Le désherbant de Bayer toujours utilisé en Israël malgré les risques de cancer
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Le désherbant de Bayer toujours utilisé en Israël malgré les risques de cancer

Sans admettre sa responsabilité, le géant de l'industrie chimique règle 95 000 procès aux États-Unis statuant que l'herbicide Roundup provoque des lymphomes non hodgkiniens

Pulvérisation de désherbant das une rue d'Israël. (Capture écran/YouTube)
Pulvérisation de désherbant das une rue d'Israël. (Capture écran/YouTube)

Israël ne prévoit pas d’interdire ou de réduire l’utilisation d’un herbicide populaire, malgré le fait que son fabricant, le géant allemand des produits pharmaceutiques et chimiques Bayer, ait accepté la semaine dernière de payer jusqu’à 10,9 milliards de dollars pour régler des dizaines de milliers de procès affirmant que l’herbicide cause une forme de cancer appelée lymphome non hodgkinien.

Le désherbant Roundup, à base de glyphosate, a fait l’objet de 125 000 procès aux États-Unis, dont environ 95 000 ont été réglés par un arrangement financier. Trente mille autres plaignants attendent un meilleur accord.

Bayer, qui a hérité du Roundup en rachetant la société américaine Monsanto en 2018, a l’intention de continuer à vendre le produit et n’a pas l’intention d’afficher de nouvelles étiquettes de sécurité.

Elle a déclaré que le règlement ne comprenait aucune reconnaissance de responsabilité ou de faute.

Les demandes d’indemnisation pour risque de cancer reposent en grande partie sur une classification du glyphosate dans le groupe 2A (« probablement cancérigène pour l’homme »), établie en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer. L’organisation a également découvert un « lien avec le lymphome non hodgkinien ».

Pulvérisation de désherbant sur un champ de maïs. (Capture écran/Youtube)

Cette classification a été citée pour l’interdiction en France du Roundup 360 en janvier 2019 et l’inscription du glyphosate en 2017 par les autorités environnementales californiennes comme « reconnu par l’État comme causant le cancer ». L’Autriche, la France et l’Allemagne ont annoncé plus tôt cette année leur intention d’interdire l’utilisation de ce produit dans les années à venir.

En 2018 et 2019, près de 200 millions de dollars ont été versés à des Américains ayant affirmé que leur cancer était causé par ces herbicides à base de glyphosate. En mai 2019, un jury californien a ordonné à Bayer de verser 2 milliards de dollars de dommages et intérêts, qui ont ensuite été réduits à 87 millions de dollars en appel, à un couple local, au motif que la société n’avait pas correctement informé les consommateurs des risques cancérigènes possibles du Roundup.

Sur cette photo du 10 août 2018, Dewayne Johnson réagit au verdict rendu dans son procès contre Monsanto à la Cour supérieure de Californie à San Francisco. Le jardinier municipal de Californie du Nord déclare qu’il acceptera le verdict réduit du juge de 78 millions de dollars contre Monsanto après qu’un jury a conclu que le désherbant de la société avait causé son cancer. (Josh Edelson/Pool Photo via AP)

Le Roundup est largement utilisé en Israël, plusieurs fois par an, dans les jardins publics et sur les chemins et trottoirs, le plus souvent par des employés municipaux ne portant pas l’équipement de protection requis et sans prévenir le public que des pulvérisations viennent d’être effectuées.

L’utilisation de ces désherbants a été interdite par plusieurs autorités locales israéliennes, parmi lesquelles Kfar Saba, Kochav Yair-Tsur Yigal, Carmiel et Gezer.

Selon le ministère de la Santé, cependant, la classification du CIRC était « basée sur des preuves ‘limitées’ de cancer chez l’homme et des preuves ‘suffisantes’ de cancer chez les animaux de laboratoire (dans des tests où les animaux ont été exposés au glyphosate en tant que substance pure) ».

Depuis lors, selon une déclaration au Times of Israel, le comité interministériel pour l’approbation des pesticides dans l’agriculture, présidé par le ministère de la Santé, a discuté de la question à plusieurs reprises, ainsi que des alternatives au glyphosate. Le comité comprend également des représentants des ministères de l’Agriculture, du Travail et de la Protection de l’environnement, chaque ministère assumant la responsabilité de différents aspects de substances particulières.

« En conséquence, le ministère de la Santé recommande de réduire l’utilisation de cette substance à proximité des bâtiments publics », indique la déclaration, ajoutant : « Diverses autorités dans le monde, telles que l’AESA (Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Office fédéral allemand de la protection des consommateurs et de la sécurité alimentaire et l’EPA (Agence américaine de protection de l’environnement) ont procédé à des évaluations complètes des risques liés au glyphosate et sont toutes parvenues à la même conclusion, à savoir qu’il n’est pas cancérigène pour l’homme, contrairement à la recommandation du CIRC.

« Suite à ces évaluations de sécurité, le glyphosate a été ré-approuvé en Europe d’ici 2022 et continue à être approuvé aux États-Unis, au Canada et dans un grand nombre de pays du monde entier ».

Les instructions du produit doivent être suivies pour protéger la santé humaine et l’environnement, selon le communiqué.

Le ministère de l’Agriculture a fait savoir qu’il était erroné de comparer la façon dont les désherbants étaient utilisés en Israël et dans d’autres pays, car chaque pays détermine les quantités qui peuvent être utilisées en fonction du problème particulier auquel il est confronté.

Un navire-citerne sur le Rhin devant une usine chimique de Bayer, à Leverkusen, en Allemagne, le 27 avril 2020. (Crédit : AP Photo/Martin Meissner)

Bayer a indiqué qu’il réservait 8,8 à 9,6 milliards de dollars pour ceux qui ont accepté l’accord ou qui sont encore en train de négocier, et qu’il mettait de côté 1,25 milliard de dollars supplémentaires pour les plaintes non encore réglées.

Bayer a également annoncé des règlements pour deux autres actions collectives liées à Monsanto. L’un, appelé Dicamba Drift Crop Damage Lawsuit, représente les agriculteurs qui ont perdu des récoltes parce que les fermes voisines ont utilisé un herbicide particulier qui a dérivé sur leur propriété avec le vent. L’autre concernait la contamination de l’eau et de l’environnement par les biphényles polychlorés, ou PCB, que Monsanto a fabriqués jusqu’en 1977.

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