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Le journal étudiant de Harvard soutient « fièrement » le mouvement BDS

Après avoir longtemps refusé de soutenir ce mouvement pro-palestinien, le comité éditorial de Crimson a dit "regretter et rejeter" cet ancien positionnement

Des étudiants passent devant la porte de Harvard Yard à Cambridge, MA, le 16 septembre 2021. (Crédit: David L. Ryan/The Boston Globe via Getty Images/JTA)
Des étudiants passent devant la porte de Harvard Yard à Cambridge, MA, le 16 septembre 2021. (Crédit: David L. Ryan/The Boston Globe via Getty Images/JTA)

JTA – Pendant des années, le comité éditorial du Harvard Crimson, le journal étudiant de l’Université de Harvard, avait refusé de soutenir le mouvement de boycott d’Israël, même s’il disait exprimer ses inquiétudes face aux politiques israéliennes et qu’il soutenait le droit à la liberté d’expression des groupes d’étudiants de Harvard qui plaidaient pour un boycott.

Cela a changé vendredi, lorsque le journal a publié un éditorial non signé offrant un soutien total au mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), un symbole puissant de l’évolution du sentiment général sur le campus sur la question d’Israël.

L’éditorial a également fait part de son soutien au Comité de solidarité avec la Palestine de Harvard, un groupe d’étudiants qui accueille depuis une semaine un événement international nommé « Semaine de l’apartheid israélien ».

« Nous sommes fiers d’apporter enfin notre soutien à la fois à la libération de la Palestine et au BDS – et nous appelons tout le monde à en faire de même », a écrit le comité éditorial du Crimson.

Il s’agit d’un changement notable par rapport à l’histoire du journal qui s’est traditionnellement opposé au BDS, un positionnement que le comité a rappelé dans son éditorial. En 2020 encore, le Crimson exprimait son ambivalence.

« Par le passé, notre conseil d’administration était sceptique à l’égard du mouvement (et non, de manière générale, à l’égard de ses objectifs), affirmant que le BDS dans son ensemble n’abordait pas les nuances et les particularités du conflit israélo-palestinien », indique l’éditorial. « Nous regrettons et nous rejetons ce positionnement. »

Ce qui a changé, selon les rédacteurs du Crimson, c’est « la charge du moment présent – les violations des droits de l’homme et du droit international par Israël auquel répond le cri de la Palestine pour sa liberté ».

Alors que par le passé, les rédacteurs du Crimson avaient qualifié « d’offensantes » et de « répugnantes » les comparaisons entre Israël et l’Afrique du Sud de l’époque de l’apartheid, l’éditorial publié vendredi compare les tactiques du BDS au mouvement anti-apartheid sur un ton flatteur, tout en ajoutant que « Israël reste l’angle mort préféré de l’Amérique en matière de premier amendement » parce que les individus et les entreprises qui critiquent Israël sont régulièrement confrontés à des critiques et en assument les conséquences, des conséquences parfois dictées par la loi de l’État.

Des étudiants marchent près de la bibliothèque Widener dans les jardins de l’université Harvard à Cambridge, dans le Massachusetts, le 13 août 2019. (Crédit : AP/Charles Krupa, File)

Venant du plus ancien quotidien universitaire publié en continu aux États-Unis, dans l’université la plus sélective du pays, le soutien du Crimson ne manquera pas d’alimenter les inquiétudes des défenseurs d’Israël, qui dénoncent un climat inhospitalier pour les étudiants qui soutiennent Israël sur les campus. Le discours pro-palestinien est courant sur les campus, et l’année dernière, 11 résolutions étudiantes BDS ont été adoptées, sur les 17 qui avaient été envisagés.

À l’instar des dirigeants républicains et démocrates, les groupes juifs de tout l’éventail politique s’opposent au mouvement BDS, initié par des militants palestiniens, car ils affirment que son opposition à l’existence même d’Israël est dangereuse pour les Juifs. L’année dernière, le parrain d’une résolution BDS à Burlington, dans le Vermont, avait retiré sa proposition après avoir été convaincu que le mouvement contribuait à l’antisémitisme.

Le journal a également salué l’activisme du Comité de solidarité avec la Palestine sur le campus, qui a notamment organisé cette semaine une installation du « Mur de la résistance » dans la cour de Harvard, la visite sur le campus de deux universitaires juifs pro-palestiniens controversés, Noam Chomsky et Norman Finkelstein (ce dernier s’opposant au BDS), ainsi que des tables rondes sur la justice sociale consacrées à la « solidarité entre Noirs et Palestiniens » et aux « Palestiniens homosexuels ».

Comme dans la plupart des journaux, le comité de rédaction du Crimson est distinct du bureau des informations. Ses 90 membres se réunissent trois fois par semaine pour débattre et décider des positions à prendre, et les éditoriaux reflètent une opinion majoritaire mais ils ne sont pas pleinement consensuels, selon son site Web.

En ce qui concerne le bureau des informations, l’équipe actuelle du Crimson compte au moins une rédactrice juive : Natalie Kahn, qui est également présidente du groupe Hillel de Harvard. Dans le cadre de ses fonctions à Hillel, Natalie Kahn a critiqué l’installation du « mur de la Résistance » dans le Crimson, le qualifiant de « dégoûtant » – elle a aidé à organiser un rassemblement pro-israélien sur le campus pour s’y opposer, a noté le journal.

Une vue du Harvard Yard à Cambridge, Massachusetts. (Crédit : Domaine public, Wikimedia Commons)

L’éditorial indique que le conseil d’administration ne pense pas que le « Mur de la Résistance » constitue un acte antisémite. « Nous nous opposons sans ambiguïté à l’antisémitisme et le condamnons sous toutes ses formes », indique l’éditorial.

Ni les présidents de la rédaction du Crimson ni Kahn n’ont encore répondu aux demandes de commentaires de la Jewish Telegraphic Agency .

Parmi les anciens collaborateurs et rédacteurs juifs du Crimson figurent l’actuel secrétaire d’État américain Antony Blinken, le procureur général Merrick Garland, les journalistes Yair Rosenberg et Irin Carmon et l’ancien président de CNN Jeff Zucker.

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