Le grand rabbinat aurait mis sur liste noire une yeshiva « modern orthodox »
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Le grand rabbinat aurait mis sur liste noire une yeshiva « modern orthodox »

Le rabbin Asher Ehrentreu aurait refusé les certificats de judaïsme des diplômés de Chovevei Torah de New York ; le rabbinat dément que ce soit une question de politique

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

La yeshiva Chovevei Torah, située au sein de l'institut hébraïque de Riverdale à New York, a été fondée en 2000 par le rabbin Avi Weiss. (Crédit : Yeshivat Chovevei Torah/JTA)
La yeshiva Chovevei Torah, située au sein de l'institut hébraïque de Riverdale à New York, a été fondée en 2000 par le rabbin Avi Weiss. (Crédit : Yeshivat Chovevei Torah/JTA)

Un fonctionnaire du Grand Rabbinat a déclaré que l’organisme public ne reconnaît pas les certificats de judaïté délivrés aux nouveaux immigrants par des rabbins qui ont étudié à la Yeshivat Chovevei Torah de New York, fondée par le rabbin « modern orthodox » Avi Weiss, d’après une récente note de service interne.

Mais lundi, un porte-parole du Grand Rabbinat a démenti cette déclaration, affirmant que le Rabbinat évalue les lettres au cas par cas, et citant des cas passés dans lesquels les documents des diplômés de Chovevei Torah ont été acceptés par l’autorité.

Dans une correspondance datée du 4 mars, obtenue par l’organisation ITIM, le rabbin Asher Ehrentreu, un haut responsable de l’administration des tribunaux rabbiniques, a rejeté un document produit par le rabbin Akiva Herzfeld concernant une femme de sa communauté.

« Le rabbin Akiva Herzfeld est membre de l’union des rabbins de Chovevei Torah qui se disent ‘orthodoxes modernes’ et ne sont pas reconnus par le Grand Rabbinat », a écrit le haut responsable rabbinique au tribunal rabbinique de Haïfa. « Je ne peux pas déterminer la judéité de la demandeuse sur la base d’une recommandation du rabbin susmentionné et je demande au tribunal rabbinique d’ordonner à cette femme de me contacter pour obtenir des éclaircissements complets ».

La femme en question n’a été reconnue comme juive par le rabbinat qu’après avoir reçu un autre certificat d’un tribunal rabbinique de Boston, selon l’ITIM.

« J’ai rédigé le document en sachant que la personne était juive et j’ai été scandalisé quand elle a reçu un appel téléphonique disant que le Rabbinat savait mieux que moi. Leur comportement est inexcusable », a déclaré Herzfeld, selon un communiqué.

Le rabbin Avi Weiss dirige une veillée et une marche à New York, en souvenir des trois garçons israéliens qui ont été enlevés et tués en Cisjordanie quelques jours plus tôt, le 30 juin 2014. (Andrew Burton/Getty Images via JTA)

En réponse, le Grand Rabbinat a déclaré dans un communiqué qu’il « ne rejette pas les rabbins ou les congrégations de rabbins en raison de leur appartenance à cette communauté ou à toute autre communauté ».

« Pendant des années, les documents qui sont parvenus au Grand Rabbinat de rabbins membres de la communauté Chovevei Torah ont été approuvés », y est-il indiqué.

Le porte-parole Koby Alter a précisé que le boycott des diplômés de Chovevei Torah n’était « vraiment pas une politique », et a ajouté que le Rabbinat examine les lettres individuellement, rejetant parfois des lettres de rabbins dont le cautionnement avait été approuvé dans le passé.

Le rabbinat n’a aucun moyen de vérifier si les rabbins américains qui produisent des certificats sont des diplômés de Chovevei Torah, a-t-il indiqué.

En juillet 2017, JTA avait publié une « liste noire » interne de quelque 160 rabbins, dont plusieurs dirigeants « modern orthodox » américains de premier plan, en qui le Grand Rabbinat ne fait pas confiance pour confirmer l’identité juive des immigrés.

Des rabbins de 24 pays, dont les États-Unis et le Canada, figuraient sur la liste. En plus des rabbins réformés et Massorti, la liste comprend des leaders orthodoxes comme Weiss, père du mouvement Open Orthodoxy du quartier Riverdale de New York, et Yehoshua Fass, directeur exécutif de Nefesh B’Nefesh, un groupe qui encourage et facilite l’immigration américaine en Israël.

Le Grand Rabbinat avait déclaré par la suite que la liste avait été mal interprétée et qu’il ne s’agissait pas d’une liste noire.

« Le Grand Rabbinat a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’y a pas de listes noires. Cependant, l’attestation d’un rabbin ‘modern orthodox’ n’a été rejetée que parce qu’il appartenait à une institution que le rabbinat ne reconnaît pas », a déclaré lundi le directeur de l’ITIM, le rabbin Seth Farber. « Le comportement des rabbins dans cette affaire est d’abord et avant tout, malhonnête. »

Selon l’organisation, la directive interne sur les diplômés de Chovevei Torah indique que le Rabbinat « continue à rejeter l’autorité halachique d’au moins 124 rabbins ‘modern orthodox’ aux États-Unis ».

En octobre 2013, dans une affaire largement médiatisée, le Rabbinat israélien a rejeté l’autorité halachique de Weiss, lorsqu’un couple de sa congrégation qui avait immigré dans l’État juif a souhaité se marier en Israël.

Cette décision a déclenché un tollé d’indignation : Weiss, un chef de synagogue de longue date à New York qui s’était porté garant de la judaïcité de nombreux immigrants israéliens dans le passé, voyait soudain sa fiabilité remise en question.

Le Rabbinat a fait machine arrière en janvier 2014 et a dit qu’il accepterait les attestations de Weiss.

Pour se marier en Israël, les immigrants doivent fournir au Rabbinat la preuve de leur identité juive, souvent sous la forme d’une lettre d’un rabbin de leur communauté d’origine.

Weiss a fondé le séminaire rabbinique « modern orthodox » Yeshivat Chovevei Torah, et a été le pionnier d’un certain nombre d’innovations controversées dans le monde orthodoxe, notamment avec sa décision d’ordonner des femmes rabbins par le biais d’un séminaire religieux appelé Yeshivat Maharat.

Amanda Borschel-Dan, l’équipe du Times of Israel et JTA ont contribué à cet article.

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