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Le Hezbollah exploite des failles diplomatiques pour financer le terrorisme – Enquête

Selon le Consortium international des journalistes d'investigation et ProPublica, le système des "consuls honoraires" est utilisé pour transporter des fonds à Beyrouth

Des combattants du Hezbollah brandissent des drapeaux lors d'une commémoration de Sheik Abbas al-Mousawi, leader du mouvement été tué dans une frappe aérienne israélienne en 1992, dans le village de Tefahta, dans le sud du Liban, le 13 février 2016. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)
Des combattants du Hezbollah brandissent des drapeaux lors d'une commémoration de Sheik Abbas al-Mousawi, leader du mouvement été tué dans une frappe aérienne israélienne en 1992, dans le village de Tefahta, dans le sud du Liban, le 13 février 2016. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Le Hezbollah exploite une faille diplomatique pour faire entrer de l’argent en provenance du monde entier en toute liberté dans ses coffres, a fait savoir un rapport qui a été conjointement établi par le Consortium international des journalistes d’investigation et ProPublica.

L’enquête, qui a été rendue publique lundi, a fait état de 500 individus « accusés de crimes ou touchés par la controverse » qui ont bénéficié – ou qui bénéficient – du statut de « consul honoraire », une désignation particulière qui offre des privilèges et des libertés diplomatiques à celui qui peut s’en prévaloir.

Ce système des consuls honoraires avait été mis au point il y a déjà des siècles pour permettre aux pays qui ne peuvent pas se permettre d’ouvrir des ambassades pleines et entières à l’étranger de désigner un citoyen qui travaillera en leur nom dans une autre nation.

Dans l’enquête, des exemples de citoyens libanais qui ont obtenu, dans d’autres pays, le statut de consul honoraire, ainsi que des ressortissants étrangers qui ont utilisé ce privilège diplomatique pour aider le Hezbollah.

Comme un diplomate de carrière, un consul honoraire bénéficie de l’immunité diplomatique – ce qui l’autorise à traverser les contrôles des douanes et à jouir d’avantages illimités en matière d’entrée et de sortie du territoire. Les personnes qui ont ce statut peuvent aussi voyager avec une « valise diplomatique », dont le contenu n’est pas vérifié lors du passage des frontières.

Sur les 500 cas examinés dans le cadre des investigations, neuf individus ayant profité de ce statut étaient liés à des activités terroristes et notamment au Hezbollah. Le rapport note qu’en raison de l’absence d’un contrôle officiel sur le système des « consuls honoraires », le nombre total d’individus au passé douteux et ayant bénéficié de ce statut est probablement supérieur à 500.

Le rapport a cité des responsables américains – les États-Unis, dans le passé, ont enquêté sur l’utilisation, par le Hezbollah, de « consuls honoraires » pour transporter des fonds – qui auraient déclaré que l’exploitation de ce système par le groupe terroriste était bien organisée et « honteusement ignorée ».

Des supporters du Hezbollah lors d’un événement de campagne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 10 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla)

Le Hezbollah « a finalement la faculté de déplacer des fonds en toute impunité et personne ne l’arrêtera jamais – on flashe votre passeport diplomatique, on ne vous pose aucune question », a déclaré David Asher, ancien enquêteur pour le département de la Défense.

Cela fait longtemps que le Hezbollah est l’adversaire le plus important de l’armée israélienne aux frontières du pays, avec un arsenal qui serait constitué, selon les estimations, de presque 150 000 roquettes et missiles susceptibles de s’abattre sur tout le territoire de l’État juif.

Au mois de mars, le Trésor américain avait sanctionné Ali Saade et Ibrahim Taher, des financiers du Hezbollah qui menaient leurs opérations en Guinée. Les deux hommes bénéficiaient du statut de consul honoraire.

Gary Osen, avocat dans le New Jersey, qui représente plus d’un millier d’Américains dans le cadre d’une plainte qui a été déposée contre des banques libanaises soupçonnées de financer les activités terroristes du Hezbollah, confirme que toutes les enquêtes menées par son équipe ont mis en évidence que la faille du consul honoraire était largement exploitée.

« Toutes les grosses pointures, dans ce monde, sont des consuls honoraires », explique-t-il.

Le dossier qui a été pris en charge par Osen – et qui est actuellement étudié devant la Cour fédérale de New York – accuse 13 banques libanaises d’avoir violé les lois antiterroristes en ayant fourni des fonds au Hezbollah en toute connaissance de cause. Ces fonds, affirme Osen, ont été utilisés pour commettre des attaques meurtrières contre des militaires américains en Irak.

Le centre juif de l’AMIA à Buenos Aires après l’attentat du mois de juillet 1994 (Crédit: Cambalachero/Wikimedia commons)

Le rapport établi par le Consortium international des journalistes d’investigation note que le titre de consul honoraire est considéré comme un symbole au Liban. « C’est comme la pairie chez les Britanniques », indique Mohanad Hage Ali, chercheur au Centre Carnegie du Moyen-Orient à Beyrouth.

« Si vous avez un lien avec un autre État souverain, que vous connaissez le président ou un membre de son entourage, vous obtiendrez le titre de consul honoraire. Au Liban, c’est la manière de dire que quelqu’un est important », ajoute-t-il.

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