Le fondateur de Waze et Dan Rather vont rendre le contenu payant plus accessible
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Le fondateur de Waze et Dan Rather vont rendre le contenu payant plus accessible

Grâce à un système de micro-paiements, ils espèrent amener les consommateurs de médias à payer pour le contenu qu'ils souhaitent lire, pas seulement ceux auxquels ils sont abonnés

Noam Bardin discute de sa nouvelle entreprise Paygo. (Capture d'écran YouTube)
Noam Bardin discute de sa nouvelle entreprise Paygo. (Capture d'écran YouTube)

L’ancien PDG et fondateur de Waze, Noam Bardin, vient de créer « Paygo Media », une entreprise qui espère devenir le nouveau modèle commercial pour les médias numériques à court d’argent.

Dans un texte publié mercredi, Bardin a déclaré que lui et son partenaire, le journaliste américain Dan Rather, lançaient un test public pour évaluer la nouvelle plate-forme. Celle-ci permet de payer un article lu sur n’importe quel point de vente via des micro-paiements. Il s’agit de débourser seulement quelques centimes par article, plutôt que de payer un abonnement fixe à un seul média, comme c’est souvent le cas actuellement.

Voici comment cela fonctionnerait : les utilisateurs créent un compte « Paygo » dans lequel ils injectent trois dollars. Lorsque les utilisateurs veulent lire du contenu qui dispose d’un « paywall », ils peuvent le déverrouiller de façon anonyme avec leur compte Paygo et lire l’article via un mode de micro-paiement. Le solde est conservé dans le compte pour l’article suivant. Pour que le système fonctionne, les créateurs de contenus doivent se connecter à Paygo pour proposer l’option des micro-paiements à leurs lecteurs.

L’accès est « sans friction », ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire de s’inscrire. Les transactions sont donc anonymes et il n’y a aucune information personnelle partagée avec le média, à l’instar des coordonnées de courrier électronique ou de carte de crédit, affirment Paygo Media et Rather dans un communiqué.

L’objectif est de donner aux lecteurs un accès à un contenu fiable tout en aidant les éditeurs et les autres créateurs de contenus à « mieux monétiser le contenu de qualité qu’ils produisent ». Cela permettra également aux utilisateurs d’accéder à un plus large choix de contenus et d’idées qui n’apparaissent pas nécessairement dans leur abonnement traditionnel à prix fixe payé à un seul support.

Le test évaluera par ailleurs si les consommateurs veulent et aiment ce nouveau modèle, combien ils sont prêts à payer et si le modèle sera significativement rentable pour les éditeurs ET les créateurs de contenus.

« Comme la plupart d’entre vous, je suis de plus en plus préoccupé par l’état du monde », a déclaré Bardin, qui a quitté Google le mois dernier. « Je crains que l’humanité ne soit face à deux principaux défis : un défi matériel (dérèglement climatique) et un défi logiciel (préserver une société libre, libérale, factuelle et scientifique). Le premier concerne la vie elle-même; le second concerne la qualité de vie ».

« Pour rester (ou devenir) une société fondée sur un échange d’idées libre et sur un système démocratique qui représente le peuple, nous devons avoir accès à des informations véridiques et factuelles. En tant que personne qui est abonnée à huit publications différentes, je suis devenu frustré de devoir faire face à plusieurs reprises à des Paywall [murs de paiement] et d’être ‘bloqué’ pour lire des opinions différentes de celles comprises dans mes abonnements. C’est un problème que plus de 40 % des Américains rencontrent souvent, puisque 76 % des éditeurs de presse américains ont intégré un paywall. »

Le journaliste Dan Rather évoque « l’état des médias aujourd’hui » à la Kennedy School of Government de Harvard à Cambridge, dans le Massachusetts, le 9 mars 2006. (Crédit : AP Photo / Chitose Suzuki)

Les paywalls sont essentiels pour la survie des médias, mais ils créent une situation dans laquelle la vérité se cache généralement derrière un paywall alors que « les mensonges sont gratuits », a-t-il écrit.

« Le journalisme doit être rentable pour pouvoir créer un contenu de haute qualité, mais cela ne doit pas se faire au détriment de l’accès à un contenu véridique », prévient Bardin.

