Le maire de Tel Aviv éclipse Gantz et se veut le nouveau champion anti-Netanyahu
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Analyse

Le maire de Tel Aviv éclipse Gantz et se veut le nouveau champion anti-Netanyahu

Alors que le chef de Kakhol lavan fulmine devant le lourd tribut politique qu'il paie pour s'être sacrifié, les électeurs ne l'écoutent plus. Ron Huldai sera-t-il plus convaincant?

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, annonce la création de son nouveau parti, "Les Israéliens", le 29 décembre 2020. (Capture d'écran : YouTube)
Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, annonce la création de son nouveau parti, "Les Israéliens", le 29 décembre 2020. (Capture d'écran : YouTube)

Un Benny Gantz en colère a affirmé mardi soir avoir préservé Israël des machinations maléfiques du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a prédit que Netanyahu perdrait les élections auxquelles le pays est entraîné en mars 2021, et a promis que son parti Kakhol lavan mènerait Israël vers un avenir meilleur.

Il a également affirmé, entre autres, que Kakhol lavan avait sauvé la démocratie israélienne, maintenu les tribunaux ouverts, sauvé l’avantage militaire d’Israël et mis fin à la gestion désastreuse de la crise de la COVID-19.

Il s’en est pris aux journalistes et aux critiques – et même à ses propres anciens électeurs, qu’il a accusés de twitter alors qu’il leur garantissait le droit de manifester – qui refusent de faire face à ce qu’il a dit être ces « faits ». Et il a amèrement protesté contre le lourd tribut politique que lui et son parti ont payé pour leur service national héroïque, pour leur sacrifice : « Nous sommes sur la sellette ; certains diraient que nous nous sommes jetés sur la grenade. »

Malheureusement pour Gantz, le seul fait dont la plupart des quelque 25 % de l’électorat qui l’ont soutenu lors de trois élections successives se souviennent est que le leader de Kakhol lavan, ayant juré de ne jamais faire partie d’une coalition avec Netanyahu tant que le leader du Likud serait poursuivi au pénal, a fini par utiliser leur soutien pour maintenir Netanyahu au pouvoir.

Gantz a également tenté de donner une tournure auto-salvatrice à cette saga, en affirmant que s’il n’avait pas fait équipe avec Netanyahu, le Premier ministre aurait réussi à construire une majorité sans lui, ou aurait utilisé la période de transition avant les élections pour s’assurer de l’immunité contre les poursuites.

Mais quelle que soit la véracité douteuse de ce récit, l’opinion publique israélienne est manifestement passée à autre chose. Le parti Kakhol lavan, qui compte 33 sièges à la Knesset sortante, n’en compte plus que 5 ou 6 dans les sondages, à peine plus que le seuil parlementaire. Les propres députés de Gantz l’abandonnent. Et il est peu probable que son apparition mardi soir l’empêche de sombrer dans l’oubli politique.

Le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, s’exprime lors d’une conférence de presse, le 29 décembre 2020. (Capture d’écran)

En effet, quelques minutes à peine après avoir pris la parole, le dernier prétendant à la couronne « Tout sauf Bibi » présentait ses lettres de créance au public : Le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, 76 ans, dévoilant son nouveau parti, qui s’appellera « HaIsraelim ».

Bien qu’il soit un autre ancien militaire (un pilote de chasse qui a combattu dans les guerres de 1967 et 1973), Huldai, contrairement à l’ancien chef d’état-major Gantz, ne saute pas directement de Tsahal à la politique nationale. Il a eu deux carrières intermédiaires : celle de directeur d’école et, depuis 22 ans, celle de dirigeant de Tel Aviv.

Contrairement à Gantz également, il est clairement classable dans le spectre politique israélien, en tant qu’homme de gauche, ce qu’il a clairement indiqué mardi soir. Il a pris position contre l’annexion du territoire de la Cisjordanie, par exemple, et en faveur de la pleine égalité de tous les citoyens israéliens dans l’esprit de la Déclaration d’indépendance.

On nous a présenté deux autres messieurs ashkénazes, promettant d’en évincer un troisième qui observait sans doute avec un amusement malicieux, tandis qu’un quatrième était à l’autre bout de la ville, résistant avec colère à l’oubli

Il a également balayé la droite anti-Netanyahu et ses nouveaux champions Gideon Saar et Naftali Bennett, les déclarant « nos frères » mais aussi faisant partie du problème qu’il entend résoudre. « Ne pas être corrompu ne suffit pas », a déclaré M. Huldai.

Il a exhorté les Israéliens à voter pour son parti en tant que « maison » de « valeurs », ces valeurs qu’il dit avoir appliquées à Tel-Aviv-Jaffa, une ville que le monde entier lui envie aujourd’hui, où juifs et arabes, orthodoxes et laïques, hétérosexuels et homosexuels vivent ensemble « sans haine ni peur ».

Avec un électorat extrêmement volatile, même selon les normes israéliennes, avec des partis qui montent, descendent et fusionnent, et avec la progression de la pandémie capable de réécrire l’opinion publique plusieurs fois d’ici le jour des élections, on ne peut pas dire à quel point l’appel de Huldai sera retentissant.

Le maire de Tel Aviv Ron Huldai (à gauche) et le ministre de la Justice Avi Nissenkorn (à droite), le 29 décembre 2020. (Capture d’écran : YouTube)

Il peut difficilement prétendre briser le moule politique. Sa première recrue, présentée mardi soir, était le ministre de la Justice sortant de Gantz, Avi Nissenkorn, un redoutable protecteur de la démocratie peut-être, mais pas la plus convaincante des personnalités publiques.

C’est ainsi qu’on nous a présenté deux autres Ashkénazes pas si jeunes (bien que Nissenkorn n’ait que 53 ans, et qu’il soit champion national de sprint des jeunes), promettant d’évincer un troisième qui regardait sans doute avec un certain amusement, tandis qu’un quatrième était à l’autre bout de la ville, défendant avec colère son propre record.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration aux médias à Jérusalem, le 22 décembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Huldai, en fait, pourrait finir par affaiblir la gauche, s’il retirait des voix au Meretz et laissait ce parti et le sien en dessous du seuil de la Knesset. Ou bien il pourrait conclure un accord pour exploiter la structure organisationnelle encore efficace du Parti travailliste moribond, et commencer à récupérer une partie des électeurs qui se sont tournés vers Saar ou d’autres.

Pour Huldai, le temps dira si son parti peut avoir un impact. Pour Gantz, en revanche, la fête est terminée.

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