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Le festival du court-métrage de Téhéran éligible aux Oscars – une première

Près de 200 films parmi lesquels 127 courts-métrages iraniens seront projetés au cours du festival ; Certains artistes vont le boycotter en raison de la censure

Le tapis rouge devant le Dolby Theatre, où se tiennent les cérémonies des Oscars depuis 2002. (Crédit : Wikimedia)
Le tapis rouge devant le Dolby Theatre, où se tiennent les cérémonies des Oscars depuis 2002. (Crédit : Wikimedia)

En pleine crise sur le nucléaire, le festival du court-métrage de Téhéran qui s’est ouvert cette semaine a été admis pour la première fois par l’Académie américaine du film dans le groupe habilité à sélectionner des œuvres éligibles aux prestigieux Oscars.

L’académie a confirmé par mail à l’AFP que le festival de Téhéran avait été ajouté « pour la première fois cette année en tant qu’unique festival qualificatif en Iran pour les courts-métrages ».

Près de 200 films parmi lesquels 127 courts-métrages iraniens seront projetés au cours du festival qui s’est ouvert mardi et s’achèvera dimanche. Le jury est composé de cinq membres – un Iranien, un Français, une Italienne, une Japonaise et un Autrichien.

La demande iranienne d’homologation avait été rejetée dans un premier temps par les Oscars qui n’acceptent pas les festivals « gratuits », or celui de Téhéran l’est, a expliqué à l’AFP le président du 38e festival, Sadegh Moussavi.

« Nous avons répondu que notre pays était sous sanctions et qu’il est donc impossible à ceux qui désirent présenter leur film de payer les frais d’inscription. L’académie s’est finalement rangée à nos arguments et nous sommes donc le seul gratuit parmi les 130 festivals aptes à choisir des courts-métrage pour les Oscars », a-t-il ajouté.

Téhéran a dû démontrer à l’Académie américaine que pendant 37 ans des professeurs de cinéma et des cinéastes étrangers étaient venus en Iran à l’invitation du festival.

« Ce fut long et difficile de se faire admettre par l’Académie Awards. Il a fallu prouver notre longue histoire, la continuité du festival, la présence de cinéastes internationaux réputés comme membres du jury, le montant élevé des prix décernés et surtout la qualité du cinéma iranien reconnue dans le monde », a détaillé M. Moussavi.

Depuis la création de ce festival, l’Iran et les Etats-Unis n’ont pas de relations diplomatiques et Washington est toujours considéré comme un ennemi juré de la République islamique.

Cette année coïncide également avec les efforts déployés pour reprendre les négociations en vue de relancer l’accord nucléaire conclu par l’Iran en 2015 avec les Etats-Unis et d’autres grandes puissances, qui promettrait la fin d’un régime de sanctions punitives imposées par les Américains.

« Je suis à la fois heureux et fier de la qualification de notre festival. C’est une grande réussite dans le domaine de la diplomatie culturelle. Nous pensons que la culture et l’art peuvent avoir un statut plus prestigieux que la politique », souligne M. Moussavi.

Critiques de réalisateurs

Ce festival a été un tremplin pour de nombreux grands noms du cinéma iranien. Asghar Farhadi, Bahman Ghobadi et Reza Mirkarimi ont été primés au début de leur carrière par ce festival avant d’être reconnus internationalement, explique Mansour Jahani, chargé des médias pour le festival.

En raison de sa reconnaissance par l’Académie américaine, le festival a reçu pour la compétition 6 402 films de 128 pays, soit 2 000 de plus que l’an dernier. Il a sélectionné 58 films étrangers et cinq iraniens pour le grand prix et le gagnant est éligible pour concourir à une nomination.

Mais le choix a suscité des critiques de la part de jeunes réalisateurs qui ont vu leur film refusé.

« Il est de mon devoir d’écrire à l’académie pour protester contre la censure, l’injustice et les actions non professionnelles du Festival de Téhéran », a ainsi écrit sur Instagram la cinéaste Farnoush Samadi.

« En tant que membre de l’Académie des Oscars, je ne voterai pas pour un film présélectionné par le festival du court-métrage de Téhéran, afin de soutenir tous les cinéastes dont les films ont été retirés », s’est insurgé aussi sur Instagram le réalisateur Ali Asgari.

Le président du festival a rejeté ces accusations. « Il n’y a eu aucune censure de notre part. Nous avons reçu 1 500 films de cinéastes iraniens. Il a bien fallu faire un choix en prenant comme critères les thèmes et la qualité du film » a réagi M. Moussavi.

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