Le chef de Bezeq semble reconnaître avoir influencé la couverture de Netanyahu
Rechercher

Le chef de Bezeq semble reconnaître avoir influencé la couverture de Netanyahu

Dans des enregistrements qui ont fuité, la télévision israélienne a diffusé des conversations entre Shaul Elovitch et le directeur-général du site Walla

L'homme d'affaires israélien Shaul Elovitch arrive pour une prolongation de sa détention provisoire dans l'affaire 4000 au tribunal de première instance de Rishon Letzion, le 18 février 2018. (Flash90)
L'homme d'affaires israélien Shaul Elovitch arrive pour une prolongation de sa détention provisoire dans l'affaire 4000 au tribunal de première instance de Rishon Letzion, le 18 février 2018. (Flash90)

Un magnat des affaires israélien, au centre d’une enquête pour corruption impliquant Benjamin Netanyahu, a paru reconnaître avoir influencé la couverture médiatique du site d’information Walla au bénéfice du Premier ministre en amont des élections générales de 2015 dans des retranscriptions qui ont été diffusées vendredi par la télévision israélienne.

L’actionnaire majoritaire de Bezeq, Shaul Elovitch, risque d’être inculpé pour pots-de-vin dans l’Affaire 4000. Dans ce dossier, le Premier ministre est soupçonné d’avoir fait avancer des décisions régulatoires au profit d’Elovitch en échange d’une couverture positive de ses actions sur le site Walla, propriété de Bezeq.

Dans une retranscription qui n’a pas été datée et qui a été rendue publique par la Douzième chaîne – la dernière d’une longue série de fuites émanant des enquêtes – Elovitch semble se référer aux initiatives prises en sa faveur par Netanyahu tout en échangeant avec le directeur-général de Walla, Ilan Yeshua, qui aurait enregistré ces conversations avec Elovitch et qui les aurait ultérieurement remises aux enquêteurs de police.

« Ce que fait [Netanyahu]… Je n’aurais jamais pensé qu’il pourrait faire des choses comme ça », dit Elovitch à Yeshua. « Il va contre tout le monde sur tout – du plus petit au plus grand. Je me sens en permanence son obligé ».

Le directeur-général de Walla, Ilan Yeshua. (Capture d’écran : YouTube)

Yeshua répond alors : « C’est pour ça que je viens aujourd’hui ».

Les deux hommes semblent alors discuter de la couverture des actions de Netanyahu avant le scrutin de 2015 et de la mise en conformité du nouveau site avec les demandes faites par le Premier ministre.

« J’ai entendu dire par quelqu’un – ce docteur qui est son ami, qui est chez lui tout le temps… Il m’a dit que Netanyahu était prêt à mourir pour moi », explique Elovitch. L’individu auquel se réfère ce dernier à ce moment-là reste néanmoins indéterminé.

En réponse, Yeshua déclare que « Ecoute, tu lui as amené les élections sur un plateau. Ce n’est pas une blague ».

Elovitch n’évoque pas directement les propos de Yeshua, disant que « ce ne sont pas des requêtes anormales qu’ils soumettent. C’est complètement normal ».

Dans ces retranscriptions, Elovitch semble évoquer le renvoi d’Avi Berger, directeur général du ministère des Communications. Berger s’était opposé à l’achat par Bezeq de la chaîne par satellite Yes au groupe Eurocom d’Elovitch, dont l’homme d’affaires devait profiter de manière significative.

Berger avait été limogé après la prise de fonction de Netanyahu au poste de ministre des Communications, après les élections de 2015. Il avait été remplacé par Shlomo Filber, un proche du Premier ministre.

« Vous savez ce qu’il a laissé là-bas », dit Elovitch au sujet du mandat de Berger au ministère.

« Tous les pièges possibles », riposte Yeshua.

Elovitch dit également que Filber est un « bulldozer » et qu’il fait tout ce qu’il y a à faire. Filber est ultérieurement devenu témoin de l’accusation dans le dossier.

L’ancien directeur général du ministère de la Communication Avi Berger. Le 6 janvier 2014. (Miriam Alster/FLASH90)

Mercredi, la Treizième chaîne a publié des fuites de correspondance dans laquelle l’ancien aide de Netanyahu – devenu témoin de l’accusation dans l’affaire – donne des ordres à Yeshua, lui dictant la couverture médiatique de Walla. Ce dernier lui demande pour sa part d’approuver des embauches de journalistes.

Hefetz est devenu témoin de l’accusation après avoir été arrêté et interrogé pendant deux semaines. Il aurait fourni aux procureurs des informations essentielles sur la période où il avait servi d’interlocuteur informel entre Netanyahu et Elovitch et Walla.

Selon ce reportage diffusé à la télévision, Yeshua aurait envoyé à Hefetz une interview accordée à Walla par Netanyahu pour révision avant sa publication – sans que le journaliste et rédacteur n’en soit informé. Avant le scrutin de 2015, une correspondance entre les deux hommes montre Yeshua se conformer aux ordres de Hefetz sur la diffusion en direct d’un rassemblement de droite.

Le jour des élections, au mois de mars 2015, Hefetz écrit que « j’ai montré à Bibi [Netanyahu] le principal titre. Il est ravi ».

« La vidéo que vous avez demandé est le principal titre », écrit Yeshua, se référant au clip devenu de triste mémoire sur les Arabes qui se déplaceraient « en foule » dans les bureaux de vote, pour lequel le Premier ministre avait ultérieurement présenté des excuses.

Hefetz aurait également encouragé Yeshua à effacer la correspondance en réalisant qu’elle pourrait éventuellement avoir un effet boomerang.

« Evidemment », répond alors Yeshua à tel message envoyé par Hefetz. « Je l’efface chaque jour ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Nir Hefetz, à gauche, lorsqu’il était à la tête de l’administration d’information nationale, arrivent à la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le dimanche 27 décembre 2009 (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Cette conversation entre Hefetz et Yeshua a été rendue publique quelques heures après la violation par le ministre de la Justice Amir Ohana d’un embargo judiciaire en clamant que la police avait exercé des pressions sur Hefetz pour qu’il accepte de témoigner contre Netanyahu en révélant une affaire extraconjugale. Hefetz a nié cette allégation et le procureur-général Avichai Mandelblit a déclaré qu’Ohana avait mal présenté les événements.

Selon des informations diffusées par la télévision israélienne, Mandelblit souhaiterait prendre une décision sur l’éventuelle inculpation de Netanyahu dans ces affaires de corruption d’ici la fin novembre.

Dans un projet d’acte d’inculpation publié au mois de février, Mandelblit a présenté des accusations de corruption, de fraude et d’abus de confiance à l’encontre du Premier ministre dans l’Affaire 4000, ainsi que de fraude et d’abus de confiance dans deux autres dossiers, les Affaires 1000 et 2000.

Netanyahu, qui nie tout acte répréhensible, a affirmé à plusieurs reprises qu’il était victime d’une chasse aux sorcières de la part des médias, de la gauche, de la police et du ministère public, dans le but de l’évincer du pouvoir.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...