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Le chef spirituel de Bezalel Smotrich soutient l’instauration d’une théocratie

Les droits individuels ne seraient pas mis en cause mais seule la conversion orthodoxe serait permise, dit le rabbin Chaim Druckman ; Liberman évoque "l'État des ayatollahs"

Le président de Hatzionout HaDatit  Bezalel Smotrich, à droite, avec le chef spirituel du parti, Chaim Druckman, en 2022. (Autorisation)
Le président de Hatzionout HaDatit Bezalel Smotrich, à droite, avec le chef spirituel du parti, Chaim Druckman, en 2022. (Autorisation)

Le chef spirituel du parti Hatzionout HaDatit a indiqué vendredi qu’il était favorable à la transformation d’Israël en État qui serait gouverné par la loi religieuse, tout en insistant sur le fait que les droits individuels ne seraient pas entravés.

« Il n’y a aucun problème à mettre en place un État halakhique [basé sur la loi juive]. Comment les droits individuels pourraient-ils en souffrir ? Je ne comprends pas où est le problème. Nous parlons d’un État juif », a dit le rabbin Chaim Druckman dans un entretien accordé au quotidien Yisrael Hayom.

Smotrich lui-même a soutenu ce positionnement dans le passé – un positionnement qui avait été rapidement repoussé par le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, qui devrait par ailleurs devenir le prochain Premier ministre.

Mais l’influence politique de Smotrich s’est élargie de manière significative à l’issue du scrutin qui a eu lieu en date du 1er novembre, alors que son alliance Hatzionout HaDatit d’extrême-droite a remporté 14 sièges au Parlement israélien, multipliant ainsi par deux sa performance précédente dans les urnes. Il veut aujourd’hui être nommé ministre de la Défense et, s’il n’obtient pas ce portefeuille convoité, il pourrait hériter du ministère des Finances – une demande qui a entraîné une impasse dans les négociations de coalition menées par Netanyahu pour former un gouvernement.

Druckman et d’autres rabbins influents du camp nationaliste-religieux ont demandé à Smotrich de ne pas renoncer à sa demande du ministère de la Défense. Ces chefs spirituels du mouvement pro-implantation considèrent que la nomination du président de Hatzionout HaDatit à la Défense serait une nouvelle opportunité de faire glisser encore à droite la politique menée par Israël en Cisjordanie et de faire disparaître définitivement la perspective d’une solution à deux États.

Druckman a refusé d’entrer dans les détails concernant le ministère dont, selon lui, Smotrich devrait hériter mais il a déclaré que ce dernier méritait d’occuper un poste de premier plan.

Le chef du parti HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, s’adressant à ses partisans lors de l’annonce des résultats des élections israéliennes, au siège de campagne du parti, le 1er novembre 2022. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

« Peut-être qu’on a, dans le passé, tenu Hatzionout HaDatit pour acquis – mais ça ne se passera pas comme ça cette fois », a dit Druckman à Yisrael Hayom.

Netanyahu est réticent à l’idée de confier à Smotrich le poste de la Défense. Des sources du Likud auraient laissé entendre auprès des médias qu’une telle nomination risquait de nuire aux liens avec les États-Unis, qui veulent que le calme se maintienne en Cisjordanie du point de vue de la sécurité et qui veulent également conserver la possibilité, à terme, de mettre en place une solution à deux États.

Druckman ne partage pas le même point de vue et il a indiqué qu’il souhaitait que le nouveau gouvernement « permette aux Juifs de s’implanter partout où c’est possible » et qu’il annexe également les implantations israéliennes en Cisjordanie.

« Cette terre est la terre d’Israël et sur la terre d’Israël, les Juifs doivent être autorisés à s’implanter partout », a-t-il commenté.

Alors qu’il lui était demandé ce qu’il entendait, en pratique, par un « État halakhique », Druckman a expliqué soutenir une législation qui ne reconnaîtrait que les conversions orthodoxes – en opposition à celles qui sont effectués par des rabbins Massortis ou réformés. Actuellement, Israël reconnaît officiellement les conversions non-orthodoxes à des fins de citoyenneté, une initiative qui n’a des implications pratiques que limitées mais qui est un affront symbolique profond à l’égard des mouvements Massorti et réformé.

Druckman a reconnu que de nombreux responsables juifs de la diaspora s’opposaient à une telle proposition mais il a laissé entendre que l’opinion de ces derniers avait d’autant moins de légitimité que l’assimilation des Juifs était croissante à l’étranger. Druckman a indiqué que les Juifs de la diaspora devaient comprendre que la majorité, en Israël, voulait que seules les conversions orthodoxes soient reconnues, même s’il n’a pas donné de chiffre soutenant ce positionnement.

