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« Le discours politique m’inquiète » pour l’avenir de la démocratie – Yuval Steinitz

Si le député sortant dénonce les attaques de sa formation contre les institutions, il blâme toutes les parties pour les clivages dans la société ; il continue à soutenir Netanyahu

Le député Likud Yuval Steinitz lors d'un entretien avec la Douzième chaîne qui a été diffusé le 8 juillet 2022. (Capture d'écran : Vidéo)
Le député Likud Yuval Steinitz lors d'un entretien avec la Douzième chaîne qui a été diffusé le 8 juillet 2022. (Capture d'écran : Vidéo)

Dans un entretien d’adieu diffusé vendredi, Yuval Steinitz, député du Likud de longue date qui a pris la décision de quitter la politique, a indiqué que les discours politiques, dans le pays, l’inquiétaient et qu’il était préoccupé pour l’avenir de la démocratie israélienne.

Steinitz a reconnu, devant les caméras de la Douzième chaîne, que les relations très proches qu’il entretenait avec Benjamin Netanyahu, dans le passé, s’étaient rafraîchies ces dernières années, et il a critiqué les assauts répétés du Likud contre la police, les procureurs et les tribunaux dans le cadre du procès pour corruption de Netanyahu.

Mais il a aussi souligné que « toutes les parties » étaient responsables de cette détérioration du discours et il a indiqué, en réponse à une question du journaliste, qu’il était encore convaincu que Netanyahu était la personnalité la plus qualifiée pour diriger le pays.

L’épouse du parlementaire sortant, la magistrate Gila Kanfi-Steinitz, a été nommée à la Cour suprême au début de l’année. Elle était auparavant vice-présidente de la Cour de district de Jérusalem, où le procès pour trois dossiers de corruption de l’ex-Premier ministre est actuellement en cours.

« La politique israélienne n’est pas en bon état », a dit Steinitz. « Elle est toujours animée et houleuse, et cela remonte loin, à [David] Ben-Gurion et à [Menachem] Begin. Il y a eu de mauvaises périodes dans le passé mais, au cours des deux dernières décennies, nous avions pensé qu’il y avait une certaine modération. »

Toutefois, a-t-il affirmé, « dans les deux ans qui viennent de s’écouler, nous avons assisté au contraire – un processus qui, je dois le dire, m’inquiète en ce qui concerne l’avenir de la démocratie. Tout est devenu violent et vulgaire des deux côtés. Il y a un langage très dur ».

Steinitz dit « n’avoir réellement pas apprécié » cette radicalisation de la politique qui, selon lui, est présente des deux côtés de l’échiquier. « J’ai au moins essayé – et au-delà de quelques faux pas, l’une des choses dont je suis le plus fier, c’est que je ne me suis pas prêté à ce style de discours en 23 ans », a-t-il expliqué.

Steinitz a déclaré en évoquant les attaques hargneuses de Netanyahu à l’encontre du système judiciaire israélien : « Je suis d’accord avec certaines critiques faites par Netanyahu sur la manière dont il a été traité par la police et par le parquet. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration avant d’entrer dans une salle d’audience du tribunal de district de Jérusalem le 24 mai 2020, pour le début de son procès pour corruption. (Crédit : Yonathan SINDEL/POOL/AFP)

« Et pourtant, je ne suis pas d’accord avec le style de discours employé par certains de mes amis et je le leur ai dit en temps réel. Nous ne sommes pas là pour détruire les institutions. Il n’y a pas de pays démocratique sans police, sans procureurs, sans tribunaux et sans Cour suprême. »

Steinitz s’est montré prudent sur ses propos portant sur les relations qu’il entretient avec Netanyahu, disant qu’il était « naturel » que les deux hommes ne soient plus aussi proches que cela avait pu être le cas dans le passé. « Il y a des hauts et des bas dans les relations entre tout le monde. Au cours des trois dernières années, nous n’avons pas été aussi proches que nous avions pu l’être », a-t-il déclaré.

Mais il a affirmé que lorsqu’il était à la tête des ministères des Finances, de l’Énergie et des Renseignements, sa coopération avec Netanyahu avait entraîné des « résultats énormes pour les Israéliens que ce soit dans le secteur économique, énergétique ou dans le domaine sécuritaire ».

