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Opinion

Le jour où Netanyahu a envoyé le gouvernement de Bennett dans les ténèbres

Les pressions sans relâche exercées par le chef du Likud ont fait éclater le parti Yamina du Premier ministre, ouvrant la porte à un possible retour de l'ex-Premier ministre

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le leader de l'opposition et le chef du parti du Likud, Benjamin Netanyahu, lors d'une déclaration aux médias à la Knesset, à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader de l'opposition et le chef du parti du Likud, Benjamin Netanyahu, lors d'une déclaration aux médias à la Knesset, à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une scène qu’aucun scénariste ne se serait risqué à écrire, alors que le Premier ministre Naftali Bennett annonçait l’effondrement de sa coalition, lundi soir, les lumières se sont subitement éteintes dans la salle de la Knesset où lui et Yair Lapid, son partenaire au sein de l’alliance au pouvoir, s’exprimaient solennellement devant la nation.

Bennett était en train de promettre une « transition ordonnée » du pouvoir à Lapid, qui deviendra donc Premier ministre par intérim jusqu’au prochain scrutin – qui pourrait avoir lieu au mois d’octobre – et il rappelait aux Israéliens « qu’il y a un pays à diriger » lorsque la pièce s’est brièvement retrouvée plongée dans l’obscurité.

« Quel symbole », a murmuré avec ironie Lapid, qui se tenait à ses côtés.

Pendant un an et une semaine, la coalition la plus improbable de toute l’Histoire d’Israël a tenté, a dit Bennett, d’instaurer une gouvernance éclairée et de « rétablir le sentiment de dignité nationale » avec les huit partis qui la formaient – des partis issus de tout le spectre politique qui avaient tous fait la promesse de mettre de côté leurs différences idéologiques fondamentales dans un seul objectif : celui de sortir le pays des noirceurs politiques.

Dans ce qui s’est apparenté à son discours d’adieu, Bennett a énuméré, les uns après les autres, les accomplissements de son gouvernement – la redynamisation de l’économie qui avait été frappée de plein fouet par la crise de la COVID-19, la lutte menée contre la vague d’attentats terroristes qui a récemment touché le pays, se prévalant également d’être parvenu à empêcher une réintégration des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire qui avait été conclu en 2015 sans pour autant porter préjudice aux liens entretenus avec l’allié américain. Mais, plus important encore, a-t-il ajouté, sa coalition aura défendu « une certaine idée de la décence, la confiance… et une culture de l’unité ». Et à ce propos, Bennett a parlé avec une réelle chaleur et avec beaucoup de respect de son partenaire de coalition Lapid, un « mensch » , a-t-il dit – un Lapid qui n’a pas été en reste et qui a répondu : « Je veux te remercier pour ton amitié. Je t’aime énormément ».

Mais, malgré tout, si les huit leaders des partis qui ont formé la coalition auront finalement su afficher une unité à toute épreuve et qu’ils seront restés fidèles à leur cause commune qui était d’empêcher le retour au pouvoir de l’homme qu’ils avaient réussi à écarter, le leader du Likud Benjamin Netanyahu, plusieurs de leurs députés auront choisi de faire preuve d’une moindre loyauté.

Il y a eu des députés rebelles, qui se sont trouvés dans l’incapacité de soutenir pleinement et sans relâche le programme législatif de l’alliance au pouvoir, au sein du parti de gauche du Meretz, de la formation centriste Kakhol lavan, du parti de droite Yisrael Beytenu et du parti islamiste Raam. Mais cela aura été Yamina, la formation de Bennett, qui aura, en définitive, terrassé son gouvernement et fait avorter son mandat de Premier ministre.

Un membre de Yamina, Amichai Chikli, avait voté aux côtés de l’opposition dirigée par Netanyahu dès le premier jour. Une autre, Idit Silman, avait quitté l’alliance au pouvoir au mois d’avril, laissant la coalition à égalité de sièges – 60 contre 60 – avec l’opposition à la Knesset et vouant à l’échec une législation déterminante. Et un troisième, Nir Orbach, allié et ami de longue date de Bennett, avait annoncé la semaine dernière qu’il lâchait la coalition – portant le coup qui devait précipiter la reconnaissance par Bennett de sa défaite, une déclaration faite avec réticence.

