Le Hamas réécrit une charte sans antisémitisme, selon un responsable… Mais rejette encore Israël
Rechercher

Le Hamas réécrit une charte sans antisémitisme, selon un responsable… Mais rejette encore Israël

Osama Hamdan met en garde contre des violences si l’ambassade américaine devait être transferée à Jérusalem et défend les attentats suicides. Un porte-parole du groupe souligne ‘l’objectif du Hamas, qui est de libérer chaque mètre de la Palestine’

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Osama Hamdan s'adresse à  Al Jazeera en août 2014 (Capture d'écran : Youtube)
Osama Hamdan s'adresse à Al Jazeera en août 2014 (Capture d'écran : Youtube)

Un haut-responsable du Hamas a déclaré mercredi que le groupe terroriste, qui contrôle la Bande de Gaza, est en train de réécrire sa Charte de telle manière à supprimer tout langage antisémite. Mais il a également confirmé que le groupe y réaffirme son rejet du droit des Juifs à l’état Israël.

La charte précédente, qui avait été rédigée en 1988, contenait une combinaison de tropes antisémites, nazis, communistes et islamistes.

Il y était notamment écrit que ce sont les Juifs qui ont été à l’origine des révolutions française et russe et des deux guerres mondiales, que les Juifs contrôlent les médias et les Nations unies, qu’ils se sont infiltrés chez les Francs-maçons et qu’ils ont financé le colonialisme de leurs propres deniers.

« Nous aurons un document politique clair qui devrait apporter une clarification sur tous ces points dans un futur proche », a indiqué Osama Hamdan, à Al-Jazeera mercredi.

« Vous découvrirez dans ce document des mots clairs contre les sionistes, contre l’occupation de nos terres. Nous résisterons aux occupants, peu import qui ils sont. Et nous ne sommes opposés à personne en terme de religion ou de race », a-t-il dit.

A une question demandant si le Hamas – qui a promis de chercher à détruire Israël et a combattu l’état juif lors de trois conflits majeurs depuis qu’il s’est saisi de Gaza en 2007, pratiquant des tirs de roquette indiscriminés sur le territoire israélien, creusant des tunnels sous ses frontières pour mener des attentats terroristes et orchestrant des attentats suicides à la bombe qui ont tué des centaines d’Israéliens – accepterait dorénavant un état palestinien aux côtés d’Israël et non à sa place, Hamdan a indiqué qu’il ne l’accepterait pas.

Un Palestinien aide un petit garçon à enflammer un drapeau israélien pendant la cérémonie de fin d'un programme de formation militaire du Hamas, à Gaza Ville, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Un Palestinien aide un petit garçon à enflammer un drapeau israélien pendant la cérémonie de fin d’un programme de formation militaire du Hamas, à Gaza Ville, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Il n’a pas non plus eu de réponse à apporter concernant la date de publication de la nouvelle charte, disant simplement qu’elle serait « très bientôt » publiée.

Tandis que Hamdan semble s’être efforcé de démontrer que le Hamas n’est pas antisémite (et il n’est pas le premier leader du groupe à le faire), les médias officiels du Hamas abondent de messages antisémites, souvent enveloppés dans la rhétorique islamique.

Lors d’une émission diffusée en direct par la télévision du Hamas, la chaîne Al Aqsa, au début du mois, le parlementaire du Hamas, Marwan Abu Ras a accusé les Juifs de recruter des prostituées dans l’armée « afin d’attirer les arabes dans des pièges » et ajouté que les chefs juifs envoient « des jeunes filles infectées par le SIDA pour forniquer avec les jeunes arabes ».

« Mes frères, sachez que les gens, les pierres et les arbres haïssent tous les Juifs. Tout le monde sur cette terre hait cette sale nation, une nation qui n’appartient pas à l’Humanité. Ce fait a été prouvé dans le coran et dans la sounna », a indiqué Abu Ras.

Evoquant le président américain Donald Trump au mois de novembre, le haut-responsable du Hamas Mahmoud al-Zahar s’était demandé lors d’une interview accordée à Al-Jazeera si le candidat républicain était juif en raison de sa richesse.

https://youtu.be/UnufV938Ccw

“Je n’exclus pas la possibilité que ce soit un Juif. Il aime la religion juive, et le plus important dans la religion juive, c’est l’argent des Juifs”, a-t-il expliqué.

