Le discours dans lequel l’envoyé américain a révélé les contours du plan de paix
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Le discours dans lequel l’envoyé américain a révélé les contours du plan de paix

Le droit d'Israël à la Cisjordanie est "évident", a dit l'ambassadeur David Friedman, qui a également noté que les Palestiniens étaient "des autochtones" méritant l'indépendance

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur américain en Israël, David Friedman, s'exprime pendant la conférence du Forum Kohelet au centre Menachem Begin de Jérusalem, le 8 janvier 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
L'ambassadeur américain en Israël, David Friedman, s'exprime pendant la conférence du Forum Kohelet au centre Menachem Begin de Jérusalem, le 8 janvier 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

WASHINGTON — L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, figurait parmi les personnalités particulières conviées à bord de l’avion qui a emmené le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Washington, dimanche, à l’occasion de l’imminente révélation du attendu « accord du siècle » portant sur la paix israélo-palestinienne, dont les termes ont été définis par l’administration Trump.

Ayant récemment perdu sa mère, le diplomate juif orthodoxe s’est rendu à l’arrière de l’avion à deux reprises, en compagnie de certains hauts conseillers de Netanyahu et de journalistes religieux pratiquants, pour les prières de l’après-midi et de la soirée et pour réciter le kadish, la prière du deuil.

Si Friedman a été l’un des principaux architectes de l’approche adoptée par l’administration de Washington face au conflit israélo-palestinien – avec le gendre et haut conseiller du président Donald Trump, Jared Kushner – il a néanmoins refusé de répondre aux questions relatives au plan de paix.

Plus militant que diplomate, Friedman ne se distingue généralement pas pour sa réticence à partager ses points de vue. Et en effet, dans un discours prononcé au début du mois – qui, malgré son caractère très révélateur, est passé largement inaperçu – il a dévoilé une partie de la pensée de l’administration américaine concernant le plan de paix à venir.

Prenant la parole lors d’un événement célébrant la déclaration faite, le 18 novembre, par le secrétaire d’État américain au sujet de la légalité des implantations israéliennes devant une organisation pro-implantations, Kohelet Policy Forum, l’ambassadeur avait ainsi fait allusion aux contours probables de la proposition.

Cette dernière, selon des informations variées, devrait reconnaître le droit souverain d’Israël sur la totalité de la ville de Jérusalem et sur de grandes parties de la Cisjordanie et inclure également un appel à la création d’un État palestinien si plusieurs conditions sont par ailleurs réunies.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en conférence au Département d’Etat à Washington DC, le 18 novembre 2019. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

De manière plus spécifique, la proposition donnerait à l’État juif le feu vert pour l’annexion de la vallée du Jourdain et d’un grand nombre d’implantations – sinon toutes.

Dans son allocution, Friedman ne reconnaissait pas seulement que plus de deux millions de Palestiniens vivent dans la zone – auquel il se référait constamment par son nom biblique, la Judée-Samarie.

De manière peut-être surprenante, il y a qualifié ces Palestiniens « d’autochtones » – refusant ainsi de s’aligner auprès de nombreux Israéliens, à droite, qui considèrent comme illégitime la présence des Palestiniens et qui veulent encourager leur émigration.

En appelant ces Palestiniens des « autochtones », Friedman a reconnu qu’eux aussi avaient droit à ce territoire.

Autre allusion aux contours de l’accord, le diplomate américain a exprimé son souhait que les Palestiniens « vivent dans la dignité, dans la paix, avec l’indépendance, la fierté et des opportunités ».

Avec l’indépendance, pas l’autonomie.

Au cours de son discours prononcé le 8 janvier au centre Menachem Begin de Jérusalem, Friedman a évoqué « trois questions en suspens » restées irrésolues depuis la guerre des Six Jours en 1967 : le statut de Jérusalem, le statut du plateau du Golan et celui de la Cisjordanie.

L’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, s’exprime pendant la conférence du Forum Kohelet au centre Menachem Begin de Jérusalem, le 8 janvier 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Nous avons approché ces questions selon un ordre croissant de complexité », avait-il déclaré, défendant également la reconnaissance par l’administration des États-Unis de Jérusalem en tant que capitale de l’État juif et de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan.

Ce qui suit est un extrait du discours dans lequel le diplomate évoque la question qui se trouve encore sur la table – celle des implantations en Cisjordanie :

Et nous en arrivons à la Judée et Samarie – probablement la question la plus compliquée en raison de la large population autochtone palestinienne. L’équilibre entre considérations d’ordre sécuritaire et liberté de mouvement, la réconciliation entre des narratifs historiques et juridiques, entre des droits concurrents, l’aide à l’économie face aux accusations de tentatives de normalisation – tout cela est à la fois compliqué et difficile.

