Le Caire prépare un grand « défilé » de momies royales
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Le Caire prépare un grand « défilé » de momies royales

Samedi, 22 momies royales, dont 18 rois et 4 reines, seront acheminées vers un nouveau musée, chacune à bord d'un char décoré au style pharaonique et portant le nom du souverain

Des Égyptiens font leurs adieux à la statue colossale de Ramsès II sur la place Talat Harb, alors qu'elle est déplacée de la capitale du Caire vers un endroit proche des pyramides de Gizeh, plus proche de son site d'origine, le 25 août 2006. (Khaled DESOUKI / AFP)
Des Égyptiens font leurs adieux à la statue colossale de Ramsès II sur la place Talat Harb, alors qu'elle est déplacée de la capitale du Caire vers un endroit proche des pyramides de Gizeh, plus proche de son site d'origine, le 25 août 2006. (Khaled DESOUKI / AFP)

Des chars transportant 22 momies de rois et reines de l’Egypte antique formeront un cortège inédit samedi, lors d’un « défilé des pharaons », entre le musée du Caire, où ils reposent depuis plus d’un siècle, et le Musée national de la civilisation égyptienne (NMEC).

Les momies seront exposées au NMEC, un énorme édifice moderne construit ces dernières années dans le sud du Caire, qui doit ouvrir ses portes à la mi-avril.

À partir de 18H00 (16h00 GMT) samedi, 22 momies royales, dont 18 rois et quatre reines, y seront acheminées par ordre chronologique, chacune à bord d’un char décoré au style pharaonique et portant le nom du souverain.

Le trajet, qui durera environ 40 minutes, sera placé sous haute surveillance policière.

Le pharaon Seqenenre Taa (XVIe siècle avant l’ère commune) de la 17e dynastie ouvrira la marche, qui sera fermée par Ramses IX (XIIe siècle avant l’ère commune) de la 20e dynastie. Plus connus du grand public, Ramses II et Hatshepsout feront aussi partie du « défilé doré des pharaons ».

L’entrée du Musée national de la civilisation égyptienne au Caire, le 1er octobre 2019. (Khaled DESOUKI / AFP)

Mises en valeur

L’évènement sera accompagné de performances musicales retransmises en direct à la télévision égyptienne.

Découvertes près de Louxor (sud) à partir de 1881, la plupart des 22 momies n’ont pas quitté le musée égyptien, situé place Tahrir au centre du Caire, depuis le début du XXe siècle.

Les restes momifiés de la reine Hatchepsout, la plus célèbre des pharaons de l’Égypte ancienne, reposent dans une vitrine après avoir été dévoilés au musée du Caire, le 27 juin 2007. (Cris BOURONCLE / AFP)

Depuis les années 1950, elles y étaient exposées l’une à côté de l’autre dans une petite salle, sans explications muséographiques claires.

Pour le transport samedi, elles seront placées dans une enveloppe contenant de l’azote, dans des conditions similaires à celles de leurs caissons d’exposition. Et les chars les transportant seront munis de mécanismes d’absorption des chocs.

Au NMEC, elles apparaitront dans des caissons plus modernes « pour un contrôle de la température et l’humidité meilleur qu’au vieux musée », explique à l’AFP Salima Ikram, professeure d’Egyptologie à l’Université américaine du Caire, spécialiste de la momification.

Elles seront présentées individuellement aux côtés de leurs sarcophages, dans un décor rappelant les tombes souterraines des rois, et seront accompagnées d’une biographie. Les scanners effectués sur certaines d’entre elles seront exposés.

L’égyptologue Zahi Hawass lors de l’annonce officielle de la découverte par une mission archéologique qu’il dirige d’un nouveau trésor de trésors dans la nécropole égyptienne de Saqqara au sud du Caire, le 17 janvier 2021. (Khaled DESOUKI / AFP)

« Les momies seront présentées pour la première fois d’une belle façon, à des fins éducatives. Pas pour le sensationnalisme », explique à l’AFP Zahi Hawass, égyptologue égyptien.

Selon lui, le caractère macabre des momies a par le passé rebuté plus d’un visiteur. « Je n’oublierai jamais lorsque j’ai emmené (la princesse) Margaret, sœur de la reine Elisabeth II, au musée : elle a fermé les yeux et est partie en courant », raconte-t-il.

Après des années d’instabilité à la suite de la révolte populaire de 2011, qui a porté un coup dur au tourisme, l’Egypte cherche à faire revenir les visiteurs en faisant la promotion du NMEC ou encore du Grand musée égyptien (GEM) près des pyramides de Guizeh, qui doit être inauguré dans les prochains mois.

La princesse Margaret de Grande-Bretagne, à droite, s’entretient avec la chanteuse américaine Barbra Streisand, à gauche, et l’acteur Omar Sharif, au centre, lors de la première du film « Funny Girl », au cinéma Odeon, à Londres, le 15 janvier 1969. (Photo AP, fichier)

« La malédiction des pharaons »

Le GEM, énorme projet, abritera des collections pharaoniques du musée du Caire, dont le célèbre trésor du roi Toutankhamon.

Découverte en 1922, la tombe de Toutankhamon (XIVe siècle avant l’ère commune), recelait la momie du jeune roi et de nombreux objets d’or, d’albâtre ou d’ivoire.

Pourquoi ne pas exposer plutôt les momies au GEM ? « Le GEM a le roi Toutankhamon, la star. Si vous ne mettez pas de momies au NMEC, personne ne va y aller », répond M. Hawass.

Le masque en or massif du roi Toutankhamon dans sa vitrine, au Musée égyptien près de la place Tahrir au Caire, en Égypte, le 30 octobre 2013. (Photo AP / Nariman El-Mofty)

En attendant samedi soir, le grand défilé dont les autorités ont fait une grande publicité avec des vidéos en ligne, a fait sensation sur les réseaux sociaux.

Sous le hashtag en arabe #malédiction_des_pharaons, de nombreux internautes ont associé les récentes catastrophes survenues en Egypte à une « malédiction » qui aurait été provoquée par le déplacement des pharaons.

En une semaine, l’Egypte a connu le blocage du canal de Suez par un porte-conteneur, un accident de train qui a fait 18 morts à Sohag (sud) et la mort d’au moins 25 personnes dans l’effondrement d’un immeuble au Caire.

La « malédiction du pharaon » avait été évoquée par la presse dans les années 1920 après la découverte de la tombe de Toutankhamon, car des membres de l’équipe des archéologues auraient trouvé la mort dans des circonstances mystérieuses.

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