Lors de l’interview d’Al-Jazeera, Hamdan avait également évoqué la volonté ostensible du Hamas de trouver un compromis politique.

« Nous voulons construire un état palestinien sur les lignes telles définies à la date du 4 janvier 1967, dont Jérusalem, avec le ‘droit au retour’ pour les Palestiniens », a-t-il indiqué, se référant à la demande émanant de tous les réfugiés palestiniens de la guerre de 1948, d’avoir le droit de vivre en Israël, ainsi que leurs descendants.

L’ONU a indiqué qu’il y a aujourd’hui cinq millions de réfugiés palestiniens, même si on en comptait 750 000 après la guerre de 1948. En effet, l’organisme international étend sa définition de ‘réfugiés’ aux générations de Palestiniens qui ont suivi. Seuls les Palestiniens sont définis de cette manière par l’instance mondiale.

Les gouvernements israéliens de tous les bords de l’échiquier politique ont affirmé que la demande entraînerait un afflux massif de Palestiniens en Israël, ce qui serait susceptible – et ce qui a peut-être été réfléchi ainsi – de mettre un terme à l’état juif.

Les Israéliens considèrent donc que cette requête est en contradiction directe avec les droits à l’auto-détermination des Juifs.

Lorsqu’on lui a demandé s’il accepterait l’existence d’Israël par le biais d’une solution à deux états, Hamdan a répondu que « ce serait inexact ».

« Vous pouvez appeler notre opposition comme vous le voulez, mais c’est ça que nous accepterons. Rien de plus, rien de moins que ça ».

Tandis que les leaders du Hamas dans le passé ont parfois déclaré aux médias anglophones qu’ils accepteraient un état sur les lignes antérieures à 1967, les porte-paroles et les médias officiels du groupe continuent presque quotidiennement à promettre de retrouver toute la terre de la Palestine historique, dont l’état d’Israël dans son intégralité.

Mercredi, un éminent porte-parole du Hamas, Sami Abu Zurhi, a écrit sur Twitter : « L’objectif du Hamas reste de libérer chaque mètre de la Palestine et de lui rendre son identité islamique, arabe et humaniste ».

Durant son entretien avec Al-Jazeera, Hamdan a aussi commenté la promesse de campagne faite par Trump de relocaliser l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

« [Trump] doit faire un choix et savoir s’il veut créer la paix dans la région ou s’il veut mettre davantage d’huile sur le feu », a-t-il dit.

Des Palestiniens à Rafah brûlent un drapeau à l'effigie de Donald Trump durant une manifestation contre sa promesse de transférer l'ambassade de son pays ) Jérusalem, le 24 janvier 2017 (Crédit : AFP/Said Khatib)
Des Palestiniens à Rafah brûlent un drapeau à l’effigie de Donald Trump durant une manifestation contre sa promesse de transférer l’ambassade de son pays ) Jérusalem, le 24 janvier 2017 (Crédit : AFP/Said Khatib)

« Les Palestiniens n’accepteront pas d’abandonner Jérusalem, ils n’accepteront pas d’abandonner leurs droits », a-t-il ajouté.

Interrogé sur d’éventuelles éruptions de violence en cas de transfert à Jérusalem de l’ambassade, Hamdan a répondu : « Je n’accepte pas l’idée d’avoir de la violence du côté des Palestiniens ».

Toutefois, a-t-il ajouté, « s’il y avait maintenant des changements ou si l’administration des Etats Unis voulait faire des changements sur le statut de Jérusalem, cela signifierait bien sûr des actions du côté des Palestiniens et ça, personne ne peut le contrôler ».

Durant l’interview, le leader du Hamas a également défendu l’utilisation des attentats-suicides contre les civils israéliens.

« Où est le problème là-dedans : Les bombes ou l’action du suicide ? » a-t-il demandé, tout en faisant une comparaison avec les représailles israéliennes qui ciblent les zones civiles palestiniennes.

« Nous, les Palestiniens, nous n’avons pas de… tanks… alors nous utilisons ce que nous avons », a-t-il ajouté.

Les responsables du Hamas ont récemment rejeté une fatwa émise par le religieux le plus respectés des Frères musulmans, qui venait interdire les attentats suicides.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...