, les projets de loi de dépenses semblent envoyer le message que la solution à deux États a toujours le soutien du gouvernement américain – au moins au Congrès.

L’administration Trump, ainsi que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, se sont éloignés ces dernières années de cette vision, qui était la politique officielle des deux pays, sans parler de l’opinion consensuelle de la communauté internationale.

Au début de cette année, Kushner, qui a été l’un des principaux architectes de l’administration d’un plan de paix au Moyen-Orient encore inédit, a expliqué pourquoi il ne voulait plus utiliser l’expression « deux États ». Trump lui-même a déclaré qu’il ne savait pas si le but ultime du rétablissement de la paix prendrait la forme d’un ou de deux États.

Des manifestants palestiniens tiennent des photos du président américain Donald Trump et du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une manifestation dans le village de Kfar Qaddum, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le 29 novembre 2019. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

L’aide étrangère aux Palestiniens a été coupée après que Trump a signé l’année dernière l’Anti-Terrorism Clarification Act. Cette loi a apporté un soulagement aux victimes du terrorisme, frustrées que les tribunaux américains ne fassent pas avancer leurs poursuites contre les organisations palestiniennes, mais elle l’a fait en déclarant qu’une fois qu’une entité palestinienne acceptait l’aide américaine, cette entité était soumise au droit américain de la responsabilité civile et que ses biens pouvaient être remis aux victimes. Cela a conduit les responsables palestiniens à déclarer qu’ils ne pouvaient plus accepter de fonds américains.

Cette décision n’avait guère d’importance à l’époque, car Trump mettait de toute façon fin à la quasi-totalité de l’aide humanitaire aux Palestiniens. Mais elle posait des défis aux législateurs qui cherchaient à rétablir le soutien des États-Unis.

Le programme de dépenses de la semaine dernière fournit une solution de contournement qui permet aux Palestiniens de percevoir l’aide américaine par le biais d’organisations non gouvernementales qui fournissent une aide humanitaire.

Les 150 millions de dollars sont une fraction des 400 millions de dollars par an que les Palestiniens ont reçus des administrations Bush et Obama, mais ils représentent le retour du Congrès dans la mêlée – avec une réserve toutefois. Si l’Autorité palestinienne donne de l’argent à un terroriste ou à la famille d’un terroriste, ses fonds sont soumis au droit de la responsabilité civile.

Mais en rétablissant une relation entre le Département d’Etat américain, qui verse l’aide, et l’Autorité palestinienne, qui la reçoit, le Congrès réaffirme le bilatéralisme qui serait un préalable aux relations des Etats-Unis avec un futur État palestinien.

Le financement de 10 millions de dollars destiné au rétablissement des relations entre Israéliens et Palestiniens est axé sur la promotion de la solution à deux États à partir de la base. Dans une déclaration, l’Alliance pour la paix au Moyen-Orient, un groupe de coordination qui a mené des activités de lobbying en faveur de ce financement, a fait référence à un financement « transfrontalier » en « Israël et Palestine » – rappelant que les militants pour la paix sont favorables à une solution à deux Etats.

La démocrate new-yorkaise Nita Lowey, présidente sortante de la commission des crédits, a joué un rôle clé dans ce rétablissement. Lowey a longtemps été un pilier de la politique pro-israélienne et, plus récemment, elle s’est battue pour préserver la solution à deux États.

Elle a plaidé avec férocité en faveur du financement interpersonnel, allant jusqu’à tirer parti de sa longue association avec l’AIPAC pour amener la puissante organisation de lobbying pro-israélienne à pousser d’autres organisations à obtenir cet argent.

La représente démocrate de New York Nita Lowey, présidente de la puissante Commission du budget à la chambre des représentants, à Washington, le 9 avril 2019. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

Lowey a également contribué à ce que la Chambre augmente le soutien à un programme qui a permis de faire passer de 60 à 90 millions de dollars le financement de la sécurité des installations juives, soit une augmentation de 50 %.

La semaine dernière également, dans un projet de loi budgétaire distinct, le Congrès a approuvé 500 millions de dollars pour les programmes de défense anti-missile et anti-tunnel d’Israël. Normalement, cela ne serait pas remarquable, car la communauté pro-Israël obtient généralement ce qu’elle veut du Congrès. Mais l’approbation de ce financement intervient alors que certains des principaux candidats démocrates à la présidence menacent de retenir une partie des 3,8 milliards de dollars d’aide annuelle à la défense promis à Israël par l’ancien président américain Barack Obama pour obtenir des concessions de l’État juif.

Le sénateur Bernie Sanders, du Vermont, a déclaré qu’il détournerait une partie de l’argent pour soutenir l’aide humanitaire aux Palestiniens dans la bande de Gaza. Les candidats démocrates à la présidence, Pete Buttigieg et la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, ont été plus vagues, mais tous deux ont indiqué qu’ils étaient prêts à utiliser l’aide pour faire pression sur Israël.

Le National Defense Authorization Act a été approuvé par la Chambre la semaine dernière et a été entériné mardi dernier par le Sénat.

La technologie antimissile s’est révélée efficace pour contrer les projectiles tirés sur Israël depuis la bande de Gaza. Des systèmes antimissiles à plus longue portée sont également financés et pourraient être utilisés pour se défendre contre des projectiles tirés par l’Iran ou son allié libanais, le groupe terroriste du Hezbollah.

La loi prévoit également 25 millions de dollars pour la technologie anti-drone et étend la coopération sur les technologies anti-tunnels considérées comme essentielles non seulement pour arrêter les incursions du Hamas et du Hezbollah à travers les frontières israéliennes, mais aussi les trafiquants d’êtres humains et de drogue qui travaillent à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Une loi qui codifierait la totalité des 3,8 milliards de dollars est toujours à l’étude.

L’AIPAC a célébré le financement de la défense antimissile comme une victoire bipartite clé. « Ces dispositions essentielles aideront Israël à se protéger contre les menaces croissantes à la sécurité », a déclaré le groupe dans un communiqué.

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