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Le débat sur la conscription entrave les efforts d’enrôlement des Haredim – opposition

Les médias et les politiciens ultra-orthodoxes ont souligné la contribution apportée par les Haredim à la sécurité nationale après qu'un membre de la Brigade hasmonéenne et un étudiant de yeshiva ont neutralisé des terroristes lors d'un attentat

Le député Shas Yinon Azoulai parlant lors d'un débat de la commission parlementaire de la Knesset, le 17 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le député Shas Yinon Azoulai parlant lors d'un débat de la commission parlementaire de la Knesset, le 17 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les députés de l’opposition ont accusé lundi la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu de perdre son temps avec des « discussions marathon » sur la question de la conscription des ultra-orthodoxes, arguant que le débat sur la législation régissant cette question avait entravé les efforts qui visent par ailleurs à mobiliser les membres de la communauté.

« Il existe déjà aujourd’hui une loi qui oblige tout le monde à s’enrôler », et « les débats, ici-même, entraînent un retard », s’est agacé le député Elazar Stern (Yesh Atid), ancien chef de l’Administration des ressources humaines de Tsahal, prenant la parole devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset lors de sa deuxième audience consacrée au projet de loi controversé en l’espace de quarante-huit heures.

« La majorité des membres de la coalition, ici présente, comprend très clairement qu’elle travaille sur une mesure temporaire qui répondra à des besoins politiques », a convenu son collègue Meir Cohen, député élu sous l’étiquette de Yesh Atid, faisant référence à des informations récentes qui ont laissé entendre que le président de la commission, Boaz Bismuth, soutenait l’adoption d’un « règlement d’urgence » en temps de guerre, un règlement qui permettrait de recruter immédiatement suffisamment de soldats pour combler le manque d’effectifs de l’armée, tout en levant les sanctions contre les ultra-orthodoxes qui se dérobent à l’appel sous les drapeaux.

« Les discussions marathons n’ont pas réellement pour objectif de promouvoir la conscription » mais elles visent à obtenir le soutien des ultra-orthodoxes pour le budget de l’État 2026, a estimé Sharon Nir, députée de la faction Yisrael Beytenu et ancienne générale de brigade au sein de l’armée israélienne.

« Le gain dans tout ça, c’est l’adoption de la loi sur l’échappatoire qui permet de se soustraire au service militaire. Si tout ce que nous avons pu faire n’a pas permis de traiter le sujet de ces lourdes sanctions, cela veut dire qu’après 40 discussions, nous revenons encore en arrière dans la mesure où la question des sanctions et de leur mise en vigueur n’a toujours pas été prise en compte. Ce qui revient tout simplement à jeter à la poubelle tous les échanges qui ont eu lieu ici », a-t-elle déploré, insistant sur le fait que « tous ceux qui ne s’enrôlent pas dans l’armée israélienne doivent faire l’objet de sanctions : pas de financement pour les yeshivot, pas de subventions pour les crèches, pas de réductions d’impôts fonciers, rien ».

Nir a tenu ces propos peu après que la Haute Cour de justice a statué que les subventions dont bénéficient les étudiants ultra-orthodoxes en yeshiva pour leurs cotisations à la Caisse national d’assurance, l’agence de sécurité sociale israélienne, devaient être supprimées. Ces subventions s’élèvent à environ 100 millions de shekels par an, selon le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël, l’un des principaux requérants dans cette affaire.

La députée Sharon Nir assistant à une conférence spéciale sur l’héroïsme des femmes pendant la guerre, à la Knesset à Jérusalem, le 13 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La décision s’est appuyée sur un arrêt qui avait été rendu par la Cour suprême au mois de juin 2024. Les juges avaient estimé qu’il n’existait plus de cadre juridique autorisant les étudiants ultra-orthodoxes en yeshiva à être exemptés du service militaire et que, par extension, il n’existait plus de cadre juridique permettant de maintenir les avantages financiers accordés par l’État à ces étudiants.

« Ne pas revenir en arrière dans les discussions »

Selon les estimations, environ 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement éligibles au service militaire – mais ils ne s’enrôlent pas. Tsahal a annoncé avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison des pressions qui sont actuellement exercées sur les soldats de carrière et sur les réservistes dans un contexte marqué par la guerre que mène Israël contre le Hamas à Gaza et alors que l’État juif est également appelé à relever d’autres défis.

Les deux partis haredim de la Knesset, le Shas et Yahadout HaTorah, ont poussé à l’adoption d’un projet de loi permettant à la plupart des hommes ultra-orthodoxes de continuer à échapper à la conscription militaire dans le sillage de la décision de justice qui a été rendue publique l’été dernier.

Après avoir pris la tête de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, cet été, Bismuth a relancé les discussions sur le projet de loi sur l’enrôlement, qualifié de « loi d’échappatoire » par ses détracteurs en raison de sa formulation initiale. L’ancien président de la commission, Yuli Edelstein, avait soumis une proposition beaucoup plus sévère que son remplaçant a abandonné.

Répondant aux préoccupations de Nir, la conseillère juridique de la commission, Miri Frenkel Shor, a indiqué aux députés qu’ils « ne faisaient pas marche arrière dans les discussions ».

