Le Likud cherche à écarter une députée opposée à la loi sur le Shabbat
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Le Likud cherche à écarter une députée opposée à la loi sur le Shabbat

Le président de la coalition demande l'annulation de l'adhésion de Sharren Haskel en raison de son intention de s'opposer à la fermeture des petits commerces durant Shabbat

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

La deputée Sharren Haskel (Likud) lors d'une réunion du groupe parlementaire à la Knesset, le 30 mai 2016. (Crédit photo: Miriam Alster / Flash90)
La deputée Sharren Haskel (Likud) lors d'une réunion du groupe parlementaire à la Knesset, le 30 mai 2016. (Crédit photo: Miriam Alster / Flash90)

Luttant pour garantir le soutien parlementaire à un projet de loi qui fermerait les magasins de proximité lors du Shabbat, le chef de la coalition David Amsalem a demandé à son parti du Likud d’éjecter la députée Sharren Haskel, affirmant que son intention établie de voter contre cette mesure controversée risque de renverser le gouvernement.

Amsalem, aux côtés du conseiller juridique du Likud, Avi Levi, a déposé une requête dans la soirée de samedi auprès du tribunal interne de la formation qui cherche à démettre Haskel de son statut de membre en raison de son opposition à ce qu’on appelle « la loi des petits commerces » et de son rejet direct de la décision des leaders de la formation de la soutenir.

« Nous demandons au tribunal de la convoquer dans les meilleurs délais, avant le vote du projet de loi, et de décider de son exclusion du parti », a écrit Levi dans la requête.

Le projet de loi, parrainé par Aryeh Deri, président du parti ultra-orthodoxe Shas, accorderait à son ministère de l’Intérieur la capacité de superviser et de rejeter les ordonnances locales sur l’ouverture potentielle des commerces le jour du Shabbat, qui commence le vendredi soir et s’achève le samedi à la nuit.

Les dirigeants de la coalition auraient accepté d’exclure les dépanneurs des stations-service du projet de loi sur le Shabbat.

Cette législation avait été adoptée le mois dernier en première lecture après que Deri a menacé de quitter le gouvernement, lançant un ultimatum quelques heures avant le vote qui conditionnait la continuation de son mandat à l’approbation du projet. Mais, depuis, le texte est resté sur le bureau du chef de la coalition tandis qu’un certain nombre de parlementaires issus du Likud et de Koulanou, dont Haskel, ont annoncé leur opposition et fait reporter un vote final sur cette mesure.

David Amsalem, député du Likud, en commission de la Knesset, à Jérusalem, le 11 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Décrivant le projet de loi comme crucial à la survie de la coalition dirigée par le Likud, Amsalem a estimé que l’opposition de Haskel pouvait « nuire à la stabilité de la coalition et à la poursuite du gouvernement ».

« Si elle ne vote pas conformément aux règles du parti, elle ne peut pas continuer à être membre du Likud », a-t-il dit dimanche dans la matinée, citant la décision prise par le Likud de soutenir ce projet de loi. « Elle aide les adversaires du Likud et cela va à l’encontre de la constitution, des objectifs et des décisions du parti ».

Répondant à cette requête, Haskel a raillé le projet de loi et ce qu’elle a qualifié comme tentative éhontée de réduire au silence les discours dissonants au sein du parti.

« Le projet de loi sur les petits commerces est la proposition d’un parti qui passe à peine le seuil électoral et qui tente pourtant d’imposer un certain mode de vie au public en entier », a-t-elle dit, lançant une pique à la formation Shas, forte de sept membres au Parlement.

« C’est une loi qui discriminerait certaines villes et approfondirait le fossé entre laïcs et Haredim. Le Likud est un parti divers constitué de Juifs traditionnels, religieux et laïcs – de gens qui vont à la synagogue le samedi matin avant d’aller dans un café l’après-midi – dont la majorité est opposée à cette législation ».

Alors qu’exclure Haskel du Likud ne libérerait pas son siège à la Knesset pour un autre membre potentiellement plus malléable, Amsalem espère que cette menace amènera néanmoins Haskel à revenir sur son opposition. En quittant le parti, elle ne serait plus en mesure de se présenter aux Primaires du Likud avant les prochaines élections.

Le chef de l’opposition Yoel Hasson (Union sioniste) a vivement critiqué cette tentative d’exclusion de Haskel, la comparant à un comportement digne d’une dictature despotique.

Yoel Hasson, député de l’Union sioniste. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Il semble que ce matin, nous nous sommes réveillés en Iran », a commenté Hasson dans un communiqué. « Le stade des menaces est dépassé et nous en sommes arrivés au stade des purges politiques ».

« Il y a plus de vingt ans, un député inconnu qui s’appelait Benjamin Netanyahu avait voté contre le Likud pour une loi portant sur des élections directes pour le Premier ministre. Netanyahu n’avait pas été renvoyé par [le Premier ministre Yitzhak] Shamir, qui savait comment faire pour inclure des opinions différentes au sein de sa formation mais avec l’empereur Netanyahu, tout le monde doit obéir », a-t-il dit.

Il a promis de continuer à entraver le projet de loi, disant qu’il semble probable qu’il soit retiré de l’agenda de la plénière de la Knesset pour la deuxième semaine consécutive.

Le projet de loi est arrivé suite à une crise survenue entre le gouvernement et ses partenaires de coalition ultra-orthodoxes qui avait eu pour conséquence la démission de Yaakov Litzman de YaHadout HaTorah de son poste de ministre de la Santé en raison de travaux ferroviaires menés pendant le Shabbat.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait rapidement trouvé un accord avec les partis ultra-orthodoxes selon lequel le gouvernement proposerait des lois maintenant le statu-quo en ce qui concerne l’observance du Shabbat en Israël.

Une boutique de proximité ‘AM PM’ ouverte lors du Shabbat à Tel Aviv, le 7 janvier 2016 (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90)

Mais le Shas a, jusqu’à présent, dû lutter pour garantir le nombre de votes permettant l’adoption de la loi.

Le mois dernier, le président de la faction Yisrael Beytenu, le député Robert Ilatov, avait expliqué que toute tentative d’amener la législation au vote serait contrée par les cinq parlementaires de sa formation à la Knesset, malgré son appartenance à la coalition. Et avec sa majorité qui ne reste qu’à 66 sur 120, la coalition ne peut se permettre de perdre davantage de voix.

La semaine dernière, Deri avait même tenté de faire venir le parlementaire Yehuda Glick, du Likud, pour le vote alors qu’il venait d’enterrer son épouse. Il avait également essayé de convaincre le ministère des Affaires religieuses du Shas, David Azoulay, qui était alors hospitalisé, de démissionner de la Knesset afin que son remplaçant puisse voter.

Le projet de loi parrainé par le parti ultra-orthodoxe Shas devait être voté à la Knesset demain, mais des changements au texte signifient que le projet de loi devrait être approuvé de nouveau par le Comité ministériel de la législation avant un vote plénier.

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