Le conflit au sein de la coalition s’intensifie
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Le conflit au sein de la coalition s’intensifie

Le parti de Benny Gantz rejette les "blablateries" de Miki Zohar ; Lapid déclare que le vote de défiance de lundi est une "décision simple"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)

Les allégations selon lesquelles Kakhol lavan négocierait pour former une coalition alternative ont généré de nouvelles luttes intestines dimanche. Un allié clé du Premier ministre a ainsi déclaré que le parti centriste n’était plus un partenaire du Likud au sein du gouvernement et représentait un « danger pour la nation ».

« Kakhol lavan a conclu un accord avec [le chef de Yesh Atid Yair] Lapid sur la formation d’un gouvernement minoritaire avec Balad et la Liste [arabe] unie. Il s’avère qu’ils sont revenus une fois de plus à l’option d’Ayman Odeh et d’Ahmad Tibi », a déclaré le député Likud Miki Zohar, citant deux hommes politiques du principal parti arabe israélien. « Kakhol lavan n’est plus un partenaire de coalition, mais un danger pour la nation. »

Kakhol lavan a répondu : « Miki, même au Likud, vous n’êtes pas pris au sérieux. Continuez à blablater parce que c’est la seule chose que vous savez faire, et pas vraiment bien. »

Depuis sa formation, le gouvernement est déchiré par des querelles entre le Likud de Netanyahu et le groupe Kakhol lavan de Gantz. Zohar a fait cette déclaration un jour avant la déposition à la Knesset d’une motion de censure, par le chef de Yesh Atid et le leader de l’opposition Yair Lapid, qui entraînerait la dissolution de la coalition si elle remportait 61 voix – un scénario très improbable.

Le député Likud Miki Zohar réagit lors d’une réunion à la Knesset, le 13 janvier 2020. (Hadas Parush/Flash90)

« Au bout du compte, il s’agit d’une décision simple. Soit ils font confiance au Netanyahu défaillant, soit ils ne lui font pas confiance. Tout le reste n’est qu’excuses de politiciens lâches. Demain, c’est le test », a tweeté Lapid.

Le parti d’opposition de droite Yamina a déclaré qu’il ne soutiendrait pas la mesure.

Lapid a appelé le ministre de la Défense Benny Gantz et le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi à rompre les rangs de la coalition pour voter aux côtés de l’opposition, et a demandé au Parti travailliste, qui a rejoint la coalition au pouvoir malgré ses nombreuses promesses de campagne, de les imiter. Gantz et Ashkenazi sont tous deux d’anciens partenaires de Lapid, qui a divisé la liste centriste pour rejoindre le gouvernement de Netanyahu.

Le leader de l’opposition Yair Lapid de Yesh Atid-Telem lors d’un entretien avec l’AFP à son bureau de la Knesset, à Jérusalem, le 14 septembre 2020. (Emmanuel Dunand/AFP)

Le député Meir Cohen de Yesh Atid a déclaré à la radio de l’armée qu’ils s’efforçaient de convaincre leurs anciens partenaires de s’allier à eux pour le vote.

« Ce n’est ni un stratagème ni une farce, c’est une occasion. Tout est mis en oeuvre pour convaincre le parti Kakhol lavan. Nous voyons ce qui se passe et nous avons peine à croire en cette réalité si difficile dans laquelle nous sommes tombés », a-t-il déclaré.

Cependant, contrairement au tableau brossé par Yesh Atid, le soutien de Kakhol lavan et des travaillistes ne suffirait pas pour obtenir une majorité à la Knesset. En fait, aucune coalition alternative n’est probable sans le soutien de partis aussi diamétralement opposés que Yamina et Meretz, ou la Liste arabe unie et le parti d’extrême droite Yisrael Beytenu. Lapid n’a pas non plus précisé qui dirigerait un tel gouvernement, un point de discorde probable.

Une source anonyme de Kakhol lavan a affirmé samedi à la chaîne publique Kan que les membres du parti étaient en pourparlers avec des députés anonymes du Likud sur la possibilité de former un gouvernement alternatif si le gouvernement devait tomber.

Samedi également, le député Likud Gideon Saar, le principal rival de Netanyahu au sein du Likud, a quitté son poste au sein de la commission de la Constitution, du droit et de la justice de la Knesset, affirmant que la réglementation d’urgence pour le coronavirus avait transformé la législature en béni-oui-oui pour le gouvernement.

La chaîne Kan a également rapporté que Kakhol lavan essayait de gagner le soutien des députés Zvi Hauser et Yoaz Hendel pour un gouvernement minoritaire qui serait soutenu de l’extérieur par la Liste arabe unie, comme une autre possibilité.

