Le « début d’une histoire » entre les anti-israéliens Corbyn et Mélenchon ?
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Le « début d’une histoire » entre les anti-israéliens Corbyn et Mélenchon ?

Les deux hommes entretiennent des relations très tendues avec les communautés juives de leur pays respectif et cultivent une critique d'Israël radicale

Jean-Luc Mélenchon a condamné "la violence et la cruauté sans borne du gouvernement d'Israël". Ici à Paris le 23 septembre 2017 (Crédit : AFP/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT)
Jean-Luc Mélenchon a condamné "la violence et la cruauté sans borne du gouvernement d'Israël". Ici à Paris le 23 septembre 2017 (Crédit : AFP/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT)

Jean-Luc Mélenchon tente-t-il de créer un « nouvel axe des non-alignés »? A Liverpool, lors du congrès annuel du Labour le 24 septembre dernier, il s’est entretenu (en espagnol) pendant près d’une heure avec le chef britannique du Labour Jeremy Corbyn avec qui il partage de nombreux points communs, dont notamment une critique radicale d’Israël.

D’autre part, annonce un cadre du parti, le chef de La France Insoumise (LFI) s’envolera bientôt vers les Etats-Unis pour rencontrer le candidat juif malheureux à la présidentielle américaine et chef de l’opposition Bennie Sanders, plutôt critique aussi à l’égard d’Israël.

Le rapprochement des deux hommes semble tout naturel, analyse Jean-Luc Mélenchon lui-même, cité par le quotidien Libération : « On commence tout juste notre histoire avec Corbyn (…). On réalise que, derrière les mots qui peuvent être différents, les mêmes idées sont là, Sanders, Corbyn, moi. On dit les mêmes choses, on a longtemps avancé à tâtons, en balbutiant, on était un peu dans les catacombes… mais on a résisté ».

Avec environ 550 000 militants et le soutien de mouvements populaires et de syndicats, le Labour, principal parti d’opposition britannique, suscite l’envie d’autres partis de gauche en Europe.

« En termes d’organisation et de nombre de militants, c’est un parti qui va très très bien et c’est tout à fait original et différent de ce que connaissent la plupart des partis sociaux-démocrates qui, à l’instar du PS [parti socialiste], vont mal », souligne Philippe Marlière, professeur de sciences politiques à l’University College de Londres, interrogé par l’AFP.

Les polémiques autour de l’antisémitisme de Jeremy Corbyn n’ont pas fait partie de l’ordre du jour bien qu’elles fassent depuis longtemps les gros titres de la presse anglaise et juive.

« La controverse qui frappe Corbyn n’intéresse et n’est connue que des gens qui suivent véritablement l’activité de ces questions-là, » analyse le chercheur Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques.

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn (2e à droite) assiste à une conférence à Doha en 2012, aux côtés de plusieurs terroristes palestiniens condamnés pour le meurtre d’Israéliens. (Capture d’écran : Twitter)

« Mélenchon est favorable à Corbyn pour des raisons politiques, non pas liées à ses positions sur Israël ou la communauté juive, mais parce que c’est quelqu’un qui est à gauche de la gauche comme lui, » continue-t-il.

« A mon avis, la réflexion naturelle de Mélenchon si on lui pose la question de la pertinence de ce rapprochement avec un leader contesté, va être de dire que les attaques contre Corbyn sont non justifiées. Et comme beaucoup de partisans, ils interpréteront ces attaques comme provenant d’une campagne malveillante ».

Jean-Yves Camus a écrit pour Charlie hebdo cet été un article sur Corbyn « qui était assez dur », selon lui.

Il a « reçu sur Twitter des dizaines de messages, la plupart d’Angleterre qui étaient sur la ligne ‘vous faîtes partie d’un complot sioniste’. Certains m’expliquaient que je défendais une position de droite alors que mon propos était de dire que, pris de l’extrême-gauche même, cet homme, Corbyn, a un problème. Et visiblement, certains de ses supporters en ont un aussi avec la communauté juive ».

Le politologue Jean-Yves Camus, président de l’Observatoire des radicalités (Crédit: capture d’écran Youtube/Arte)

Au cœur de la crise à propos de l’antisémitisme au Labour figurait initialement le refus du parti d’adopter intégralement la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), laissant de côté quatre des onze exemples inclus dans la définition. Les quatre ont trait à l’exclusion injuste d’Israël ou à la remise en question de la loyauté des Juifs qui soutiennent Israël.

