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Le chef du mouvement réformé américain s’exprime sur Ben Gvir et Smotrich

Pour le rabbin Rick Jacobs, il est "inimaginable" que les deux députés d'extrême-droite "soient le visage d'Israël à l'heure de la modernité"

Le rabbin Rick Jacobs, à la tête de l'Union pour le Judaïsme réformé, dans son bureau de New York au mois de mai 2022. (Crédit :  Judah Ari Gross/Times of Israel)
Le rabbin Rick Jacobs, à la tête de l'Union pour le Judaïsme réformé, dans son bureau de New York au mois de mai 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Le responsable américain de l’Union pour le judaïsme réformé a indiqué dimanche que l’éventuelle désignation du leader d’extrême-droite Itamar Ben Gvir au poste de ministre de la Sécurité intérieure s’apparentait « à la nomination de David Duke, l’un des chefs du KKK, au poste de procureur-général ». Le rabbin Rick Jacobs a tenu ces propos au cours d’un entretien avec le site d’information Ynet.

« Nous sommes très inquiets au sujet de l’existence d’Israël et de la place du pays dans le monde », a-t-il ajouté, affirmant que Ben Gvir est « une personnalité qui a fait carrière dans la haine et dans l’encouragement de la violence ».

« La majorité des Juifs américains trouve inimaginable que des gens comme Ben Gvir ou comme Smotrich deviennent le visage et la voix d’Israël à l’heure de la modernité », a-t-il ajouté. « Sincèrement, c’est une pensée effrayante. »

Smotrich dirige le parti HaTzionout HaDatit, d’extrême-droite, qui s’est présenté avec Otzma Yehudit dans le cadre d’une liste commune.

Jacobs a vivement recommandé au Premier ministre désigné Benjamin Netanyahu « d’examiner les conséquences pour l’État d’Israël et pour les Juifs de la diaspora » de la présence des deux députés d’extrême-droite au sein de son cabinet ministériel.

Le chef du parti Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir, lors d’une cérémonie en l’honneur du défunt leader extrémiste juif, le rabbin Meir Kahane, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Suite à sa victoire aux élections, au début du mois, Netanyahu a lancé des négociations avec son bloc de droite, d’extrême-droite et religieux dans le but de former une coalition. Ben Gvir réclame le ministère de la Sécurité intérieure – qui a notamment la charge de superviser la police israélienne – tandis que Smotrich insiste pour obtenir le portefeuille de la Défense ou des Finances.

Jacobs a expliqué que la nomination de Ben Gvir à ce poste et de Smotrich à une autre haute fonction entraînerait probablement l’opposition de l’administration Biden, laissant entendre que Ben Gvir pourrait être interdit d’entrée aux États-Unis.

« Est-ce que les responsables, à Washington, voudront leur parler ? Il y a un grand point d’interrogation », a-t-il dit, faisant remarquer que les postes revendiqués par les deux députés avaient une influence sur des dossiers qui vont bien au-delà des seules affaires israéliennes.

« Cela nécessite des interactions avec des personnalités du monde entier », a-t-il déclaré. « Je peux imaginer que de nombreux dirigeants trouveront très difficile de les rencontrer. Les hauts responsables, aux États-Unis, vont avoir des difficultés à s’entretenir avec un gouvernement qui comprend Smotrich et Ben Gvir. »

« Je ne pense pas que ce soit non-démocratique de refuser de les rencontrer », a-t-il ajouté. « Les Israéliens ont le droit de choisir qui ils veulent mais ils doivent comprendre les conséquences de ces choix et le prix à payer qu’ils induisent. »

Il a souligné que « nous ne vous quittons pas, les Israéliens, mais il sera incroyablement difficile de convaincre celles et ceux qui s’interrogent sur certaines politiques israéliennes que nous n’assistons pas à un tournant radical à droite ».

Le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, à gauche, rencontre Bezalel Smotrich, le responsable de Hatzionout HaDatit, le 15 novembre 2022. (Crédit : Likud)

Parmi les politiques prônées par Otzma Yehudit : l’expulsion de tous les Arabes « déloyaux » du pays et l’assouplissement des règles qui encadrent le droit des soldats à tirer à balle réelle. HaTzionout HaDatit et les partis ultra-orthodoxes qui sont aussi dans le bloc de Netanyahu ont émis la demande, au cours des négociations de coalition, de supprimer la clause dite « des petits-enfants » dans la Loi du Retour israélienne, ce qui restreindrait l’immigration en la limitant aux convertis et aux enfants d’une mère juive – et qui ne concernerait donc plus les petits-enfants ayant un grand-parent juif qui, jusqu’à présent, pouvaient s’installer et vivre en Israël.

Jacobs a évoqué en particulier ces changements.

« La Loi du Retour est l’un des fondements du sionisme », a-t-il expliqué. « Avec la recrudescence actuelle de l’antisémitisme, ce changement serait douloureux et il endommagerait la relation étroite que nous entretenons. »

HaTzionout HaDatit s’est présenté sur une liste commune avec Otzma Yehudit lors du scrutin – une alliance qui intégrait également Avi Maoz, chef de la faction anti-LGBT Noam. Les trois partis ont annoncé, dimanche, qu’ils se séparaient et qu’ils siégeraient de manière indépendante à la Knesset.

Le Likud a été très critiqué pour sa promotion des partis d’extrême-droite qui ont des positionnements extrêmes qui vont bien au-delà des siens – réclamant l’inégalité entre Juifs et Arabes, l’expulsion des citoyens « déloyaux » et la limitation des droits des membres de la communauté LGBT.

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