Indépendamment du jugement qui sera porté sur l’efficacité du bref passage au poste de Premier ministre de Bennett, l’homme a manifestement été médiocre en matière de politique partisane – la politique mise en œuvre dans son propre parti – en ayant sélectionné une liste de députés, à la Knesset, qui aura cédé aux pressions qui ont été inlassablement exercées par Netanyahu.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, à gauche, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, quittent leur podium après une déclaration commune à la Knesset, annonçant l’effondrement de leur coalition, lundi 20 juin 2022. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)

Dans un bref discours qui a suivi la déclaration de Bennett, Lapid a estimé que l’effondrement de la coalition démontrait clairement que le système politique israélien « a désespérément besoin de grands changements et de réparations majeures ».

Mais le système a fonctionné de manière parfaite et de façon très efficace pour Netanyahu. Bennett a fustigé le leader du Likud, lundi soir, qui a, selon lui, sacrifié les intérêts sécuritaires d’Israël sur l’autel de ses ambitions politiques – notamment en convaincant l’opposition de ne pas voter en faveur d’une loi déterminante qui permettait à la coalition de renouveler une mesure permettant de placer les résidents d’implantation sous la protection d’une partie du droit israélien.

Mais tout comme la coalition s’était formée autour de la simple cause d’écarter Netanyahu – ses membres le trouvant, au choix, dangereusement clivant, menaçant pour la démocratie israélienne, prêt à sacrifier l’intérêt des Israéliens sur l’autel de ses propres intérêts – le Premier ministre resté le plus longtemps à son poste de toute l’Histoire d’Israël aura aussi livré, de son côté, tous les efforts possibles, depuis un an, dans le seul objectif de reprendre le pouvoir. Tandis que Bennett, Lapid, Gideon Saar, Avigdor Liberman et les autres affirmaient que l’intérêt national principal d’Israël était d’écarter Netanyahu, Netanyahu aura décidé que l’intérêt le plus important pour le pays était de les faire disparaître. Et lundi, il a triomphé.

De nombreux commentateurs politiques israéliens ont prédit, lundi, qu’alors qu’Israël va connaître son cinquième cycle électoral en une période de trois ans et demi, les résultats seront aussi ingérables que cela avait été le cas lors des derniers scrutins – sans chef de parti et sans bloc capables de rassembler une coalition suffisamment forte et stable pour rester longtemps au pouvoir.

Mais cette évaluation ne correspond toutefois pas à la dynamique politique actuelle, qui favorise fortement Netanyahu. Le parti de Saar, Tikva Hadasha, ne franchirait pas le seuil de représentation à la Knesset dans certains sondages. La faction Raam, de Mansour Abbas, se trouverait dans la même situation. Yamina, de Bennett, est un parti politique brisé ; dans le mouvement de nationaliste-religieux de droite dont il se revendique, c’est le parti Sionisme religieux qui a pris l’ascendant avec son élément kahaniste provocateur, Itamar Ben Gvir.

Il est impossible d’affirmer clairement que Bennett risquera l’humiliation en se représentant une nouvelle fois aux prochaines élections ; il avait déjà perdu son siège à une occasion, lors du scrutin qui avait eu lieu au mois d’avril 2016.

En comparaison, Netanyahu est au septième ciel. Politique rusé, plus énergique que jamais à l’âge de 72 ans, il a préempté la conférence de presse de lundi soir en émettant son propre communiqué saluant l’effondrement « du pire gouvernement de toute l’Histoire israélienne », promettant de le remplacer à l’aide « d’un gouvernement nationaliste large » – une première allusion possible au fait qu’il tentera de faire un appel du pied aux centristes après s’être assuré d’avoir pris le contrôle écrasant de la droite israélienne.

Aidant également à la cause de Netanyahu, le fait que le parquet est en train de patauger, aux yeux de tous, dans le plus grave des dossiers pour corruption à l’origine de son procès actuel – un parquet qui a récemment échoué à persuader les juges de la Cour de district de Jérusalem de le laisser amender l’acte de mise en examen de l’ex-Premier ministre dans l’Affaire 4000.

Même si les sondages doivent toujours être abordés avec prudence, Netanyahu fait aussi une forte percée dans les enquêtes d’opinion. Son Likud, le parti Sionisme religieux et les deux formations ultra-orthodoxes rassemblaient 52 sièges lors des élections du mois de mars 2021 ; des sondages récents offrent à ces quatre partis, aujourd’hui, 60 sièges – il n’en manque qu’un pour obtenir une majorité à la Knesset.

Et encore, c’était avant qu’il ne plonge le gouvernement de Bennett dans les ténèbres.

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