Le déménagement de Tsahal à Beer Sheva n’aura pas d’impact sur les habitants
Rechercher

Le déménagement de Tsahal à Beer Sheva n’aura pas d’impact sur les habitants

Pour les chercheurs de l'Université Ben Gurion, les prévisions d'un effet socio-économique positif sur la région du Négev due à la relocalisation militaire sont trop optimistes

Illustration : Une signalisation routière sur la Route 60, pointant vers Jérusalem et Beer Sheva, le 23 avril 2014. (Hadas Parush / Flash 90)
Illustration : Une signalisation routière sur la Route 60, pointant vers Jérusalem et Beer Sheva, le 23 avril 2014. (Hadas Parush / Flash 90)

Alors que l’armée israélienne se prépare à déplacer une partie de son personnel et de ses bases vers le désert du Négev, considéré comme un « happening social israélien », les chercheurs de l’Université Ben Gurion du Négev minimisent l’impact que le déménagement aura sur le tissu social de la région.

Beaucoup espèrent que le déménagement des bases de Tsahal vers le sud améliorera significativement la qualité de vie dans la région, ont déclaré les chercheurs, dirigés par la professeur Nurit Alfasi du département de géographie et de développement environnemental de l’université Ben Gurion, dans l’étude commandée par le ministère de la Science et de la Technologie.

Mais en vérité, contrairement aux attentes, les chercheurs ont découvert que la délocalisation n’aura qu’un impact marginal sur les résidents de la région, à la fois socialement et économiquement.

L’armée israélienne se prépare à un déménagement massif de plusieurs de ses unités vers la ville de Beer Sheva, dans le sud du pays, dans le cadre d’un plan pluriannuel de rationalisation et de numérisation de cette géante institution. Le déménagement est également considéré comme un moyen de rehausser l’image de Tsahal dans une organisation axée sur la technologie et comme un moyen d’apporter un renouveau dans une région perçue comme truffée de villes en développement qui ont échoué.

Le point de départ de la nouvelle étude est basé sur le fait que dans tous les domaines – transport, santé, éducation, logement – il existe des écarts persistants entre la région du Négev et le centre du pays. Et même si la situation s’améliore dans de nombreux secteurs, l’écart persiste, car des progrès sont également réalisés dans le centre du pays. En outre, l’ensemble de la région du Négev souffre d’une mauvaise image au sein de la population israélienne, ont indiqué les chercheurs.

Illustration du campus technologique de l’armée israélienne à Beer Sheva (avec la permission de l’Unité du porte-parole de Tsahal)

L’étude a révélé que les changements qui ont déjà été faits pour améliorer les infrastructures de la région pour les nouveaux soldats ont eu très peu d’impact sur les résidents locaux.

Par exemple, les modifications apportées au système de transport public local pour desservir le centre de formation de l’armée installé à Beer Sheva ont eu un impact positif uniquement sur les utilisateurs du centre et non sur les civils vivant dans la zone ; de plus, pour des raisons de sécurité, les soldats recevront en grande partie des services sur la base, limitant leur interaction avec les villes environnantes.

Cet « isolement » des bases par rapport à l’environnement local « réduira leur impact économique, social et d’image » et empêchera l’espace urbain existant de bénéficier des activités vivantes se produisant dans les bases fermées, ont ajouté les chercheurs.

En raison de la mauvaise image de la région, les soldats n’accepteront de se déplacer vers le sud que s’ils sont transférés dans des quartiers spécifiques et dans de nouveaux logements construits à cet effet, ont précisé les chercheurs.

En effet, Tsahal, le ministère de la Défense et la municipalité de Beer Sheva étudient déjà les options possibles et les plans d’urbanisme – tels que les jardins d’enfants et les écoles – lorsque les officiers et leurs familles arriveront, a déclaré le lieutenant-colonel Itai Sagi au Times of Israël.

« Le transfert de l’armée vers le sud est une goutte d’eau dans la mer », a déclaré Nurit Alfasi, car « pendant des années, l’Etat a négligé » le Négev. Penser que le déménagement de Tsahal dans le Négev puisse aider à stimuler l’éducation, la science, les services et l’image de marque au niveau local « n’a aucun fondement ».

Les initiatives en cours au niveau local sont excellentes pour l’armée israélienne, a-t-elle dit, mais « ne modifient pas nécessairement la situation des habitants du Négev ».

Les conclusions des chercheurs contrastent fortement avec la vision de Tsahal de l’impact que le déplacement de milliers de soldats dans la région du Négev aura sur l’infrastructure sociale existante. L’armée espère que la région – et en particulier la ville de Beer Sheva – et Tsahal tireront profit les uns des autres, entraînant des interactions avec les résidents locaux et incitant des entreprises à s’installer à Beer Sheva pour fournir des services aux anciens et aux nouveaux résidents.

Les résultats de la recherche de Ben Gurion seront présentés jeudi lors d’une conférence intitulée « Besoin de deux pour le tango ? Défis urbains dans le transfert des unités de Tsahal dans le Négev », en coopération avec l’Université Ben Gurion et le Mandel Leadership Institute.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...