Les deux députés de droite ont rejeté cette option par le passé en raison de la présence de la faction nationaliste palestinienne Balad au sein du parti de la Liste arabe unie, et dimanche, Hauser a réaffirmé sa position.

Le député Zvi Hauser lors d’une réunion de la commission de la Knesset le 20 mai 2019. (Hadas Parush/Flash90)

« Nous avons des principes et nous ne les changeons pas », a déclaré Hauser dans une vidéo mise en ligne. « Lapid veut de nouveau troller le pays et essayer de former un gouvernement avec la Liste arabe unie. Nous avons beaucoup en commun avec les Arabes israéliens, mais nous n’avons rien en commun avec Balad et leurs acolytes – ceux qui, à chaque occasion, défendent le Hamas, le Hezbollah et Assad. »

La lutte pour le budget s’intensifie

Samedi, le ministre des Sciences et de la Technologie, Izhar Shay de Kakhol lavan, a accusé le Likud de refuser d’élaborer un budget pour l’année prochaine, car l’absence de budget nécessiterait la rupture du gouvernement et de nouvelles élections. Selon un accord de coalition entre le Likud et Kakhol lavan, Netanyahu ne peut rester Premier ministre dans un gouvernement intérimaire que si celui-ci tombe suite à un échec de l’adoption d’un budget, acte que le Premier ministre a été accusé d’orchestrer.

Izhar Shay à la Knesset, le 29 avril 2019 (Noam Revkin Fenton/Flash90)

« Le Likud a annoncé cette semaine… qu’il ne préparera pas de budget [2021] en vue de démanteler le gouvernement. La mèche est vendue. Le Likud prévoit de se jouer de neuf millions de citoyens, dont bon nombre de leurs électeurs, pour un coup politique cynique. Nous ne le permettrons pas », a déclaré Shay à l’émission “Rencontre avec la presse” de la Douzième chaîne.

Cependant, le ministre de l’Energie Yuval Steinitz du Likud a déclaré dimanche que c’était Kakhol lavan qui ne respectait pas sa part du marché.

« Je suis en faveur du maintien des accords, mais ils auraient clairement pu faire davantage pour en respecter l’esprit », a-t-il déclaré à la radio de l’armée.

La dissolution de la Knesset n’a été évitée que de justesse en août, lorsque la loi retardant l’adoption du budget de l’État à la fin décembre est passée en dernière minute. Si la Knesset ne parvient pas à adopter de budget à la nouvelle date, le pays entrera dans de nouvelles élections – les quatrièmes en presque deux ans.

Les partis se battent depuis des mois pour le budget de l’État. Le Premier ministre insiste pour ne pas adopter de budget pour 2021 cette année – en violation des accords de coalition.

Netanyahu affirme que sa volte-face est due à la nature imprévisible de la pandémie de coronavirus, tandis que Gantz soupçonne qu’elle fait partie d’un complot visant à lui refuser le poste de Premier ministre qu’il doit occuper l’année prochaine, comme l’exige un accord de rotation.

L’accord de partage du pouvoir entre les parties stipule que Gantz deviendra Premier ministre en novembre 2021. Il précise également que si un parti rompait la coalition pour convoquer des élections, l’autre parti prend automatiquement le poste de Premier ministre en vue d’un nouveau vote national. Seule exception à cette règle, le budget de l’État. Si le budget de l’État n’est pas adopté dans le délai légal, des élections seraient automatiquement organisées et le Premier ministre conserverait son poste. Cela est considéré comme une faille, permettant à Netanyahu d’avoir une « ouverture » vers des élections sans perdre son siège.

Netanyahu dispose actuellement de deux ouvertures de ce type : l’adoption du budget 2020, longtemps retardé, d’ici le 23 décembre, et du budget 2021 d’ici le mois de mars de l’année prochaine. Le non-respect de l’une ou l’autre de ces échéances déclenchera des élections automatiques.

Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du plénum de la Knesset le 24 août 2020. (Bureau du porte-parole de la Knesset)

Le parti Kakhol lavan souhaite que le budget 2020-2021 soit adopté d’ici décembre, afin d’éviter que Netanyahu n’ait l’option d’aller aux urnes en mars. De son côté figure l’accord de coalition, qui stipule qu’un budget de deux ans sera adopté cette année.

Selon des sondages, Kakhol lavan tomberait à 8-10 sièges si des élections avaient lieu aujourd’hui. Le Likud voit également ses perspectives s’assombrir, avec un sondage de la semaine dernière montrant qu’il est tombé à 26 sièges, soit trois de plus que le parti nationaliste de droite Yamina.

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