Le « deepfake » au coeur du procès pour outrage de Dieudonné à Versailles
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Le « deepfake » au coeur du procès pour outrage de Dieudonné à Versailles

Le deepfake est une technique consistant à superposer un visage sur un autre ; lors de la première audience, l'avocat avait diffusé des extraits montrant de faux Macron ou Obama

Dieudonné M'Bala M'Bala, dans une vidéo mettant en scène Simone Veil et le négationniste Robert Faurisson, devant des portraits de ce dernier et du maréchal Pétain. (Crédit : capture d’écran YouTube / Dieudonné Officiel)
Dieudonné M'Bala M'Bala, dans une vidéo mettant en scène Simone Veil et le négationniste Robert Faurisson, devant des portraits de ce dernier et du maréchal Pétain. (Crédit : capture d’écran YouTube / Dieudonné Officiel)

« Ce n’est pas moi sur la vidéo » : le polémiste Dieudonné M’bala M’bala a maintenu lundi être victime d’un trucage numérique, « le deepfake », lors de la reprise de son procès à Versailles où il était jugé pour outrage à l’encontre d’une magistrate.

Cette défense inattendue avait poussé en novembre le tribunal correctionnel à ordonner de nouvelles investigations sur l’authenticité de la vidéo incriminée, publiée le 8 avril 2020 sur YouTube puis retirée.

On y entend Dieudonné critiquer vigoureusement les réquisitions d’une magistrate de Nanterre à l’encontre d’une pharmacienne, comparant notamment la magistrate aux femmes ayant collaboré au régime nazi.

Une perquisition a eu lieu au domicile de M. M’bala M’bala et dans les locaux de sa société de spectacle mais « les gendarmes n’ont pas constaté de local où aurait pu être tournée la vidéo », a rapporté le président de la chambre.

« Il aurait pu la réaliser chez un ami », a rétorqué Me Rémi-Pierre Drai, avocat de la magistrate, regrettant que la vidéo n’ait pas été « soumise à un spécialiste de l’intelligence artificielle ».

Le deepfake est une technique sophistiquée consistant, entre autres, à superposer un visage sur un autre. Lors de la première audience, l’avocat de Dieudonné avait diffusé plusieurs extraits montrant de faux Emmanuel Macron ou Barack Obama.

Lundi, Me Drai a fait valoir la « qualité si parfaite » de la vidéo, prouvant selon lui son authenticité : on y voit même « la progression des rayons du soleil », a-t-il relevé en la faisant revisionner.

« Il est extrêmement complexe d’aboutir à un deepfake de haute qualité sur une durée de plus de deux minutes », a abondé le procureur, requérant
20 000 euros d’amende.

En novembre, le procureur avait balayé l’argument du deepfake en relevant notamment que Dieudonné n’avait pas porté plainte pour usurpation d’identité.

A la barre lundi, le prévenu a indiqué avoir déposé plainte le 9 décembre. « Ce n’est pas moi sur la vidéo », a-t-il répété.

« Dans cette affaire, Dieudonné a été victime d’une vidéo truquée destinée à lui nuire », a déclaré son avocat, demandant sa relaxe et précisant que son client était par ailleurs concerné par « cinq autres affaires » de « vidéos deepfake » à Paris.

« Le temps est venu pour le droit de la presse de faire sa révolution 2.0 car aujourd’hui, avec les deepfake, l’image n’est plus une preuve », a ajouté Me De Stefano, évoquant un procès « inédit et important ».

« Aujourd’hui, devant votre tribunal, se joue quelque chose d’important », a aussi déclaré Me Drai, voyant « une première » dans ce procès. « Si vous relaxez M. M’bala M’bala », « n’importe quel prévenu » pourra invoquer le deepfake « au bénéfice du doute », a-t-il dit aux juges.

La décision a été mise en délibéré au 14 avril.

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