Alors qu’il lui était demandé s’il pensait que Netanyahu devait reprendre la tête du pays, le député sortant a déclaré : « Je pense que si vous regardez les candidats, Netanyahu est assurément le plus qualifié, le plus fort et le plus expérimenté pour prendre la barre d’Israël. »

Steinitz a aussi parlé de la menace nucléaire iranienne qui, selon lui, est « immensément inquiétante ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de l’Énergie Yuval Steinitz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, à Jérusalem, le 22 mai 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

« Je veux utiliser l’opportunité de cette interview – même si c’est un entretien d’adieu – pour nous lancer un avertissement sérieux, à nous-mêmes mais aussi principalement aux États-Unis et au président américain Joe Biden qui viendra ici la semaine prochaine : le moment est décisif. L’Iran, au cours de l’année qui vient de s’écouler, a enrichi de l’uranium à 60 % pour la toute première fois », a-t-il expliqué.

« C’est très bien que Biden vienne en visite et s’il y a des embrassades et des réunions, c’est une bonne chose, et s’il y a des avancées diplomatiques avec l’Arabie saoudite, ce sera très bien et ce sera formidable – mais tout ça ne sera rien, rien du tout si l’Iran parvient à se doter de l’arme nucléaire. »

Steinitz a annoncé, cette semaine, qu’il allait quitter la politique, 23 ans après être entré à la la Knesset et quelques semaines seulement avant les Primaires de la première formation de l’opposition en préparation des élections nationales qui auront lieu au mois de novembre.

Citant un besoin « d’air nouveau », Steinitz met ainsi un terme à une carrière politique qui aura compris douze années successives passées à la tête de cinq ministères. Ses expériences les plus significatives auront été son passage au poste de ministre des Finances quand le Likud est revenu au pouvoir en 2009, un portefeuille dont il a conservé la responsabilité jusqu’en 2013, ainsi que sa fonction de ministre de l’Énergie de 2015 à 2021, année où le Likud a rejoint les bancs de l’opposition.

Pendant toutes les années passées au gouvernement et au sein du parlement, Steinitz a gagné une réputation de député solide, fidèle à ses principes qui, tout en ayant toujours figuré dans les premières places des listes électorales du Likud, n’aura jamais été considéré par Netanyahu comme une personnalité susceptible de vouloir le défier et de prendre la barre du parti.

Remerciant le Likud et les citoyens israéliens « pour le privilège rare qui m’a été accordé de servir le pays et d’influencer les questions relatives à l’existence et à la prospérité de l’État », Steinitz a déclaré qu’il continuerait à apporter son aide pour les prochaines élections dans le but d’établir « un gouvernement national de qualité dirigé par Netanyahu et par le Likud ».

Le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz, s’exprime lors d’une conférence à Tel Aviv, le 27 février 2019. (Crédit : Flash90)

Peu après l’annonce faite par Steinitz, Netanyahu – qui avait été informé au préalable de sa décision – a qualifié l’ancien ministre de la Défense de « partenaire loyal dans mise en place de la politique réussie qui aura permis à Israël de vivre la meilleure décennie économique de son histoire ».

Netanyahu s’est aussi attribué le mérite, avec Steinitz, « de la lutte conjointe pour pouvoir enfin arracher le gaz de la mer » – une entreprise qui, a-t-il dit, « a rapporté des dizaines de milliards aux citoyens israéliens ».

Quand il était ministre de l’Énergie, Steinitz avait pris la tête des efforts livrés pour développer le champ de gaz naturel offshore de Leviathan, dont la production a commencé en 2019.

En plus d’avoir aidé à mettre en œuvre le projet de développement du champ de gaz naturel, Steinitz a dit être fier d’avoir aidé à faire entrer l’État juif dans l’OCDE et de sa gestion de la crise financière qui s’était abattue sur le monde entre 2009 et 2012. Il s’est par ailleurs enorgueilli d’avoir aidé à dévoiler le programme nucléaire syrien.

En plus d’avoir été ministre des Finances, de l’Énergie, des Affaires stratégiques, des Renseignements et des Relations internationales dans des périodes qui se sont étendues de 2009 à 2021, le député a aussi présidé la Commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset de 2003 à 2006.

Carrie Keller-Lynn a contribué à l’écriture de cet article.

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