Des soldats ultra-orthodoxes de la brigade Hasmonean participent à une cérémonie, après avoir suivi sept mois d’entraînement de base et avancé, au Mur occidental dans la vieille ville de Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/ Flash90)

« Lorsque nous avons discuté du projet de loi, nous avons abordé les questions principales. Les sections moins importantes ont été laissées pour des discussions ultérieures. Nous ne partons pas de zéro », a-t-elle déclaré. « Une fois que nous aurons vu quel cadre est exactement sur le point de se dessiner, nous conseillerons la commission sur l’opportunité de proposer une mesure temporaire ou permanente. L’objectif ultime de la législation est, en fin de compte, de promouvoir le recrutement ».

Lors d’un précédent débat qui a eu lieu dans la journée de dimanche, Frenkel Shor a exhorté le panel à adopter une loi provisoire susceptible de réglementer la question, disant que si le nombre de recrues haredim n’atteignait pas les objectifs fixés par l’armée israélienne, la mesure devrait être abrogée.

Répondant aux critiques émises par les députés de l’opposition, Bismuth a insisté sur le fait que sa commission était en train de « marquer l’Histoire ».

« Nous contribuons également »

La réunion de la commission de lundi a été brièvement interrompue après l’annonce d’un attentat terroriste survenu au carrefour Ramot, à Jérusalem. Six personnes ont été tuées et 12 personnes ont été blessées quand deux attaquants palestiniens ont ouvert le feu sur des véhicules et des piétons.

Les hommes armés ont été abattus par un commandant de brigade hors service de la nouvelle brigade militaire hasmonéenne, une brigade spécifiquement ultra-orthodoxe, et par un civil appartenant à la même communauté qui a fait usage de son arme de poing personnelle.

Les victimes de l’attaque meurtrière qui a eu lieu à Jérusalem, le 8 septembre 2025 : en haut, de gauche à droite : Levi Yitzhak Pash, Yisrael Matzner, 28 ans ; le rabbin Yosef David, 43 ans ; en bas, de gauche à droite : le rabbin Mordechai Steintzag, 79 ans ; Yaakov Pinto, 25 ans ; Sarah Mendelson, 60 ans. (Autorisation)

Leur rôle dans l’arrêt de l’attentat a été salué par des politiciens de tous bords – y compris par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui a dit qu’il était « fier des deux hommes ultra-orthodoxes qui, dans le cadre de nos réformes sur le permis de port d’armes, ont tiré sur les terroristes et ont mis fin à l’incident ».

Le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, et le chef de la formation Les Démocrates, Yair Golan – qui dénoncent avec férocité, tous les deux, le refus de la communauté haredi dans son ensemble de s’enrôler au sein de Tsahal – ont félicité le soldat, soulignant son appartenance ultra-orthodoxe et le qualifiant de « héros ».

Les médias de la communauté, pour leur part, ont mis l’accent sur le fait que les deux hommes étaient religieux, le site d’information Behadrei Haredim publiant un article d’opinion qui a établi un lien explicite entre leurs actions et le débat sur l’enrôlement des ultra-orthodoxes.

« Dans le discours public et politique, les ultra-orthodoxes sont souvent présentés comme ceux qui refusent de porter le fardeau, se tenant à l’écart pendant que d’autres défendent l’État. Le terme ‘réfractaire au service militaire’ est devenu courant, et les politiciens alimentent sans cesse cette stigmatisation. Mais la réalité sur le terrain refuse de s’aligner sur ce discours », a affirmé le site.

Le député Shas Yinon Azoulai parlant lors d’un débat de la commission parlementaire de la Knesset, le 17 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Un étudiant en yeshiva qui possède une arme personnelle et qui l’utilise pour sauver des vies ne reste pas en retrait. Un soldat ultra-orthodoxe dans une nouvelle brigade créée spécialement pour intégrer les membres de la communauté n’est pas absent. Dans les moments difficiles, il s’avère que le public ultra-orthodoxe est également présent sur le front physique », a continué l’article d’opinion.

Le député Shas Yinon Azoulay a également évoqué les faites lors de la réunion de la commission lundi, soulignant que non seulement les Haredim avaient neutralisé les terroristes, mais aussi que des membres de la communauté avaient figuré parmi les premiers intervenants qui ont soigné les blessés et pris en charge les corps sans vie des défunts.

« N’est-ce pas là le rôle des Haredim ? N’est-ce pas là une contribution apportée à la société ? », a-t-il demandé, précisant qu’il était lui-même bénévole au sein de l’organisation de premiers secours United Hatzalah.

« Notre communauté veut aussi une loi. Nous voulons une loi qui fasse le mieux possible. Nous l’avons dit ici, au sein de la commission. D’un côté, nous voulons protéger ceux qui étudient la Torah, et ceux qui ne le font pas devraient aller à l’armée », a ajouté Azoulay.

« Il doit y avoir une option pour qu’un ultra-orthodoxe puisse entrer dans l’armée en tant que Haredi et pour qu’il puisse en sortir toujours en tant que Haredi. L’armée doit fournir les conditions appropriées. Ceux qui étudient doivent pouvoir le faire en toute tranquillité. Ceux qui n’étudient pas doivent pouvoir s’engager dans l’armée en toute tranquillité, sachant que leurs besoins seront pris en compte », a-t-il poursuivi.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

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