Depuis, la presse anglaise s’est faite l’écho du flot constant de membres et d’éminents fonctionnaires qui sont chassés du Labour ou blâmés pour commentaires antisémites et virulents anti-israéliens.

Plusieurs déclarations de Jeremy Corbyn ont ensuite été exhumées d’un passé proche, provoquant une tempête qui ne semble pas affecter le leader du Labour.

Ainsi le Daily Mail a publié des photos datant de 2014 de Jeremy Corbyn devant une plaque honorant les membres de l’organisation terroriste Septembre Noir, à 13 mètres environ des tombes des personnes tuées lors de l’attaque aérienne de 1985.

Une contre-manifestation concernant le chef du parti travailliste britannique d’opposition Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Labour, devant le Parlement dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Sur les clichés, Corbyn se tient près des tombes des terroristes palestiniens impliqués dans le massacre de 11 athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972.

Cet article du Daily Mail est paru le lendemain du jour où Corbyn avait été fustigé car on le voyait dans une vidéo comparer la domination militaire israélienne en Cisjordanie à l’occupation nazie des pays européens pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans cette vidéo, Corbyn dit que les Palestiniens de Cisjordanie vivent « sous une occupation du même genre que celle qu’ont connues de nombreuses personnes en Europe ayant souffert de l’occupation pendant la Seconde Guerre mondiale, avec les interminables barrages routiers, l’emprisonnement, le comportement irrationnel des militaires et de la police ».

La vidéo aurait été filmée lors d’un événement organisé en 2013 par le Palestine Return Centre, alors que Corbyn était un député du Labour relativement inconnu.

Jeremy Corbyn (deuxième à partir de la gauche) tenant une couronne lors d’une visite aux martyrs de Palestine, en Tunisie, en octobre 2014. (Page Facebook de l’ambassade palestinienne en Tunisie)

Cette vidéo, elle-même, a été diffusée alors que Corbyn continue d’être critiqué pour des allégations d’antisémitisme dans le Labour et quelques jours seulement après qu’une interview de 2011 a émergé de lui accusant la BBC d’avoir un « parti-pris » en faveur du droit à l’existence d’Israël.

De son côté Jean-Luc Mélenchon a également été la cible de critiques, notamment après ces déclarations contre le Crif, en marge de la marge blanche organisée en mémoire de Mireille Knoll, octogénaire juive tuée à Paris, où il avait été agressé par des membres ou des sympathisants de la Ligue de défense juive (LDJ).

Il avait alors déclaré : « Kalifat [le président du Crif qui lui avait interdit de marcher en tête de la manifestation-ndlr] et la LDJ ont fait plus pour l’antisémitisme à cette occasion que des dizaines de basses besognes des vecteurs antisémites ».

Toujours face au Crif, qui refuse d’inviter les leaders du RN (ex-FN) et de LFI à son dîner annuel et qui concentre la plupart des critiques de Jean-Luc Mélenchon, ce dernier avait fustigé « le communautarisme agressif » du Crif, après qu’il a demandé à Emmanuel Macron de s’aligner sur Donald Trump et de reconnaître Jerusalem comme capitale d’Israël.

Autre affaire, Jean-Luc Mélenchon avait été vivement critiqué après avoir relayé sur Facebook une pièce maîtresse de la propagande antisémite.

La vidéo censée démontrer la soumission de Manuel Valls aux intérêts israélien et juif court sur internet depuis 2011 à l’initiative du site Oumma.

Le programme diplomatique du chef du Front de gauche, lors de la dernière présidentielle française, pour Israël est à l’image des propos de son leader, radical et faisant peu de cas de la réalité du conflit israelo-palestinien. Il revendique la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-est pour capitale, et le droit au retour des réfugiés de 1948.

Il préconise également l’abolition de la circulaire de 2010 interdisant tout appel au boycott d’Israël dans l’Hexagone et la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Etat juif.

Le Front de gauche militait officiellement pour le boycott depuis novembre 2013, aux côtés du mouvement BDS, « en réponse à la politique d’oppression » d’Israël.

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