« Le contenu n’a pas besoin d’être gratuit, mais il doit être accessible et abordable. C’est pourquoi nous lançons ce test : pouvons-nous trouver un modèle économique suffisamment bon marché pour que les consommateurs l’utilisent quotidiennement mais suffisamment rentable pour que les éditeurs puissent investir dans un journalisme de qualité ? »

« Je pense que le modèle actuel d’abonnement unique est mauvais pour les consommateurs ET les éditeurs. Les consommateurs sont exclus du contenu véridique. Ils sont obligés de payer plusieurs abonnements et doivent partager leurs données personnelles avec chaque éditeur juste pour lire un article. »

« Les abonnements poussent les éditeurs à créer du contenu pour un petit pourcentage d’abonnés, ‘manquant’ de fait les nombreux autres qui souhaitent accéder au contenu mais ne veulent pas pour autant payer un autre abonnement. Et pour ceux qui s’abonnent, l’expérience est souvent horrible, avec des publicités pop-up, des vidéos et des formulaires ainsi que des messages frauduleux. »

« Pourquoi payer pour une expérience utilisateur véridique, coûteuse et horrible alors que vous pouvez obtenir des mensonges gratuitement sur les réseaux sociaux avec une excellente expérience utilisateur vous disant ce que vous voulez entendre », interroge Bardin.

L’industrie de l’information devient également très concentrée. Les trois premiers éditeurs américains représentant plus de 50 % des abonnements.

Facebook et Google apportent un trafic énorme aux sites d’information, mais les supports d’information numériques « ne savent tout simplement pas comment monétiser ce trafic, en raison d’une culture défensive/suiveuse, qui manque d’innovation et d’expérimentation. »

« Le journalisme doit être rentable par lui-même, pas en extorquant des loyers à d’autres entreprises, ni à des contributions de milliardaires ou à des impôts gouvernementaux. Ils possèdent l’atout le plus précieux du web (l’intérêt et l’engagement des consommateurs) monétisez-le maintenant ! » déclare Bardin.

Ceux qui souhaitent participer au test, payer et lire le contenu qu’ils trouvent intéressant peuvent le faire en suivant Dan Rather, qui crée son propre contenu via le site web News and Guts. Au fur et à mesure que d’autres créateurs comme Rather rejoindront l’initiative, les utilisateurs pourront également payer des articles à partir de leur contenu.

Rather, dans un article de son propre chef sur la nouvelle entreprise, a écrit que Bardin a contacté son collègue Elliot Kirschner pour voir s’il serait intéressé d’essayer un nouvel outil qu’il est en train de développer.

« Nous étions fans du dernier outil qu’il a développé; le logiciel de cartographie connu sous le nom de Waze. Il est passé d’une petite start-up à une entreprise d’un milliard de dollars. Vous en avez peut-être entendu parler », écrit Rather. Google a acquis Waze pour plus d’un milliard de dollars en 2013.

La nouvelle idée tourne autour de la thèse selon laquelle « actuellement, le journalisme en ligne est tout ou rien. Soit vous l’obtenez gratuitement, soit vous vous heurtez à un paywall qui vous demande votre carte de crédit, votre e-mail et beaucoup d’argent. Même pour les gens qui ont les moyens, il n’y a qu’un nombre limité d’abonnements que vous prendrez. Mais pour les gens qui sont dépendants de leurs salaires, ne devrait-il pas y avoir un moyen d’obtenir les informations dont ils ont besoin de diverses sources à un prix plus abordable ? »

« Et si vous pouviez payer au fur et à mesure ? Envie de lire cet article ? Ce sera 15 cents. Envie de regarder ce court-métrage ? Ce sera un dollar. Vous voulez soutenir un journal local qui vient de publier une enquête d’investigation à succès ? Eh bien, vous pouvez leur donner un pourboire de 10 dollars. »

Pour l’expérience, les gens peuvent désormais s’inscrire au service Paygo et obtenir 30 centimes gratuits à dépenser dans le cadre du projet-pilote.

« Je publierai des articles pour une somme modique et je verrai ce que vous en pensez. Si vous utilisez les 30 cents, vous pouvez ajouter quelques dollars de plus en utilisant Apple Pay ou Google Pay. Le but étant de rendre cette utilisation agréable », a écrit Rather.

L’expérience permettra aux entrepreneurs de voir s’il s’agit d’une « bonne ou mauvaise idée » et comment les utilisateurs utiliseront ou non le système.

« Nous avons besoin de données pour tenter de créer quelque chose qui n’est pas seulement nouveau, mais nécessaire », a déclaré Rather. « Nous espérons que nous obtiendrons des données à partir de cette expérience pour savoir si cette approche est viable et comment elle peut être améliorée. »

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