Le gouvernement suisse veut que les juifs paient leur sécurité
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Le gouvernement suisse veut que les juifs paient leur sécurité

Dans un rapport sur l’antisémitisme, le ministère de l’Intérieur dit que la nation doit protéger les individus menacés, mais ne peut pas payer pour la sécurité des institutions

Des juifs de Genève, en Suisse, célèbrent la réception d'un nouveau rouleau de Torah, en 2011. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Des juifs de Genève, en Suisse, célèbrent la réception d'un nouveau rouleau de Torah, en 2011. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Les juifs de Suisse doivent payer leurs coûts de sécurité, même si cela relève de la responsabilité du gouvernement, a déclaré une agence gouvernementale suisse dans un rapport sur l’antisémitisme.

L’affirmation inhabituelle se trouve dans un rapport publié la semaine dernière par le Service de combat contre le racisme du ministère suisse de l’Intérieur. Elle a déclenché une réaction partagée dans les communautés juives du pays, qui ont salué le fait que le rapport nomme le problème, mais critiqué son échec à proposer des solutions alternatives.

« Là où des indications crédibles suggèrent que la communauté juive, les juifs ou les institutions juives peuvent être la cible d’attaques violentes, l’Etat, c’est-à-dire la confédération fédérale ou ses cantons, a le devoir de protéger et de garantir la sécurité individuelle, même aux prix de dépenses élevées de ressources humaines et financières », établit le document de 18 pages, intitulé « Rapport sur les mesures prises par l’Etat fédéral pour combattre l’antisémitisme en Suisse ».

Et bien que les juifs suisses subissent un tel risque, « il n’existe aucune base juridique ou constitutionnelle permettant la participation de l’Etat fédéral aux coûts de sécurité pour protéger les institutions juives. »

Par conséquent, « les organisations juives pourraient créer une fondation pour financer leurs coûts de sécurité », recommande le document.

Jeudi, la Fédération suisse des communautés juives a critiqué le rapport dans un communiqué intitulé « les associations juives rappellent ses devoirs à l’Etat fédéral ».

Bien que le rapport montre que la Suisse « prend au sérieux la lutte contre le racisme et l’antisémitisme », peut-on lire dans le communiqué, elle souligne que les associations juives ont déjà fait des suggestions pratiques pour résoudre le problème décrit dans le rapport.

Les associations juives « attendent que le gouvernement fédéral, ainsi que les cantons, assument leurs responsabilités. »

Herbert Winter, président de la Fédération suisse des communautés juives, a écrit dans ce communiqué de réaction que « ce type de proposition est inacceptable pour nous », parce que, comme l’indique le rapport, « il s’agit du devoir de l’Etat. »

En France, voisine de la Suisse, le gouvernement dépense des millions d’euros chaque année pour protéger les institutions et les individus juifs, notamment en déployant 12 000 soldats devant les écoles juives et les autres bâtiments de la communauté. Cette opération a commencé après l’assassinat de quatre personnes, Yohav Hattab, Yohan Cohen, Philippe Braham et François-Michel Saada, dans un magasin casher de Paris en 2015.

Douze personnes sont mortes depuis 2012 dans des attaques contre des cibles juives perpétrées par des jihadistes en France et en Belgique.

L’Italie, l’Autriche et l’Allemagne financent aussi la protection de leurs communautés juives, tout comme la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la plupart des pays d’Europe occidentale.

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