Rechercher

Le Liban déjoue des attentats de l’EI visant un fief du Hezbollah

Le ministre de l'Intérieur affirme que des Palestiniens ont été recrutés au Liban pour commettre un attentat en "hommage" au leader tué lors d'un raid américain le mois dernier

Des partisans du Hezbollah lors d'un rassemblement organisé pour la journée al-Quds à Beyrouth, au Liban, le 31 mai 2019. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)
Des partisans du Hezbollah lors d'un rassemblement organisé pour la journée al-Quds à Beyrouth, au Liban, le 31 mai 2019. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

Le Liban a annoncé mercredi avoir déjoué trois projets d’attentats du groupe Etat islamique (EI) visant des centres religieux chiites dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du groupe terroriste chiite pro-iranien du Hezbollah.

« Un groupe terroriste takfiri (islamiste extrémiste, ndlr) a recruté de jeunes Palestiniens au Liban pour mener des attentats de grande ampleur à l’aide de ceintures explosives », a indiqué le ministre libanais de l’Intérieur Bassam Mawlawi lors d’une conférence de presse à Beyrouth.

L’EI planifiait de « viser trois cibles simultanément », selon les Forces de sécurité intérieure (FSI), affirmant que ces projets d’attentats ont pu être déjoués grâce à un agent qui avait réussi à s’infiltrer dans les réseaux de l’EI au Liban.

L’agent, recruté par les FSI, a reçu des instructions pour mener ces attentats de la part d’un membre de l’EI basé dans le camp de réfugiés de Aïn el-Héloué (sud), et qui est en contact avec d’autres jihadistes en Syrie, pays voisin du Liban.

Le 7 février, l’agent infiltré a reçu des instructions pour planifier « trois attentats suicides coordonnées dans la banlieue sud de Beyrouth » contre un complexe religieux dans le quartier d’al-Laylaki, le complexe de l’imam al-Kazem à Haret Hreik et la mosquée al-Nasser à Ouzaï, ont indiqué les FSI.

L’EI a également envoyé à l’agent infiltré des FSI trois ceintures explosives, ainsi que d’autres armes, pour exécuter les attentats qui devaient être menés le 16 février, toujours selon les FSI.

Le camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Hilweh, dans le sud du Liban. Illustration. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Selon M. Mawlawi, les FSI ont identifié quatre militants du groupe jihadiste dans le camp de Aïn el-Héloué soupçonnés d’être impliqués dans les projets d’attentats. Deux personnes en lien avec cette opération ont été arrêtés jusque-là, toujours selon le ministre.

Des dizaines de milliers de réfugiés palestiniens vivent au Liban, pour la plupart dans les 12 camps du pays, dont celui de Aïn el-Héloué, le plus grand, situé près de la ville de Saïda.

En vertu d’un accord de longue date, l’armée libanaise ne pénètre pas dans ces camps, où la sécurité est assurée par des factions palestiniennes. Celui de Aïn el-Héloué, qui abrite différents groupes armés, est ainsi devenu un havre pour des extrémistes et des personnes recherchées par la police.

Une nouvelle structure de sécurité dans le camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Hilweh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 21 novembre 2016. (Crédit : AFP/Stringer)

‘Hommage’ au chef de l’EI

Selon les FSI, les projets d’attentats qui ont été déjoués devaient marquer un « hommage » au chef de l’EI Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, tué dans la nuit du 2 au 3 février lors d’une opération menée par les Etats-Unis dans la région d’Idleb du nord-ouest syrien.

La banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah dont les combattants sont engagés dans la guerre en Syrie au côté du régime de Bachar al-Assad, a déjà été visée par un attentat revendiqué par l’EI en novembre 2015, ayant fait 44 morts.

Le Liban traverse depuis 2019 une crise économique sans précédent, l’une des pires dans l’histoire du monde depuis 1850, selon la Banque mondiale.

Une source sécuritaire a récemment affirmé à l’AFP que l’EI, née en Syrie et en Irak, profite de la crise financière au Liban pour recruter des dizaines de personnes en leur promettant des salaires versés en dollars américains.

Depuis août, ils seraient « environ 48 (Libanais) à avoir rejoint l’EI » en Irak, a indiqué cette source sous couvert d’anonymat.

Mercredi, le ministre libanais de l’Intérieur, qui doit se rendre prochainement à Bagdad, affirme « suivre de près l’affaire des Libanais qui ont rejoint les rangs de l’EI en Irak ».

« Nous surveillons leurs déplacements (en Irak), ainsi que ceux de leurs proches », a ajouté M. Mawlawi.

Malgré la perte de ses fiefs en Syrie (2019) et en Irak (2017), l’organisation jihadiste continue de mener des attaques à travers des cellules dormantes.

L’ONU estimait en 2021 à environ 10 000 le nombre de combattants de l’EI restés actifs dans ces deux pays.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...