Une minibus de transport public du Shabbat descend la rue Ibn Gabirol à Tel Aviv le 22 novembre 2019. (Capture d’écran : Ynet)

Le rabbin national-religieux a précisé qu’il était favorable à la suppression de tous les transports publics à Shabbat.

Il a dit qu’il était conscient de l’opposition à ses points de vue concernant un État halakhique mais il a exprimé que cette dernière était explicable par l’ignorance de ce qu’est la loi juive.

« Peut-être croient-ils qu’on va leur mettre un streimel sur la tête », a-t-il dit, se référant au chapeau traditionnel en fourrure porté par certains juifs hassidiques. « Enfin, c’est absurde ».

Concernant la faction anti-LGBT Noam, qui fait partie de l’alliance Hatzionout HaDatit, Druckman a fait part de sa sympathie à l’égard de certains de ses positionnements.

Il a établi clairement qu’il n’appréciait pas toujours le style de la formation et la manière dont elle prétend être la faction la plus soucieuse de renforcer l’identité juive en Israël « mais pour l’essentiel, je suis d’accord avec ce qu’elle défend ».

Druckman a ajouté que ceux qui considèrent comme une forme de coercition les efforts livrés par Noam pour faire reculer les droits de la communauté LGBT devaient réaliser que c’était le camp opposé qui tentait d’exercer de la coercition. Il a utilisé l’exemple des nouvelles cases figurant sur certains formulaires gouvernementaux « Parent 1 » et « Parent 2 », qui prennent la place de « Père » et « Mère  » – une substitution qui s’explique par le fait que certains enfants ont dorénavant des parents de même sexe.

Des panneaux d’affichage du parti Noam sur les autoroutes de Tel Aviv qui disent « Israël choisit d’être normal ». (Autorisation)

« Le père et la mère, c’est quelque chose qui existe depuis des générations et on devrait changer les choses maintenant parce que quelqu’un a décidé d’innover ? C’est celui qui veut innover qui cherche à exercer de la coercition ici », a-t-il ajouté.

Druckman, 90 ans, a aussi exprimé son soutien au prochain plan probable du gouvernement de multiplier par deux les allocations versées aux étudiants de yeshiva, avec de l’argent sorti de la poche des contribuables. Il a affirmé que les frais d’université, en Israël, étaient souvent subventionnés par le gouvernement, insistant sur le fait que les frais payés par les étudiants orthodoxes devaient être considérés de la même manière. Les critiques affirment que l’absence d’études du tronc commun, dans ces institutions religieuses, prive leurs élèves des outils indispensables pour entrer sur le marché du travail, faisant peser un fardeau supplémentaire sur l’économie.

Druckman a salué le programme Hesder de l’armée, que Smotrich avait suivi, disant que cette alliance de l’étude de la Torah et du service militaire était idéale pour les jeunes hommes : « Je les considère comme les soldats du roi David », a-t-il noté.

Le leader de Hatzionout HaDatit Bezalel Smotrich rencontre des rabbins sionistes religieux de premier plan le 13 novembre 2022. (Crédit : Hatzionout HaDatit)

Évoquant la possibilité que le prochain gouvernement adopte une législation qui permettrait de rejeter les décisions prises par la Cour suprême, Druckman a dit être favorable à cette proposition.

« La Cour a une valeur très grande, mais avec certaines limites. Il est nécessaire de mettre des limites dans la mesure où nous avons bien constaté que ces limites avaient été franchies », a-t-il déclaré, sans donner d’exemple. « Il est inacceptable que tout le monde soit paralysé à l’issue d’une décision de justice. Dans un pays démocratique, c’est le peuple qui décide ».

L’interview accordée par Druckman et son soutien apporté à un État halakhique en particulier a suscité un tollé parmi les députés qui devraient rejoindre l’opposition

Sur Twitter, la cheffe d’Avoda, Merav Michaeli, a écrit que l’ordre du jour du rabbin était « le plan d’action de Smotrich ».

« Si vous pensez que tout va s’arrêter à la Une d’un journal, vous avez tort. C’est la vision qu’ont ces hommes pour l’État d’Israël dans vingt ans. Religieux. Fondamentaliste. Messianique », a-t-elle écrit.

La ministre des Transports Merav Michaeli lors d’une conférence de la Israeli Television News Company à Rishon LeZion, le 20 octobre 2022. (Crédit: Avshalom Sassoni/Flash90)

« C’est la sonnette d’alarme pour les libéraux – les laïcs et les religieux. Il est temps de présenter sans crainte notre vision juive, sioniste et libérale et il est temps de nous battre pour cette vision – et de nous battre de toutes nos forces », a-t-elle poursuivi dans son post.

Le président de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, est allé encore plus loin, disant vendredi devant les caméras de la Douzième chaîne que Smotrich et ses partisans voulaient transformer Israël « en État des ayatollahs ».

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