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Le chef du comité organisateur qatari de la Coupe du monde suscite la polémique

"La mort fait partie du cycle de la vie", a dit Nasser Al Khater en évoquant la mort d'un ouvrier immigrant pendant le tournoi ; Human Rights Watch déplore son "mépris flagrant"

Nasser al-Khater, patron du  comité organisateur de la Coupe du monde, pendant une interview avec l'AP à Doha, le 29 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Vadim Ghirda, file)
Nasser al-Khater, patron du comité organisateur de la Coupe du monde, pendant une interview avec l'AP à Doha, le 29 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Vadim Ghirda, file)

Le chef du comité organisateur de la Coupe du monde au Qatar a été vivement critiqué pour avoir déclaré que la mort récente d’un travailleur immigrant pendant la compétition faisait partie « du cycle de la vie », a fait savoir le Guardian vendredi.

« La mort fait partie du cycle de la vie – que ce soit au travail, que ce soit quand elle survient pendant votre sommeil », a répondu Nasser Al Khater qui était interrogé sur la mort d’un ouvrier philippin, tué alors qu’il faisait des réparations dans un complexe qui avait servi comme base d’entraînement de l’équipe saoudienne pendant la Coupe du monde.

« Actuellement, l’enquête sur l’incident est encore en cours et nous tentons de déterminer ce qui est arrivé et comment c’est arrivé. Et nous sommes profondément attristés face à ce qui s’est passé », a ajouté Al Khater.

L’homme réparait des lumières à Sealine Beach, un complexe formé de villas, a fait savoir le site internet américain The Athletic.

Le site a ajouté que la victime aurait glissé d’une rampe alors qu’elle marchait le long d’un chariot élévateur, ajoutant que l’individu serait tombé la tête la première sur le béton. Les lieux avaient servi de base pour l’équipe saoudienne avant son élimination pendant la phase de groupes.

Selon The Guardian, Al-Khater se serait interrogé sur la volonté affichée par les journalistes de parler de la mort de l’ouvrier.

« Nous sommes au beau milieu de la Coupe du monde », aurait-il expliqué. « Et nous avons aujourd’hui une belle Coupe du monde. Est-ce que vous voulez réellement parler de ça maintenant ? Un ouvrier est mort, nous présentons nos condoléances à sa famille mais c’est étrange que vous vouliez ainsi vous focaliser là-dessus dès votre première question ».

Des bateaux avec des drapeaux aux couleurs des pays qualifiés pour les quarts de finales avec Doha en arrière-plan, au Qatar, le 7 décembre 2022. (Crédit : AP Photo/Frank Augstein)

« Vous voyez, la mort des ouvriers, ça a été un sujet important pendant la Coupe du monde. Tout ce qui a été dit, tout ce qui a été avancé sur la mort des ouvriers était un mensonge absolu, » a-t-il continué. « Nous sommes un peu déçus que les journalistes aient exagéré ce faux narratif ».

Human Rights Watch a indiqué au Guardian que les propos tenus par Al Khater démontraient « un mépris flagrant à l’égard de l’ouvrier immigrant qui est décédé ».

« Sa déclaration selon laquelle ce type de décès peut arriver et que lorsqu’il y en a, cela relève ‘du cycle de la vie’, ignore une réalité : c’est celle que de nombreux décès d’ouvriers immigrants étaient parfaitement évitables », a commenté une porte-parole, Rothna Begum.

Ella Knight, qui s’occupe des droits des migrants lorsqu’ils travaillent à l’étranger au sein d’Amnesty International, a pour sa part confié au journal que l’affirmation faite par Khater sur les enquêtes systématiques qui avaient eu lieu lors de chaque mort était « tout simplement mensongère ».

Le Qatar a été très critiqué pour les conditions de travail des ouvriers immigrants lors des constructions massives qui ont eu lieu dans le pays pour pouvoir accueillir la Coupe du monde, avec notamment des travaux qui ont été à hauteur de 200 milliards de dollars pour faire sortir de terre des stades flambants neufs, des lignes de métro et d’autres types d’infrastructures.

La semaine dernière, un haut-responsable du comité organisateur qatari, Hassan al-Thawadi, a estimé que le nombre d’ouvriers morts pendant ces travaux gigantesques avait été « entre 400 et 500 », ce qui est un chiffre beaucoup plus élevé que celui qui avait été initialement avancé par Doha.

Le patron de la Coupe du monde avait ultérieurement indiqué qu’il s’était référé au nombre de décès enregistrés au travail pour les années 2014 à 2020 dans tout le pays, et pas spécifiquement sur les chantiers de la Coupe du monde.

Les responsables qataris avaient précédemment annoncé qu’il y avait eu trois morts pendant les travaux de construction des stades pour le tournoi et 37 décès supplémentaires d’ouvriers qui travaillaient sur les chantiers des stades, ajoutant que ces décès n’étaient pas liés à leur travail.

Cette photo d’archive du 20 décembre 2019 montre les travaux de construction du stade Lusail, l’un des stades de la Coupe du monde 2022, à Lusail, au Qatar (AP Photo/Hassan Ammar)

Les groupes de défense des droits de l’Homme avancent, pour leur part, le chiffre de 6 000 morts sur les chantiers.

Amnesty International cherche à rassembler plus de 400 millions de dollars pour verser des indemnités aux familles des victimes mais la FIFA, qui est responsable du football international, n’a pas donné son accord à cette initiative, selon le Guardian.

La Coupe du monde a suscité des controverses multiples – qui vont de la mort et des conditions de vie des ouvriers immigrants à l’impact sur l’environnement des stades climatisés, en passant par le positionnement adopté par le pays à l’égard des droits des LGBTQ, des femmes et des minorités.

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