Mais au cours des années et avant notre arrivée au pouvoir, les choses n’ont fait que se compliquer davantage et devenir plus dures. Les proverbiales règles du jeu ont changé et encore changé – à tel point qu’aujourd’hui, elles ont disparu du terrain.

La Judée-Samarie – le nom Judée suffit à lui-même – est un territoire qui, dans l’histoire, a toujours compté une présence juive importante. Comme on le dit, elle est le cœur de la terre biblique d’Israël.

Benjamin Netanyahu, au centre, pose la première pierre de nouveaux logements à Beit El, en Cisjordanie, le 8 août 2019. (Crédit : Sharon Revivo/Likud)

Elle comprend Hébron – là où Abraham a acheté le tombeau de son épouse Sara ; Shilo, où le tabernacle est resté pendant 369 années avant la construction du Temple par Salomon à Jérusalem ; Beit El, où Jacob a fait son rêve de l’échelle qui se dressait vers les cieux ; Kasr al Yahud où Joshua a emmené la nation israélite vers la terre promise et où Jean le Baptiste a baptisé Jésus – et tant d’autres sites célèbres.

Après la chute de l’empire Ottoman, la Judée et Samarie – ainsi que le reste du territoire auquel on se référait alors sous le nom de Palestine – a été soumise à un mandat britannique, lui-même soumis à la déclaration Balfour, aux principes de la conférence de San Remo et au mandat de la Ligue des nations. En termes simples, les Britanniques se sont trouvés dans l’obligation de faciliter l’implantation du peuple juif sur cette terre. Ce qui ne signifie pas que l’implantation des Juifs était exclusive de toutes les autres, que personne n’avait le droit de vivre là. Mais les Juifs s’y sont très certainement implantés.

Revenons ensuite en 1967 et à la guerre des Six Jours. Après avoir été attaqué, Israël a retrouvé la Judée et la Samarie, repris à la Jordanie. La Jordanie avait occupé la Judée-Samarie pendant seulement 19 ans et presque personne n’avait reconnu ses droits sur ce territoire.

Mirage III Dassault israéliens au-dessus de la péninsule du Sinaï, à la frontière israélo-égyptienne, au premier jour de la guerre des Six Jours, le 5 juin 1967. (Crédit : AFP)

Alors, intuitivement, qui peut à juste titre revendiquer cette terre ? Israël, dont les droits historiques et légaux ont été reconnus par la Ligue des nations ; la Jordanie, qui a été présente pendant seulement 19 ans, dépouillée de presque toute légitimité et qui, de toute façon, a renoncé à revendiquer les territoires situés à l’ouest du fleuve Jourdain en 1955, ou les Ottomans, qui n’ont plus rien voulu savoir de la Palestine après la Seconde Guerre mondiale ?

La réponse, sauf votre respect, semble évidente.

Et c’est en raison de cette évidence que les règles du jeu ont commencé à changer. La ligne d’armistice de 1949 – une ligne à laquelle se sont conformés les ennemis d’Israël jusqu’à ce qu’ils soient réarmés et tentent à nouveau de détruire Israël (en 1973) – est soudainement devenue l’inviolable ‘Ligne verte’, la limite du droit territorial israélien.

Les implantations sont devenues illégales en elles-mêmes en raison de notions informes relevant du droit international, que personne ne peut sérieusement parvenir à concilier avec San Remo ou le mandat de la Ligue des nations.

Et la Résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies est devenue un mandat pour le retrait d’Israël de tous les territoires capturés, même si cette résolution était rédigée avec une lourdeur suffisante pour éviter une telle interprétation et même si le représentant américain qui avait négocié la Résolution 242, le doyen de la faculté de droit de Yale, Eugene Rostow, avait clamé qu’Israël avait un droit inaliénable à s’établir en Judée-Samarie.

La doctrine Pompeo ne résout pas le conflit autour de la Judée et Samarie. Mais elle replace les règles du jeu sur le terrain.

Elle n’oublie pas une question très réelle, celle des deux millions de Palestiniens ou plus qui résident en Judée et en Samarie, et nous souhaitons tous qu’ils puissent vivre dans la dignité, dans la paix, avec leur indépendance, leur fierté et des opportunités. Et nous afficherons une détermination sans faille pour faire en sorte que cela se réalise.

La doctrine Pompeo dit clairement que les Israéliens ont le droit de vivre en Judée et Samarie. Mais elle ne dit pas que ce n’est pas le cas des Palestiniens. Elle réclame plutôt une résolution pratique et négociée du conflit qui améliorera les vies de tous, des deux côtés.

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